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Une alliance improbable: LGBTQI+ et CCIF?

Yana Grinshpun

Sur le fond de l’entreprise de destruction de la société, certaines alliances de ceux qui se déclarent « damnés de la terre » peuvent sembler contre-intuitives, voire improbables.  Et pourtant, il ne manque pas de chercheurs pour en parler et pour expliquer quels sont les intérêts des uns et des autres. Voir notamment les travaux de Florence Bergeaud-Blackler 1 et de L. Vidino 2.

Un article récent publié par la presse arabophone de l’Arabie Saoudite cite également des recherches égyptiennes sur la « wokisation » des propagateurs des théories fréristes et leur alliance avec les associations LGBTQI++.3. Il s’agit donc d’une grande « intersectionnale ». Les exemples sont nombreux. Dans ce texte, nous proposons une illustration et une analyse d’un dispositif discursif type qu’on voit fleurir au sein du système social.

Les Irrécupérables

L’acte de naissance d’un collectif, pertinemment auto-diagnostiqué « Irrécupérables » 4, a été publié en 2018 dans les pages de Libération 5. Depuis, il mène sa petite existence, en mode discret, voire souterrain, bénéficiant en toute opacité des millions de subventions d’origines diverses. Ce collectif réunit les représentants LGBTQI+ pour établir, en priorité, l’intersectionnalité des luttes entre toute la gamme des LGBT, les discriminés de tout bord qui se réunissent dans la grande campagne contre « les discriminations structurelles de l’État » :

« […] l’homophobie, la transphobie et le sexisme traversent l’histoire passée et présente de la société française et la structurent : ils sont produits et légitimés en premier lieu par les cercles de pouvoir ».

Ils se proposent :

« de déconstruire le cliché selon lequel l’homophobie, la transphobie et le sexisme seraient le monopole des personnes vivant en banlieue, stéréotype qui sert à masquer la responsabilité première de l’État et de ceux qui ont la parole et le pouvoir en France ;

de dénoncer l’instrumentalisation de nos luttes Lesbiennes Gays Bi·es Trans Queer Intersexes et féministes, à des fins racistes, et notamment islamophobes en France ;

de contribuer à visibiliser les luttes, individuelles et collectives, de celles et ceux qui s’opposent aux violences racistes, sexistes et homophobes produites par l’État français, et dans le monde, notamment les violences policières » 6 ;

Ce collectif nie la réalité qui se traduit en actes dans les territoires perdus de la république où la sharia fait loi et où l’homosexualité n’est pas vraiment à l’honneur. Ses membres avancent les arguments dont la fonction essentielle est de se poser en victimes de la société hétérosexuelle, des mauvais homosexuels blancs en particulier et de l’État français en général

L’objectif final du collectif est d’attribuer à l’État français la responsabilité de toutes les violences, racistes, islamophobes, anti-LGBT et plus si affinités.

Dans sa profession de foi, le collectif ventile ces plusieurs points (déconstruction, dénonciation, lutte) en différents articles, qui ont en commun d’être contredits par les faits.

L’État Français produit-il vraiment « des violences homophobes et racistes » ?

L’État français, ne peut prétendre à zéro erreur, alors que la position victimaire dans laquelle se présente le collectif des Irrécupérables exige un zéro offense. Selon un scénario bien rodé, le collectif se pose en victime face à un État tout-puissant. En Occident, nul ne se prétend parfait. Il n’est donc pas invraisemblable que des fonctionnaires (employés de l’État) aient pu avoir des mots ou, pire, des gestes jugés insultants. Mais les individus responsables sont sanctionnés. À titre d’exemple, rappelons l’affaire Benalla, proche ami de Macron, faisant partie donc du « système raciste, islamophobe et homophobe ». Il a été accusé d’agresser des manifestants en marge du défilé du 1er mai 2018.

La première réaction présidentielle a été d’une indulgence amicale: 15 jours de suspension. Le scandale a obligé l’Élysée à plus de rigueur : Benalla a finalement été licencié quelques jours plus tard.

L’inconvénient pour les spécialistes de la victimisation islamo-LGBT, c’est que Benalla coche au moins deux cases intersectionnelles : marocain et «  très sensible à la cause musulmane et à la Ligue de défense judiciaire des musulmans ».7

L’État Français acteur essentiel dans la subvention des associations LGBTQI++

À défaut de persécuter les membres de la communauté LGBTQI++,  le Président français les nomme à des postes stratégiques qui leur confèrent des pouvoirs non négligeables 8. C’est le cas d’Omar Didi, déjà président du Mouvement d’Affirmation des Jeunes Gais, Lesbiennes, Bi & Trans, nommé président du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse. Autant pour l’homophobie et le racisme d’État…

La générosité d’État ne se limite pas à Omar Didi : elle représente des millions d’euros et ceux de l’Union européenne font grimper les enchères.

