Press "Enter" to skip to content

Note à destination des responsables

La situation actuelle

Ce que les médias appellent « wokisme » pour dénommer une réalité sociale relève en réalité à l’université d’une vision plus large de la pénétration des théories du genre et de la race à la fois comme objet de recherches et de pédagogie. Il est lié au « décolonialisme ». Un ensemble de chercheurs en sociologie s’accordent en effet pour considérer que la race mentale et le genre mental sont des observables en science qui justifient la démonstration d’un rapport de dominant-dominé entre les blancs et assimilés sur les non-blancs.
[L’objet du séminaire] se situe entre militantisme et recherche, et elle est donc susceptible d’une rigidification de chacun de ces versants ; Elle brise l’aspect discret et autonome des catégories (classe, genre, race, mais aussi âge, santé, espèce) ; Elle est d’origine étatsunienne.

Ce rapport de domination mentale, appelé « colonialisme », justifie selon eux que l’on dise que la décolonisation n’a jamais eu lieu, puisque c’est un processus mental réactualisé en permanence dans les rapports sociaux. Le problème vient du fait que cette grille de lecture biaisée des rapports sociaux a débordé dans toutes les autres disciplines (Le droit, Les lettres, la Géographie, l’Histoire, la Linguistique) au point de devenir le point de départ « d’analyses innovantes » dans toutes ces disciplines qui « tombent » comme des dominos et se relèvent en dehors du cadre disciplinaire sous fome de « studies » dont la forme anglophone montre assez à quel point la colonisation en cours est d’une autre origine :

« décoloniser le droit » (15/02/2021);
« décoloniser les imaginaires 03/07/2017);
« Décoloniser la sexualité » (CCIF et Mediapart);
Cours en « sociologie de la race »;
« Le corps, territoire en géographie » (depuis 2010);
Le Moyen Âge Queer, en Sorbonne (Novembre 2021);
« Genre et sexualité dans les établissements scolaires » (17 et 18 juin 2022 à l’UPEC);
Colloque « Corps, Genre et Images » à l’université de Paris 8 les 24 et 25 mars 2022;
Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne (PhiCo), Axe Genre et Normativités (GeNo): Séminaire d’actualité éditoriale sur le genre;
Séminaire transdisciplinaire (philosophie): « genre et création », l’Institut Le Bel de Strasbourg, 28/02/2022;
« Journée d’études trans », 13/05/2022, campus Condorcet;
Séminaire « Genre et SHS » (07/02/2022, CRISIS (Marseille);
« Genre, dynamique intersectionnelle et didactique des langues » (28/01/2022), Toulouse 3;
«  Genre, Féminismes et politique  », 16/02/2022, Sciences Po (Laboratoire Triangle);
« Décoloniser l’école? »;

L’Observatoire a publié un rapport de 150 pages sur la situation en 2021. Nous estimions que la production en LSHS en lien avec les théories du genre et de la race s’élevait à 50,4% de la production scientifique. En histoire, les données (confidentielles) du Conseil National des Universités laisse entrevoir que plus de 40% des thèses incluent aujourd’hui un questionnement sur le genre et la race. En réalité pour eux, « éduquer, c’est coloniser un esprit. Or coloniser, c’est mal. Donc éduquer, c’est mal ».

De cette situation découle une série d’actions militantes sur les campus, allant de l’installation de cours consacrés à ces théories jusqu’à l’accueil favorable de putsch militants opérés par des étudiants.

Leur but: la subversion des institutions – l’école, la langue, la laïcité

L’antiracisme, le féminisme, les « phobies » sont autant de notions subverties par la réinterprétation du rapport dominants-dominés. Comme le rappelle Pierre-André Taguieff dans la conférence donnée en Sorbonne à l’occasion du colloque des 7 et 8 janvier : « Au cours des deux premières décennies du XXIe siècle, l’antiracisme différentialiste a été réinterprété par les tenants de la « théorie critique de la race » et de l’intersectionnalité, qui l’ont transformé en une forme d’identitarisme racial ou de racialisme, celle qu’on rencontre dans le discours des dénonciateurs du « racisme systémique », qui essentialisent les groupes minoritaires et les installent dans une position victimaire. » C’est une « fatalisation du phénomène » qui interdit en somme de lutter contre.

