Press "Enter" to skip to content

Longtemps, Je m’ai couché.e de bonne heure, mais aussi de bons heurts (car il faut respecter la parité en langue)

[par Xavier-Laurent Salvador]

Nous avons donc décidé de rééecrire les grands classiques de la Littérature en écriture inclusive afin de pallier l’inefficacité des éditeurs réactionnaires qui n’osent pas franchir le pas. Bien décidés à en découdre pour la beauté du geste, nous allons remettre du point médian partout où les auteurs blancs hétéronormés cis-genrés et patriarcaux ont oublié de le faire pour libérer la littérature du carcan sordide où elle croupit depuis que la Sorbonne et autres comploteurs du même acabit ont tenté d’abuser de la grammaire – cet outils d’orthoshamage lamentable – pour produire des contenus réactionnaires. Tous les grands auteurs vont y passer, et croyez-moi, ça va être la fête du point médian. Un vrai carnage, y’en aura partout ! De l’inclusive comme s’il en pleuvait, un vrai festival. Aujourd’hui: Du côté de chez Swann.e de Proust.e.

Parfois, à pêne (j’hésite à employer cette expression mais je la préfère à « à vulve ». Toutefois je ne voudrais pas introduire dans la langue une pensée hétéropatriarcale* qui se caractériserait par un phallogocentrisme* exagéré non-binaire* et hétéro-cis-normé* dans la surreprésentation de mots d’origine masculine comme « pêne » et « pénis ») ma bougi.e (et mon cierge) éteint.e/s, mes yeux non-binaires quoique deux se fermaient simultanément dans un souci d’égalité genrée au point que je n’avais pas le temps de me dire: « Tu t’endors m.on.a petit.e » (dans l’intimité, j’hésite à l’avouer, j’aime à me parler en m’appelant « m.on.a petit.e », ce qui est difficile à dire certes, mais qui reflète mieux la réalité de ma pensée complexe et de mes choix genrés indépendamment du male gaze*).

Et, une demi.e-heure (mon Dieu ma Déesse que la grammaire est misogyne: mon « demi.e », c’est mon militantisme à moi. Et pan, dans les dents du patriarcat orthoshamer* !) après, la pensée et le souvenir qu’il était temps de chercher le sommeil ou la repos m’éveillait; je voulais poser la volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière;  je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur le privilège d’être blanc quoique respectueuses de la pensée d’autrui et de ses choix sociologiques qui présidaient au désir d’être de l’auteur de ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris une tour particulière (car « tour », c’est féminin, c’est marqué dans le dictionnaire). Quel auteur ce Thuram ! 

Elle me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage: un églis.e, une quatuor.e, le rivalité.e de François.e Première et de Charlotte Quinte. 

Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil.le; elle ne choquait pas ma raison car ce n’est pas bien d’être choqué.es ! Pour être choqué.e, il faut admettre qu’on pourrait juger – et tout jugement est un colonialisme de l’esprit (ou de la conscience) qui enferme la pensée (ou le réfléchir) de l’autr.e: c’est m.â/a.l(e). 

Elle pesait comme des écailles sur mes toujours deux yeux malgré tout non-binaires et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir (ou la bougie) n’étai.ent pas allumé.e.s. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence (ou d’un vivre) antérieur(e)(s); le ou la sujet.te se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non, voire nonne; aussitôt, je recouvrais la vue et étais bien étonné.e de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux trop irrités par l’existence oppressive du monde réel, blanc et colonial qui m’ennuie tout le temps à vouloir m’imposer un cadre contraint dans lequel je ne peux pas exprimer ma moi profonde: c’est trop injuste. Et plus pour ma spiritualité – c’est mieux « qu’esprit »: c’est féminin, quel ringard ce Proust – à qui elle apparaissait comme un chose sans cause, incompréhensible et vraiment obscure: un peu comme la grammaire en somme. Lol.

Et merde !

Comments are closed.