Île-de-France Prévention Santé Sida abonde à ce financement :

« Au total, près de 1,2 million d’euros du budget global de fonctionnement d’Île-de-France Prévention Santé Sida est consacré aux actions de sensibilisation et de lutte contre les discriminations, de santé des jeunes, contre les LGBTphobies et la prévention sida dans les lycéeset via le ‘Bus Information Prévention’, permettant de toucher près de 120 000 adolescents par an » 9

Les hétérosexuels ignorent les sommes astronomiques investies dans leur éducation :

«  Animafac, le réseau d’associations étudiantes, qui met en place des outils de lutte contre les discriminations anti-LGBTQI+ auprès des étudiants franciliens. Cette action pluriannuelle auprès des 150 associations adhérentes du réseau Animafac consiste en la réalisation d’un état des lieux des discriminations LGBTQI+ dans les universités, la mise en place d’un kit de sensibilisation et une exposition itinérante pour les facs d’Île-de-France. Une subvention de 30 000 euros a été dédiée à cette action en 2019. »10

Les minorités subventionnées sont en permanence à la recherche de leur prochaine insatisfaction, afin d’en obtenir une réparation, de préférence financière. En se prétendant « damnés de la terre » ils sont en réalité en position d’hégémonie idéologique, soutenue par l’État qu’ils dénoncent.

Alliance improbable

Le collectif affiche leur soutien inconditionnel au…CCIF

« Nous dénonçons la dissolution du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) par le Conseil des Ministres. Le décret du 2 décembre n’est rien d’autre que l’instrumentalisation de la lutte contre le terrorisme pour criminaliser les luttes antiracistes, l’auto-organisation des musulman·es et des personnes racisées et la critique de l’État. La dissolution du CCIF n’est qu’une étape de la politique générale ouvertement islamophobe et liberticide du gouvernement. À ce titre, nous appelons toutes celles et ceux qui se mobilisent contre la loi Sécurité Globale à en faire de même contre cette dissolution, ainsi que contre la loi contre le supposé « séparatisme » qui vise l’ensemble des musulman·es ».

Dans le même paragraphe ils écrivent :

« Enfin, le CCIF est accusé de complaisance envers l’homophobie, le sexisme ou la sérophobie. L’organisation n’a pourtant jamais défendu de positions oppressives, à l’inverse de Gérald Darmanin, co-signataire du décret. Le ministre appartient à un gouvernement qui expulse illégalement des malades du sida, vers des pays où ils mourront faute de soins, ou des personnes homosexuelles ou trans dans des pays où elles seront persécutées. Ce ministre de l’Intérieur a reconnu des faits qui s’apparentent à un viol ».

Le CCIF a été dissous par le ministère de l’Intérieur pour sa complaisance envers l’homophobie, le sexisme ou la sérophobie, pour ses incitations à la haine, au nombre desquelles la campagne qui a obtenu la décapitation de Samuel Paty 11.

Le CCIF est proche de l’idéologie des Frères Musulmans, l’organisation islamiste sunnite dont les objectifs sont la réislamisation de la société, l’établissement d’un nouveau califat, la lutte contre « l’emprise laïque occidentale » et bien sûr le combat avec le sionisme en Palestine. Or, le CCIF est fondé par les proches de ce mouvement, Muhamad Marwan ; l’ami de Tariq Ramadan, et de Rachid Abou Houdeyfa, le prédicateur de la haine antijuive et anti-occidentale.

C’est là où l’on peut s’interroger sur la confiance que les associations LGBTQ+ font à l’islam qui n’est pas vraiment intersectionnel par sa nature. Peut-être sont-elles persuadées de pouvoir dégager l’islam des prescriptions coraniques lorsqu’ils disent.

« On voudrait nous faire croire que seules les personnes non-blanches seraient homophobes et transphobes, et que les ‘minorités’ raciales et les ‘minorités’ sexuelles seraient vouées à se combattre. »

Rappelons les prescriptions :

« Si deux hommes parmi vous sont coupables de débauche, punissez-les tous les deux. » (Coran-4:16)

« Lot dit à son peuple : vous pratiquez vos désirs sur les hommes de préférence aux femmes : vous êtes vraiment un peuple qui transgresse les limites….. Et nous avons fait pleuvoir sur eux une pluie de soufre : Voyez alors quelle a été la fin de ceux qui se sont livrés au péché et au crime ! » (Coran-7:80)

« Si vous trouvez quelqu’un qui fait comme le peuple de Lot, tuez celui qui le fait, et celui à qui il le fait ». (Hadith Abu Dawud 38:4447)

« Lapidez le haut et le bas, lapidez-les tous les deux. »(Hadith Ibn Majah 3:20:2562)

Dans le rapport, publié par Lorenzo Vidino et Sergio Altuna 12 pour le centre de documentation de l’islam politique, on peut lire de quelle manière l’homosexualité est perçue par cette organisation (p.44, 186) qui préconise pourtant la rapprochement avec les associations susmentionnées au nom de la lutte contre les discrimination et….l’islamophobie.

