Press "Enter" to skip to content

Décolonialisme et antisionisme à l’Université

Par Yana Grinshpun

L’obsession raciale où on s’intéresse particulièrement à la mise au pilori de la « race blanche » a envahi non seulement la sociologie mais aussi la sociolinguistique, la psychanalyse, la philosophie. La « race blanche », « l’identité blanche »[1], fût-elle socialement construite, fait office de nouvelle figure de dominant qu’il faut culpabiliser et déconstruire. À titre d’exemple, citons ici Maxime Cervulle, spécialiste de la « blanchité » qui n’est rien d’autre que le masque de dominant : 

« La problématique de la blanchité permet notamment d’introduire une conception relationnelle et systémique du pouvoir dans l’appréhension des rapports sociaux de race : il s’agit ainsi de contester l’idée selon laquelle les acteurs et actrices socialement perçu·e·s comme blanc·he·s échapperaient à l’emprise de la racialisation (Dyer 1997). Loin de tomber dans le piège de l’essentialisation, le concept de blanchité ne renvoie toutefois ni à un type corporel, ni à une origine définie, mais à un construit social aux modalités dynamiques par lesquelles, en certains contextes sociohistoriques, certains individus ou groupes peuvent être assignés (selon un processus d’allo-identification) ou adhérer (selon un processus d’auto-identification) à une ‘identité blanche’ socialement gratifiante (voir Ignatiev 1996). »

Ce discours à prétention académique est une goutte dans l’océan d’écrits qui mettent en scène le blanc, coupable de tous les crimes de lèse-humanité. C’est ainsi qu’une historienne décoloniale, qui s’est étonnée dans une émission récente sur France Culture que le texte des cent disait à propos de l’omniprésence des catégories de blanchité, exprime son adoration[2] envers celle qui apparaît comme la sauveuse de l’Occident coupable.

Le concept de « blanchité », même si on essaie de le cacher par des pirouettes rhétoriques, renvoie au phénotype, à la couleur de la peau et a des relents de racisme primaire. Car c’est la blanchité qui donne des privilèges, selon les auteurs décoloniaux. Même s’il s’agit d’un SDF. Peut-on cesser d’être blanc ? Peut-on renoncer à sa peau ? Même après moult opérations esthétiques, on n’effacera pas le stigmate de la blanchité[3].

Le prêche anti-occidental va de pair avec celui des islamistes et les décoloniaux. Il n’est pas étonnant qu’une historienne décoloniale, Ludivine Bantigny, déclare sa flamme[4] à la propagandiste indigéniste Houria Bouteldja, laquelle déclare urbi et orbi s’identifier à Mohammed Merah. 

Antisionisme et néo-féminisme et l’Université 

La virulence antisioniste qu’on observe dans certaines universités[5] est propre à la fois au milieu de l’extrême gauche présent dans les médias et à l’islamisme[6]. Par exemple, au nom de la paix, Badiou propose d’oublier la Shoah pour ne pas offusquer les Palestiniens[7] ; il et sur ce point très soutenu par les discours d’Ahmadinejad[8].

Le blâme permanent de l’Occident, auquel participent avec vigueur les chefs de file des théories féministes (par exemple, Judith Butler), va de pair avec l’inculpation de la culture occidentale, l’hostilité évidente à son égard et le déni de l’inégalité existante entre les femmes et les hommes au sein de la culture islamique. Judith Butler n’hésite pas à parler des Frères musulmans comme d’un mouvement de masse révolutionnaire[9], sans faire référence aux textes fondateurs de ce mouvement qui appellent aux meurtres des Juifs et à la prise de pouvoir en Occident. Dans le même texte où elle prend la défense des Frères musulmans, elle vilipende le sionisme et la fondation de l’État juif[10]. Le fondateur de ce « mouvement de masse », Hassan Al Bannah, affirmait que l’Islam est à la fois le Livre et le sabre[11]. Judith Butler est l’inspiratrice de la plupart des « écoles » dont les représentants occupent les chaires universitaires françaises et qui ne cachent pas leur présence aux manifestations pro-palestiniennes où, depuis 2014, le slogan « Mort aux juifs » est scandé impunément.

Le professeur des universités Jean-Pierre Filiu n’a pas hésité d’exprimer son soutien au frériste Morsi et sa fascination devant l’islamisme « modéré » d’Erdogan[12] ainsi que sa critique violente et mensongère de l’État d’Israël.

Les enseignants de la mouvance d’extrême gauche apportent leur soutien aux organismes qui entretiennent des liens étroits avec l’idéologie frériste : le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) et l’association islamiste Baraka City. Certains le font sur les réseaux sociaux, d’autres en parlent dans leur cours[13]

Ce sont des phénomènes concrets et idéologiquement patents. Victor Klemperer disait très justement que « les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps, l’effet toxique se fait sentir ». Le déconialisme, l’islamophilie, la nécessité de « déconstruire » l’Occident, l’antisionisme virulent, les oppressions imaginaires gagnent avec la langue son moyen de propagande le plus puissant, le plus « public et le plus secret » [14].


[1] Cairn.Info : « La conscience dominante. Rapports sociaux de race et de subjectivation ». Par Maxime Cervulle, dans Cahiers du Genre 2012/2 (No.53), p.37à 54.

[2] Séminaire Paroles d’Honneur avec Ludivine Bantigny et Houria Bouteldja (en ligne sur Facebook).

[3] Regards.fr, 18 juin 2020 : « Françoise Vergès : « Le privilège blanc existe, même pour les plus pauvres. Il faut le déconstruire » ».

[4]. https://www.facebook.com/watch/live/?v=1622490587808336&ref=watch_permalink

[5] Appels à protester contre l’oppression des palestinien lors des AG (Paris III), le saccage du local de l’Union des étudiants juifs à Paris I en 2018, l’affaire Samuel Mayol à Paris XIII, les agressions de l’étudiant de médecine à l’université Paris XIII, fabrication des procès de l’islamophobie supposée du prof de sport à l’Université de Lille, etc. 

[6]Pour une analyse savante de la convergence des extrêmes, voir Pierre-André Taguieff, « L’islamisme et nous. Penser l’ennemi imprévu » (éditions CNRS, 2017). 

[7] Alain Badiou, « Circonstances 3, Portée du mot « juif » » (éditions Lignes & Manifestes, 2008).

[8] Courrier International, 1er juin 2006 : « Iran.Mahmoud Ahmadinejad, la bombe et l’Holocauste». 

[9] The Imminent Frame, Social Science Research Council (tif.ssrc.org), 1er avril 2011:  « Implicated and enraged: An interview with Judith Butler »

[10] Judith Butler : « Arendt was herself involved in public politics, actively defending notions of federated authority for Palestine in the 1940s, prior to the catastrophic founding of Israel on the basis of Jewish sovereignty in 1948. »

[11] “De la doctrine des Frères Musulmans, cité par G. Chaliand et A. Blin Histoire du terrorisme. « De l’Antiquité à Al Qaida » (Editions Bayard, 2004).

[12] La Croix, 28 novembre 2011 : « Quand l’islam entre en politique ». 

[13] Campus Vox, 30 octobre 2020 : « Sciences Po : controverse après des tweets polémiques d’un enseignant niant l’islamogauchisme ». 

[14] Viktor Klemperer, « LTI, la langue du Troisième Reich » (1947). 

Comments are closed.