La question des inquisiteurs modernes se comprend dans un contexte bien particulier: celui de l’émergence d’un nouveau dogmatisme, semblable aux fascismes qui dans l’Histoire ont fait vaciller la République et la Démocratie au nom d’un bon sens, d’une évidence morale censée s’imposer à tous. Dans ce contexte, l’enjeu universitaire est central pour deux raisons. D’abord, c’est à l’Université qu’on constitue une épistémologie des savoirs: si la magie ne s’étudie pas à l’Université, c’est parce que le champ épistémologique de la magie n’est pas répertorié dans la nomenclature des sciences de l’Alma Mater. Ensuite, c’est de l’Université que découle l’organisation de l’école: si l’on étudie la physique à l’école, c’est parce que l’Université l’a instituée comme une phénoménologie dont on peut étudier les bases dès l’enfance pour progresser dans la connaissance.

Alors que les courants marxistes se réclamaient de l’héritage des Lumières, l’effondrement du marxisme a laissé place à leur exécration convenue. Bref, l’hostilité aux qui fait le fond de la pensée réactionnaire depuis plus de deux siècles est maintenant partagé par tous les radicalismes, de l’extrême droite à l’ultra-gauche. La French Theory et aussi l’Italian Theory, avec des auteurs comme Vattimo et Agamben, se sont efforcées de détruire de l’entreprise scientifique : c’est l’Abbau heideggérien, littéralement « mise à bas », euphémisé en « déconstruction ». Pour les racialistes, la culture se réduit а une vision du monde, et finalement а un destin. Tout arabe serait musulman de naissance, et du coup: toute critique de l’Islam s’apparente à un racisme.

En bouleversant le champ des savoirs, on prépare l’ouverture de nouvelles disciplines (autant de postes, de financements et d’argent) pour les conceours de recrutement des professeurs du secondaire (CAPES ou Agrégations). L’école est elle-même attaquée. Comme l’Observatoire l’a montré dans la presse («École: les thèses militantes que combat Blanquer sont promues… par ses services», Figaro du 29/11) le réseau pédagogique Canopé (ex CRDP) accorde une grande place à la constitution de dossiers pédagogiques militants (« Le temps béni des madrassas », « Histoire et éducation civique au prisme de l’histoire des mouvements LGBTQI+)…)

Dans ce champ déconstruit, la langue ne fait pas figure d’exception. L’écriture inclusive est imposée dans de nombreux champs administratifs en même temps que la circulaire Blanquer en interdit l’usage. La déconstruction de la langue, à l’heure où les étudiants sont en partie illéttrés, met en difficulté les disciplines traditionnelles: comment enseigner la grammaire ou la linguistique générale à des étudiants qui nient les principes fondamentaux de ladite grammaire au nom de principes moraux supérieurs ?

Le bouleversment de l’épistémologie des disciplines – de la langue à l’histoire – fait peser de graves menaces sur l’école. La déstructuration de la langue, la dislocation des rapports à la discipline créent de nouveaux appels d’air vers des domaines qui ne sont pas inscrits dans le canon universitaire, mais qui sont financés. La race mentale remet en cause le principe de l’iberté en réintroduisant un déterminisme sordide. Elle détruit le principe d’égalité entre individus, puisqu’elle sacralise d’une part le rapport de domination (dont l’égalité est selon eux un outil) et bien évidemment, elle invalide le lien de fraternité qui nous unit. Il convient de valoriser pour opposer aux discours prétendument scientifiques de la race le rappel du rôle essentiel joué par l’Éducation dans l’émancipation des peuples et des individus.

Les financements

On trouve quelques financements d’institution un peu surprenants. Ainsi, la Ville de Paris alloue-t-elle des Bourses de recherche sur les études de genre à pas moins de 20 lauréats chaque année. L’Université de Chicago à Paris finance depuis plus de 5 ans chaque année des thèses en « genre, race et suxualité ». Ces incitations financières font appel d’air en s’alignant sur un modèle général qui trouvent sa source dans l’UE.

