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La démasculinisation et l’argent du contribuable

par Yana Grinshpun

L’homme (opposé à la femme) a décidément mauvaise presse dans les sciences humaines et sociales. Il ne se passe pas un jour sans qu’un séminaire, une journée d’étude, un colloque ne proposent une action ou une réflexion pour « démasculiniser les sciences »(ici), « féminiser la recherche » (ici), « féminiser les textes » (ici), « féminiser l’espace » (ici) et « démasculiniser la langue » (ici). Tel séminaire de recherche propose un programme diversifié sur la déconstruction de « l’androcentrisme », telle thèse soutenue en sciences du langage explique doctement que le langage est « un lieu des luttes féministes » contre le pouvoir des hommes qui sont toujours dominants, et que la langue a été délibérément « masculinisée » par les mêmes.

Telle autre thèse discute, sur 400 pages, les caractéristiques du regard « androcentré », en prenant soin de le distinguer du regard « cis-centré et hétéronome ». Telle chercheuse de Sciences Po, forte de sa science, explique dans la presse nationale comment faire pour obliger les hommes à faire le ménage. L’université Paris 8 propose carrément un Master d’Études sur le Genre, avec ses moyens de luttes contre la discrimination dont les femmes sont évidemment victimes. Des revues entières discutent de misogynie, laquelle va de pair avec l’islamophobie, et glosent sur la « masculinité bienveillante » ou le « masculinisme aseptisé » (ici).

Les égéries de la démasculinisation méthodique de la société, de l’histoire, de la culture, de la littérature théorisent, conceptualisent et éternisent la violence dominatrice masculine omniprésente en expliquant que la langue et la grammaire ont été victimes du complot masculiniste. Cela, nous le savons. Elles préconisent l’épuration linguistique méthodique, elles envoient des oukazes sous forme de recommandations émanant du Haut Conseil à l’égalité des femmes et des Hommes, que nous finançons avec nos impôts. Et les médias font écho à cette tempête d’absurdité militante en exhibant les enquêtes qui montrent, par exemple, que les jeunes hommes ont une fâcheuse manie de voir dans leurs mères d’abord… des mères et après des « femmes ». (Slate) Ce qui est évidemment encore une preuve à charge contre la domination masculine. Penser que vos enfants voient en vous une mère, voilà qui montre sans appel l’ADN dominatrice d’un masculinisme effréné !

Vous êtes fatigués de voir la liste s’agrandir et vous vous demandez où je veux en venir.

L’énumération de ces activités, textes, thèses, livres, préconisations moralisatrices et études militantes, qui se distinguent dans cette « chasse à l’homme », témoignent d’un tournant radical dans la recherche en sciences humaines et sociales qui confondent souvent « chercher à comprendre » avec « expliquer comment il faut penser ». C’est ainsi qu’on lit dans un article de linguistique qu’en « pensant directement de manière non discriminante » les femmes seront « visibilisées » et que les hommes le seront moins. C’est ainsi qu’on apprend dans un ouvrage de vulgarisation linguistique que lorsqu’une femme rit à une blague « misogyne », elle se soumet à une « norme dominante masculine » 1. Il n’est pas précisé si la blague misogyne exprime la haine de la femme ou si elle est simplement proférée par un homme, ce qui est suffisant pour soupçonner quelque intention haineuse à l’égard de la femme. Le fait qu’une femme puisse répondre par une blague ne vient pas à l’esprit de nos directrices de conscience, car nous ne sommes pas là pour rigoler, et les femmes n’ont pas d’humour, c’est bien connu, surtout quand elles sont prises par la fièvre démasculinisante!

Cette tendance idéologique qui criminalise les hommes tend doucement vers le totalitarisme académique. Car proclamer qu’il faut avoir de « bonnes pensées non-discriminantes», « démasculiniser » les sciences ou épurer la langue des scories « masculinistes » revient à culpabiliser la moitié de l’humanité des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Ces thèses sont d’une absurdité évidente: de nombreuses études montrent que les femmes ne sont pas si mal loties que ça dans la société où elles exercent les métiers qu’elles choisissent, où le nombre de femmes diplômées sortant des universités est plus important que le nombre d’hommes (comme le montre le rapport ESRI-vers l’Égalité Femmes-Hommes). Pourtant, beaucoup d’intellectuels et surtout beaucoup de jeunes y adhèrent. Ils (et surtout elles) croient sincèrement (ou adhèrent par conformisme) à ces élucubrations en jargon pseudo-savant, montent des comités de lutte contre le sexisme et le machisme, voient du harcèlement partout et s’auto-constituent en milices des mœurs.

Julien Benda a déjà traité le sujet du conformisme intellectuel dans Trahison des Clercs, Raymond Boudon a déjà expliqué, avec l’exemple du lyssenkisme,dans L’idéologie comment la communauté scientifique peut être court-circuitée par l’opinion d’un groupe spécifique. Le lecteur se rapportera à ces ouvrages.

On peut ajouter à leurs réflexions que l’institution universitaire est un terrain propice aux poussées de fièvre justicière pour livrer au monde un grand combat contre les injustices. Et comme tout est dans tout, la morale doit être financée. Des projets manifestement progressistes qui contribuent à « féminiser la recherche » et « démasculiniser les sciences » sont financés par les universités, sa Majesté onto-métaphysique Genre est érigée en concept clé du déchiffrage du monde contemporain. Tout ce qui touche à son auguste existence est susceptible d’être subventionné par l’ANR (Agence Nationale de Recherche), des thèses sont soutenues, des contrats doctoraux subventionnés, des postes créés afin de recruter l’armée des serviteurs académique du genre. Certaines universités proposent des séries de Masters où l’on apprend « l’intersectionnalité », « l’hétéropatriarcat », l’émergence des paradigmes non-binaires, « l’androphoncentrisme » et tout ce bric-à-brac jargonnant, que même le pédant étudiant limousin de Rabelais ne serait pas capable de reproduire. On trouve même parmi les cursus proposés un master Égalités qui relève d’une épistémologie extrêmement rigoureuse, hyper–progressiste et indiscutablement scientifique élaborée par les meilleurs esprits déjà démasculnisés (ici). Ainsi, les pseudosciences prospèrent à la fois grâce au progrès et à l’argent du contribuable qui finance les projets sur les rapports hommes-femmes au Néolithique (« Rapports hommes-femmes au Néolithique : biologie, sociétés, symboles – NEOGENRE » 2 [) ou encore sur l’inégalité du balayage des sols (Gender Inequalities and Household Division of Labour) 3

 

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