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Du grand danger de l’infiltration des pédagogies décoloniales dans les INSPE à partir du recrutement des enseignants chercheurs

par Charles COUTEL

Suite à l’article de ce 03 mars 2021 du journal Le Monde intitulé « Mystérieuse modification d’une fiche de poste de l’université Paris-Créteil », nous avons exploré le détail chronologique de cette affaire qui concerne le recrutement d’un maître de conférences en sciences de l’éducation et en philosophie pour l’INSPE de Créteil, donc dans la formation des maîtres. 

Dans les pas de notre article précédent publié sur le site de l’observatoire du décolonialisme intitulé « Du grand danger de la pédagogie décoloniale dans la formation des maîtres », nous nous sommes procuré les deux fiches de poste que nous soumettons aux lecteurs et dont nous détaillerons le profil enseignement et le profil de recherche. 

 Dans la première version de cette fiche de poste, il est attendu du futur chercheur d’ancrer ses recherches dans l’étude croisée des variables de sexe, de genre, de classes sociales et de race des enfants de l’école ; dans la seconde version, le profil recherche est modifié et réorienté vers l’étude des inégalités « hommes-femmes » ; dans la troisième version, les critères de recherche sont revenus à leurs exigences premières, réaffirmant ainsi l’exigence des études de race, de sexe, de sexualités et de genre chez les enfants de l’école de la République (sic). La référence au décolonialisme, implicite, se matérialise ici dans la classification des enfants « racisés » (sic) entendus comme des descendants de colonisés traités inégalement et en fonction de leur « race » dans l’école de la République. On peine à le croire. Et pourtant. La lecture attentive de ces deux fiches de postes confirme la dérive décoloniale qui s’infiltre dans les INSPE, haut lieu de formation des maîtres et de protection des enfants de la République, dont nous refusons catégoriquement que ceux-ci soient enfermés dans des cases statistiques sous le terme de « racisés », rappelant les pires heures de l’histoire. 

C’est pourquoi ce recrutement semble d’une gravité sans précédent, que nous explicitons.  

Sur le profil « enseignement »

Si cette dérive concerne le profil de recherche du candidat, il faut comprendre que le profil « enseignement » est attaché à la formation et l’enseignement de tout ce qui se rapporte à la première des compétences énoncées dans le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation – à savoir « Faire partager les valeurs de la République ». Cet enseignant chercheur, parallèlement à ses travaux de recherche que nous détaillerons plus bas, aurait pour mission de former aux valeurs et principes de la République. Comment un chercheur, consentant à produire des recherches sur les enfants à partir de leur race, de leur sexe (sic), recherches qui sont contre-humanistes et anti-républicaines, peut-il se prévaloir d’enseigner et de former des enseignants aux valeurs et principes d’une République qui ne reconnait ni race ni appartenance ? Existerait-il une stratégie décoloniale sournoise qui profiterait des lois républicaines pour déstabiliser et déconstruire celle-ci à l’Université ? Nous questionnons encore. 

Toujours dans le profil enseignement, la personne recrutée serait en charge d’intervenir « en circonscription, pour la formation continue des enseignants du premier degré, sur la laïcité, le problème de l’autorité, etc. ; ». Comment un enseignant chercheur, convaincu qu’il existe une discrimination dans l’école fondée sur la race et sur le sexe des élèves, peut-il conduire ce genre de formation auprès d’enseignants aguerris, dont les problématiques de terrain concernant notamment l’autorité sont si éloignées de celles qui préoccupent les décoloniaux ? S’agirait-il de contredire la parole des enseignants qui attestent depuis des années de leurs difficultés de terrain en matière d’application du principe de laïcité, de climat scolaire, ou de problématiques liées aux religions dans les institutions ? Pire. Quelques mois après l’assassinant ignoble du professeur d’histoire, Samuel Patty, nous nous préoccupons d’une dérive liée à la représentation d’un enseignant supposé porteur de racisme et vecteur de discriminations dans l’école. La troisième partie du profil confirme nos craintes. 

