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Journal de bord, semaine 12

[par Xavier-L. Salvador]

Les semaines se suivent et se ressemblent: suite d’annonces de colloques décoloniaux, recrutements de collègues sur des postes en écriture inclusive, outrages répétés à l’intelligence qui heurtent la raison, indignation à géométries variables, avancées et reculs. Bref: malgré l’évidence du drame intellectuel qui se déroule sous nos yeux, le temps défile et nous observons impuissants le navire chahuté par les flots se satisfaire de ne pas avoir sombré.

Dans une Tribune fort bien construite, Samuel Mayol interpellait dans L‘Express les Présidents d’Université en leur tendant la main: chiche ! Jouons dans nos amphithéâtres tous ensemble le même jour la pièce de Charb. Topez là puisqu’il n’y a pas de problèmes ! Bien évidemment, ils ne répondirent pas se contentant de flotter entre deux eaux dans l’indifférence béate d’un statut légitime qui les rend plus forts qu’un ministre et plus légitimes qu’un Président de la République. Ah la belle liberté académique que voilà qui consiste à être libres surtout de ne pas traiter le problème ! Nous avons retranscrit dans nos pages la conférence que le penseur du Djihad Yahya avait donné dans les amphithéâtres d’une de nos Universités: il faut lire ce qu’il ose dire aux jeunes étudiants qui l’écoutent. Il faut le lire dire, doctement dans un amphithéâtre, à quel point selon lui la France est dangereuse pour les jeunes; à quel point il faut la détester pour ce qu’elle est; à quel point la démocratie est un principe majoritaire détestable auquel il faut préférer … la dictature des minorités, tellement plus riches.

Dans un autre texte publié par nos amis dans les colonnes de Marianne, un collectif tente de répéter ce que nous sommes nombreux à répéter depuis longtemps sur l’inanité des « religiophobies » faisant valoir fort justement que ces mots sont ceux que les radicaux extrêmistes emploient pour désigner la .. laïcité. Et c’est déconcertant de voir à quel point ce n’est pas repris par certains qui ont en partage de détester ce qui n’est pas le point de vue quileur a valu la réussite jusque là. Le monde change, ils ne veulent pas le voir…

Quelques collègues, dont plusieurs membres de l’Observatoire, se sont associés pour écrire un texte qui démonte les excès du directeur de Nacira Guénif, M. Wieviorka. Il montre à quel point le double discours des décoloniaux leur permet de se faufiler dans les rangs de la société du spectacle – et de bien en vivre – tout en alimentant ledit spectacle qu’ils feignent de dénoncer. On trouvera dans cette édition un florilège, un compte-rendu de lecture des oeuvres de ce monsieur qui éclairera le lecteur sincère et parfois tromp prompt à ne pas lire parce qu’il fait confiance à un air débonnaire, à une moustache, à un sourire (et non, on ne parle pas d’Edwy).

Enfin, on pensait avoir tout dit de l’écriture inclusive: mais il s’en trouve d’autres pour raviver le débat. En un mot comme en cent: il faut tenir bon contre cet odieux système ! Déjà qu’entre adultes consentants, on peut juger ça malhonnête; mais que les enseignants se laissent aller à l’enseigner, c’est quelque chose contre quoi il faut se positionner. On veut lutter contre l’invisibilisation des femmes ? Contre le patriarcat ? Alors enseignons l’égalité hommes-femmes ! Enseignons-la, montrons-la en exemple et affrontons par l’évidence de nos certitudes à quel point nous pouvons opposer à tous les obscurantismes la force de nos convictions. Mais se sentir quittes de sa mission par ce qui n’est qu’un militantisme de clavier revient en fait à perdre sa légitimité.

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