Islamophobie

Les Irrécupérables considèrent ces reproches flous et récupèrent les arguments pour le moins boiteux de l’OCI, l’Organisation de la coopération islamique, qui constate une « tendance à l’islamophobie à la hausse, non seulement dans les pays occidentaux, mais aussi dans une large mesure dans de nombreuses régions du monde. » 13

Du côté du réel, le ministère français de l’Intérieur a publié, en 2020, des chiffres déplaisants pour les victimaires associés : « 1 142 faits racistes et xénophobes (principalement des menaces) ont été comptabilisés contre 496 en 2018, soit une hausse de 130 %. Les faits à caractère antisémite sont en hausse également : 687 ont été répertoriés en 2019 contre 541 en 2018, soit une hausse de 27 %. » Jusqu’ici tout va bien, mais ça se gâte quand on arrive à l’islamophobie, dont la tendance est supposée à la hausse : « Les faits antimusulmans demeurent ‘relativement faibles’ (154 faits, qui se décomposent en 63 actions et 91 menaces), mais ils sont en hausse par rapport à 2018 (100 faits). ‘Là encore, l’essentiel des actions concerne des atteintes aux biens religieux’, souligne le ministère dans un communiqué. »14

63 actes et 91 menaces islamophobes perpétrés sur une population de 6 à 12 millions d’individus, certes, c’est une hausse par rapport aux cent faits de l’année précédente, mais ça ridiculise un peu les revendications de primauté victimaire, surtout comparés aux 687 actes antisémites sur une population de moins de 500 000 personnes.

Jargon intersectionnel, jargon décolonial

Le jargon intersectionnel s’inscrit dans un double dispositif victimaire : celui de l’appel à la pitié et celui de l’appel à la violence.

Les contradictions dans lesquelles les militants se prennent les pieds relèvent d’une stratégie : ouvertement ils se disent victimes du système à détruire, mais c’est ce système-là qui les nourrit. La recherche de la compassion est nécessaire, non seulement pour les moyens financiers qu’elle procure, mais aussi pour mieux masquer la violence de la radicalisation.

Comme tous les militants défensifs contre une violence imaginaire, les Irrécupérables font des Blancs en général les ennemis à abattre, même quand leur particularité est d’être des homosexuels. Leur faute est de lutter contre l’ennemi islamiste des LGBTQI+ (ils sont à abattre en commençant par Caroline Fourest et Mila).

La rhétorique décoloniale se sert de la même ambiguïté. Voir Houria Bouteldja, ex-porte-parole du PIR :

 « Voyez tous ces phallocrates blancs qui se découvrent féministes lorsque le banlieusard apparaît ? Ils n’ont jamais de mots assez durs pour le crucifier, pas de compassion assez forte pour nous plaindre. L’ensemble du monde blanc à maintes fois communié, des tremolos dans la voix, contre le méchant mec des cités». 15

Et la même: « Nos mots ont des vertus magiques. Ils nous déshypnotisent et nous délivrent des héritages venimeux. La blanchité n’est pas une question génétique. Elle est rapport de pouvoir.»16

Le lien ténu entre « défense des LGBT » et « destruction de la démocratie grâce à l’islamisme » passe par des récriminations disparates et imprécises : l’inaction de la société vis-à-vis du Sida et du « surtaux de suicides chez les jeunes LGBT », l’utilisation de la laïcité pour perpétuer les schémas coloniaux, et l’arme de « l’universalisme » dégainée contre le « communautarisme ».

L’inversion rhétorique leur permet de poser le CCIF en association tolérante et le Ministre de l’Intérieur français en délinquant sexuel et juridique, œuvrant à l’expulsion illégale. Les objectifs du CCIF, comme ceux de ses cousins, les Frères Musulmans, sont l’islamisation ou la réislamisation de la société, l’établissement d’un nouveau califat, la lutte contre « l’emprise laïque occidentale » et bien sûr « le combat contre » le sionisme en Palestine.

C’est cohérent avec les actions du petit mouvement, qui se voit déjà grand collectif au sein du califat: il a rassemblé plus d’appels à boycotter l’Eurovision en Israël.17.

 et de boycotter Israël tout court (85 associations LGBTQI+ l’ont signé) qu’à organiser une Gay Pride alternative.

Et pourtant, il n’est pas discourtois de s’en étonner lorsque l’on connaît la législation en vigueur sur le territoire palestinien :

Territoires A et B (Cisjordanie) : « Malgré la légalité de l’homosexualité en Cisjordanie, il n’y a aucune reconnaissance des droits LGBT et ceux-ci sont victimes de violences. »

Gaza : « après le retrait britannique, la section 152(2) du Code criminel no 74 de 1936 est toujours restée en application, rendant les homosexuels  de ce territoire toujours susceptibles d’être poursuivis pour homosexualité. » 18

Les Irrécupérables sont innombrables, qu’ils portent ce nom ou un autre

Ce sont des activistes mus par la haine, la haine du blanc, de l’hétérosexuel, du mauvais homosexuel, du juif…

Leur réseau tentaculaire de minorités agressives, dont le dénominateur commun est de plus en plus microscopique, cache de moins en moins, sous la revendication victimaire, son projet de domination, de formatage des cerveaux, de colonisation de l’espace politique et culturel pour aboutir à un totalitarisme impérial (officiellement soutenu par l’Europe).


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