Le pilotage de la Recherche depuis 10 ans a basculé dans une organisation fondée sur la réponse à des appels à projets. Aujourd’hui, en effet, les financements de la Recherche proviennent de l’Europe: soit sous forme directe par le biais d’inscription dans les financements H2020, soit de manière indirecte par le biais des régions ou des organismes de Recherches (INRIA, CNRS, INSERM) qui eux-mêmes touchent une partie de leur financement des organismes de l’Union.

Ce pilotage par incitations amène les chercheurs à s’inscrire dans des cases de production scientifique et à répondre à des comportements récompensés par des financements très conséquents. Dans les intitulés de réponse à projets se développent des orientations qui progressivements alignent la recherche sur les grilles de lecture anglo-saxonnes, à commencer par les théories du genre et de la race. Les collègues, dont la production scientifique et la carrière dépendent de ces financements, s’alignent donc respectueusement derrière ces nouvelles thématiques.

Un exemple permet de résumer ce phénomène: les nouvelles directives de l’UE pour le « Research funding » imposent de faire de « la promotion de l’égalité de genre » un objectif premier. 15% du budget alloué, toute discipline confondue, doit être alloué sous forme de poste RH à la promotion de l’égalité de genre. Au chapitre IV de la note « Gender-Net Plus » (« Monitor gender data) il est logiquement écrit que:
« Diversity, inclusion and intersectionnality need to be considered/embedded in research funding along with equity » [« La diversité, l’inclusivisme et l’intersectionnalité doivent être considérées et intégrées dans le financement de la recherche au même titre que l’équité »]

Ces financements sont le cheval de Troie de la modification de l’épistémologie des disciplines fondamentales du supérieur.

La Liberté académique

La liberté académique est inhérente au statut du chercheur et doit être protégée: elle vise la liberté de recherche (choix des thèmes de recherche et d’investigation, choix des thèses et des publications), régulée par l’évaluation par les pairs, dans le cadre de la loi. Personne ne pense que Faurisson a été entravé dans sa « liberté académique » ! Autrement dit, la liberté d’expression est un droit constitutionnel; la liberté académique est également un droit garanti mais qui, contrairement à la première, souffre la limite imposée par la relecture par la communauté scientifique et le cadre légal. La liberté académique n’est donc pas la liberté d’enseigner ce qu’on veut: il y a des cadres nationaux qui structurent les certifications (la Licence, le Master). Tout enseignant-chercheur reste un fonctionnaire qui doit au public des « usagers » un service pédagogique cohérent avec la certification du diplôme au niveau national.

Les pistes pour sortir de l’ornière

Les pistes pour sortir de l’ornière en respcctant la liberté académique impliquent d’opposer à la dynamique malsaine imposée par l’UE un cadre national fort. Cela passe par la défense des disciplines; une refonte du pilotage des établissements du suprieur et une politique d’incitation financière.

La défense des disciplines implique de rendre au Conseil National des Universités ou à n’importe quel organisme fédéral national un pouvoir d’évaluation effectif: évaluation des publications, classement des revues selon des critères disciplinaires; politique de primes à destination des enseignants. A ce niveau-là, l’Etat doit pouvoir jouer son rôle de gouvernance en nommant plus des 3/4 des membres du conseil et en minorant la place des délégués syndicaux ou élus. Ainsi, l’Etat s’assure-t-il de la bonne gestion de la discipline.

Un second point consisterait à refonder les concours de recrutement autour des disciplines fondamentales: écarter les disciplines farfelues ou méta-pédagogiques et en même temps: rendre le pilotage des concours et des formations aux Universités (finis les INSPE, IUFM, INSPI, etc.) tout en s’assurant que les pilotages de ces formations sont associés à des enseignants des disciplines fondamentales du concours. Le travail sur les concours permettrait également d’introduire une noria vertueuse autour des Institutions. Prenons un exemple: en instituant une épreuve autour « de la laïcité » obligatoire dans tous les CAPES, on crée une dynamique de formation dans les établissements, ce qui impliquerait des financements autour de postes dédiés à cet enseignement rendant la chose évidente et visible au niveau national. C’est un moyen parmi d’autres d’engager un cercle vertueux autour de ces questions rénovées.

