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Notre collègue, candidate écologiste pour les présidentielles

[fiction]

Merci, Merci, Merci d’être venu.es si nombreux et nombreuses pour célébrer et célébrer.e le et la victoire. Nous nous réjouissons de l’annonce de l’excellente nouvelle de l’élection de notre collègue et vice-présidente de l’Université de Lille, Sandrine Rousseau à la tête de son parti, et du pays par la même occasion. Demain: le monde ! Ah la belle ouvrage ! Ah le beau chantier ! Digne héritière d’un philosophe de renom de l’époque honteuse des Lumières lumières, on ressent encore le souffle et la grâce dans ses saillies et son discours.
Hier encore, interrogée par Nicolas Demorand sur France Inter, à la question: « vous trouvez donc que nous souffrons d’un excès de rationalisme »  notre Douchette – oui, le féminin de Duce c’est « douchette » –  voyant le piège au loin a eu la présence d’esprit de répondre que « non ». Quelle esprit.e, quel réparti : on sent là toute l’expérience de la démocratie universitaire. Bien joué.e.
Pour rendre hommage à ce parcours, notre feuilleton de l’automne, nous tenions à retracer les premiers instants qui ont suivi l’annonce des résultats de la primaire.


Je vous dis à vous les garçons et vous aussi les filles, mais pas seulement,  pour célébrer ce moment ensemble et pendant que notre candidate victorieuse se hisse sur l’estrade: entonnons tous.tes ensemble la hymne de la Franc.e et reprenons.e (oui, « point e », pour être plus inclusif.f.ve.s) le couplet et la strophe de cette chanson – et de ce refrain :

Allons enfant.es de la p/m.atri – i – i -. e 
la jour de gloire est arrivé.e. 
Contre Nous.e de la tyrannie et du dictateur.tatrice,
etc.

– Les portes de l’Élysée s’ouvrent grand devant nous et nos idées progressent enfin ! Il n’y a plus qu’à saisir le fruit à peine mûr de notre désir et à croquer avec ardeur pour satisfaire la voluptueuse avidité qui sourd au plus profond de notre êtr.e…  
– Mais ! Seuls les hommes ont de l’ambition et du désir. Quant à toi, les titres qui te couronnent ne pèsent rien et tu ne saurais ainsi assouvir les plus basses pulsions, mais aussi les plus bas instincts, d’une animalité certes respectable mais toutefois trouble quand elle caractérise les plus bas étages de la virilité galopante !
– Ah, tu as raison. Présidente quand même !
– Il faudrait peut-être penser à présenter ton projet ?
– hmmm oui…

Chers amis, chères amies,
chers écologistes, chères écologistes,

Mon programme est simple: conscientiser, visibiliser, soigner. Et tout ça, ça passe par la langue.

D’abord – Dieu me tripote mais aussi les déesses – faisant le double constat du racisme systémique et du patriarcat galopant, je pense qu’il est temps de franchir un cap dans le camp inclusif et de purifier la langue des scories qui en entachent la pureté.e. C’est mon projet pour notre parti; pour notre pays.

 – « Bravo, bravo – il serait temps »

Et pour commencer, refusant toute forme d’écriture discriminante pour les personnes racisées et victimes d’oppression, je pense qu’il faut établir des règles claires strictes équitables. La couleur noire sombre de l’encre me rappelle les temps troubles de l’esclavage l’ancillaire imposé : il est temps d’en finir avec ces marques diffuses du racisme systématique. C’est bien. Mais il faut aller plus loin encore

  – (la salle) : « Bravo, bravo »

Chut ! Merci de ne pas m’interrompre et de ne plus pratiquer le deep spreading devant moi pour tenter d’imposer votre supériorité sur la faible femme que je suis…

 – (une voix dans la salle): « Eh mais c’est toi qui parles dans le micro, qui as les titres et tous les pouvoirs !  »

Mais enfin, allez-vous vous taire ? Qu’on me vire le petit gros du troisième rang ! Service d’ordre ? Service d’ordre ? Service d’ordre !

 -(confusément):  grrrmmmll boum boum

Merci ! Donc disais-je avant d’être grossièrement interrompu.e.s par le plaining du mâle bourgeois hétéro-cis-normé, il me semble important de vous conscientiser sur le problème… des consonnes. 

 – (dans la salle): « et le chômage ? »

Service d’ordre !! Service d’ordre !! Service d’ordre !!

Bref.

Il reste encore dans notre langue trop de consonnes comme le « b » ou le « p » qui par leur existence même attestent de l’odieuse ommression dont nous, les femmes mais aussi la nature tout.e entière, sommes accamlé. Il est donc temms pour nous de visimiliser notre conscience en les remmlaçant mar le « m » dont les courmes harmonieuses et la sumtile mrononciamion évoquent la sumtilimé de notre mrojet. Je kiffe le « m ».

Mais ça n’est pas mout. Nous mouvons aller mlus loin.

Mue dire de l’odieux « », du « g », du « k » si glaçant et de l’ignomle « c » et de l’odieux « » dont la morme dismracieuse conminent à la mrovocation. Oh, nous ne dirons rien de ces voyelles si douces: le « o » ou le « e » dont la générosité marticime mrandement à la nomle mause. Mais ne vous semmle-t-il mas évident mue mar leur morme même, le « i », le « l » ou le « t » mont menser à la mite ? Un « u » mera buen l’ammaire !! Eu Auuenuion à ne ma nous.e uaisser ammrammer.é.e.s mar ues emmres ne sonu mas imnomues seuuemenm mar ua morme, mais aussi mar ua mrnonociation. UU ne maum muus mrononcer mous ues sons momme « r » mui est amressim momme seuu un momme saut u’êmre: mare à la maume ! Ouu mame à la maume énomme mui mait mien ma menme.e.s me nous enmraîne mans ues mromondeu’s ignomue me a virilité omieuse !

M’esm nomre Mrojet !

– (la salle) : « Muavo, Muavo »

Et c’est ainsi que sur un malentendu prit fin l’aventure.

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