Enfin, toujours dans le profil enseignement, et c’est là où notre avertissement sur la pédagogie décoloniale prend acte et valeur d’exemple, ce même chercheur aurait en charge « de prendre la responsabilité de groupes de Réflexion dans la formation de formateurs de l’Inspé, pour promouvoir la réflexion sur l’éthique éducative ». Un groupe de réflexion dans les cadres de l’éducation et de la formation des enseignants porte pour objectif de permettre aux membres d’une même profession de réfléchir et de s’exprimer librement afin de construire des solutions collectives qui soient effectivement éthiques, morales et professionnelles. En revanche, et c’est là que nous débusquons l’intentionnalité des militants, un groupe de réflexion ne promeut rien ! Il n’impose rien. Il ne procède à aucune conversion de ses membres.  Il propose des outils et des méthodes d’analyse auto-critique permettant à chacun de réfléchir à sa propre pratique en s’appuyant sur le doute collectif. La promotion pose ici l’avertissement que nous avons formulé à propos de la pédagogie décoloniale sur l’idée de l’enseignant porteur de gestes professionnels équivoques racistes ou discriminants qu’il faudrait éclairer et convertir. Nous trouvons réponses à nos questionnements dans le profil recherche. 

Sur le profil « recherche »

Ainsi, il est attendu du candidat, dans la fiche de poste initiale, qu’il s’attache « à saisir les modalités de construction des problèmes publics et sociaux en éducation, à identifier et analyser leur traitement et leur modalité de prévention, en lien avec les inégalités de “race”, de sexe, de sexualités, ou de classe. Les attentes sont également fortes en ce qui concerne l’étude des gestes professionnels inhérents à la prévention des inégalités scolaires ». Le lien entre le geste professionnel pédagogique et l’inégalité de race et de sexualités (sic) dans « les pratiques et les idées en éducation » dévoile l’apriori idéologique lié à ces groupes de travaux décoloniaux et à ce poste. Le souci de l’école, de la crise qui la traverse, serait lié à des pratiques et des gestes qui produiraient des inégalités sexuées (nous rappelons que nous parlons d’enfants) et des inégalités de race par le biais d’un enseignant raciste qui s’ignorerait…Inadmissible présupposé que nous dénonçons ! 

Mais encore. 

Les recherches de la personne recrutée s’intéresseront à « la formation, à la construction et la prévention des inégalités en éducation, plus particulièrement à l’école, en prenant en compte les discriminations ethno raciales, les questions de genre et de sexualités, ou les inégalités sociales. Elles articuleront au moins deux de ces rapports sociaux et s’attacheront à saisir les enjeux d’une approche intersectionnelle en éducation afin d’approfondir la connaissance des processus favorisant la production/reproduction des inégalités et discriminations dans un contexte de démocratisation de l’enseignement ». Il s’agit bien d’affirmer que les sexualités infantiles devraient être objet de recherche dans l’école, donc de jouer aux apprentis sorciers auprès des enfants, afin de contrer cette école qui se démocratise (sic) et produit des inégalités de race. La mise en accusation de l’école de la République, pour un poste qui entend promouvoir ses principes et ses valeurs, est explicite. Il s’agit d’affirmer que l’école gratuite, que l’explosion de son offre scolaire, permettant à chaque adolescent de construire un parcours diplômant, que la création de nombreux baccalauréats favorisant la certification et l’orientation des jeunes afin qu’aucun ne soit plus sans solution, bref que toutes les politiques éducatives mises en œuvre en faveur de la jeunesse, ne sont que des dispositifs construits pour engendrer du racisme, des discriminations, etc. 

Nous dénonçons une fiche de poste qui recèle l’intégration, tel un véritable cheval de Troie, d’un enseignant chercheur désireux de faire la promotion de l’idéologie mortifère de la pédagogie décoloniale dans le projet non pas de promouvoir les valeurs et principes de la République, mais de les détruire par sa base, à savoir l’école. 

Avant de conclure, nous nous interrogeons à la fois sur ce recrutement et les intentionnalités des auteurs lors de la rédaction de ces fiches de poste, et à la fois sur la portée juridique du changement d’une fiche de poste lors de l’ouverture officielle des procédures de recrutement des maîtres de conférences. En effet, comment concevoir une égalité de traitement de tous les candidats, quand les informations et les attentes d’un profil de recherche ont été soumises à modifications idéologiques lors de la campagne de recrutement ? Peut-on imposer, doit-on imposer, à un candidat qu’il se convertisse aux travaux décoloniaux ou intersectionnels s’il souhaite obtenir un poste à l’université française ? Cette tentative de conversion qui s’apparente à du chantage idéologique impacte les chercheurs précaires, préalablement fragilisés par une baisse du nombre de postes offerts aux concours. Ces manipulations envers des candidats est inacceptable. 

C’est pourquoi, face aux dérives actuelles et face aux principes républicains bafoués dans cette procédure de recrutement, nous demandons qu’un gel du recrutement sur ce poste soit opéré, à partir des deux fiches de poste publiées au cours de cette campagne de recrutement.  

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