Enfin, il faut que l’Etat pèse au niveau européen pour d’une part s’opposer à la mise au pas des projets de recherches par l’Europe soit en se retirant de la fédération H2020, soit en rétablissant un niveau de financement homogène de la recherche sous forme de financements des laboratoires et des chercheurs dans le cadre de plans quinquennaux.



Notes
Séminaire de Master, https://parolesencours.wordpress.com/2020/09/13/seminaire-m2-doctorat-2020-2021-m-a-paveau-paris-13-intersectionnalite-et-analyse-du-discours/
http://iris.ehess.fr/index.php?4812
https://theconversation.com/il-faut-decoloniser-les-imaginaires-80446; https://www.lexpress.fr/actualite/politique/les-bonimenteurs-du-postcolonial-business-en-quete-de-respectabilite-academique_2112541.html
https://www.valeursactuelles.com/societe/decoloniser-la-sexualite-promue-par-le-ccif-et-mediapart-une-universitaire-animera-une-conference-interdite-aux-femmes-blanches/
(https://etudiant.lefigaro.fr/article/a-sciences-po-des-cours-de-sociologie-de-la-race-proposes-aux-etudiants-font-polemique_33cf75a6-5bf1-11ec-90f9-0923e1e3b2f6/
https://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2010-5-page-466.htm
https://lettres.sorbonne-universite.fr/evenements/archeologies-des-transidentites
https://calenda.org/951295
https://www.univ-paris8.fr/Colloque-pluridisciplinaire-Corps-Genres-et-Images
https://philosophie.pantheonsorbonne.fr/evenements/seminaire-dactualite-editoriale-genre
https://mgne.unistra.fr/agenda/evenement/definir-une-creation-au-feminin-genre-feminin-et-danse-critiques-feministes-pratiques-queer-et-jeux-ethiques
https://twitter.com/JEtudesTrans
« Dans une approche pluridisciplinaire, ces séminaires visent à contribuer aux réflexions sur la prise en compte du genre dans les recherches en SHS, d’un point de vue épistémologique, théorique et méthodologique, soulignant les spécificités autour de la notion de genre dans les différentes disciplines, aussi bien que la transversalité des concepts dans ces domaines scientifiques. De plus, ces séminaires seront l’occasion d’interroger nos positionnements en tant que chercheur.se.s nos positionnements de chercheur.se.s s’intéressant aux questions de genre, et le rôle de nos places sociales et de nos subjectivités dans les processus d’élaboration des savoirs scientifiques. » Lien vers le Zoom: https://univ-amu-fr.zoom.us/j/97334768985?pwd=blIwb2FZL1M4SkszdEpBYjNyTGdWUT09
https://www.lerass.com/event/seminaire-axe-genre-et-medias-5/
http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?rubrique401
https://pur-editions.fr/product/ean/9782753521650/decoloniser-l-ecole
https://decolonialisme.fr/?page_id=5178
https://decolonialisme.fr/?p=4643
(https://decolonialisme.fr/?p=5082
https://www.leddv.fr/analyse/les-derives-racialistes-du-neo-antiracisme-20220205
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/ecole-les-theses-militantes-que-combat-blanquer-sont-promues-par-ses-services-20211129
https://www.paris.fr/pages/paris-soutient-et-recompense-la-recherche-sur-l-antisemitisme-et-la-xenophobie-les-laureats-2016-sont-4386
https://centerinparis.uchicago.edu/appel-projets-manifestations-scientifiques. On consultera https://centerinparis.uchicago.edu/events/race-et-revolution-francaise
https://gender-net-plus.eu/wp-content/uploads/2022/02/Policy-Brief-Gender-Net-Plus-2022-02-01.pdf

Comments are closed.

PHP Code Snippets Powered By : XYZScripts.com