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« Culture woke », question de M. le député J. Aubert à M. le Ministre J.-M. Blanquer à l’Assemblée

M. Julien Aubert.

Monsieur le ministre de l’éducation nationale, la semaine dernière, l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires rassemblant une centaine d’universitaires français vous a remis un rapport alarmant qui révèle l’étendue de la pénétration des idées décoloniales et de ce qu’on appelle la culture woke , selon le terme utilisé outre-Atlantique. Ce discours repose sur les thèses pseudo-scientifiques de l’intersectionnalité, selon lesquelles il convient de regrouper les minorités victimes de discrimination pour lutter contre l’hégémonie blanche qui prévaut dans la civilisation occidentale. En d’autres termes, coloniser, c’est mal ; éduquer, c’est coloniser les esprits ; donc éduquer, c’est mal.

M. Alexis Corbière.

Parce que coloniser, c’est bien ?

M. Julien Aubert.

Le constat est sans appel : d’après le rapport, l’université est aujourd’hui le théâtre d’un combat idéologique mené par les tenants de la déconstruction contre l’institution elle-même. Sont cités des exemples de professeurs ayant dû quitter leurs salles en 2020, sous la pression des élèves : l’une avait voulu montrer le film J’accuse de Roman Polanski, mais une quinzaine d’étudiants s’en sont pris à elle, l’accusant d’être complice des crimes du réalisateur.

Nous aurions tort de penser qu’il s’agit d’un mouvement folklorique ou d’une simple mode : c’est un fascisme qui essentialise son adversaire pour l’éliminer.

J’avais demandé au président de l’Assemblée nationale, avec le président de mon groupe, Damien Abad, et une centaine de parlementaires du groupe LR, la création d’une mission d’information. Vous l’avez refusé.

Pourquoi est-ce vous et non Mme Vidal qui avez reçu ce rapport ? Que comptez-vous faire pour écraser ce mouvement identitaire ? (M. Jean-Luc Mélenchon rit.) Où en sont les travaux du CNRS sur l’islamo-gauchisme, sujet connexe ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. Régis Juanico.

Ah !

M. le président.

La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Monsieur Aubert, je vous réponds mais cela aurait tout aussi bien pu être Mme la ministre de l’enseignement supérieur, tant nous discutons régulièrement du sujet et tant nos positions sont identiques.

M. Alexis Corbière.

Eh bien, ce n’est pas rassurant !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre.

D’abord, vous avez raison, nous ne saurions sous-estimer le phénomène dont vous parlez (Exclamations de Mme Marie-George Buffet) . Il n’est absolument pas marginal. On le constate dans les universités américaines, dans des lieux d’enseignement et de culture du monde entier. Il s’agit d’une lame de fond. Toute la pensée républicaine, humaniste, universaliste…

M. Alexis Corbière.

Que connaissez-vous de cette pensée ? Vous êtes un réactionnaire !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre.

…doit être parfaitement consciente du danger que représente le différentialisme qui cherche à opposer, à classer les gens, notamment par la race, autant de notions que l’on croyait disparues et qui resurgissent. Que ces concepts entrent par la fenêtre de l’extrême gauche alors qu’ils étaient sortis par la porte de l’extrême droite n’y change rien : ils sont dangereux ; ils préparent ce qu’il y a de pire pour notre société, comme pour d’autres.

M. Alexis Corbière.

Quelle bouillie !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre.

J’y suis donc très sensible – c’est de notoriété publique. C’est la raison pour laquelle le rapport m’a été remis – il n’y avait là rien de solennel – pour que j’en prenne connaissance.

M. Jean-Luc Mélenchon.

Qu’est ce que vous y connaissez ?

M. Alexis Corbière.

Vous n’êtes pas républicain !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre.

Nous réfléchissons donc à la manière d’aborder ce sujet avec calme et sérénité, en premier lieu sur le fond…

M. Alexis Corbière.

Vous êtes ridicule ! Vous racontez n’importe quoi !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre.

…car il s’agit d’abord d’un combat intellectuel pour l’humanisme, lequel doit être le fondement de l’éducation, que ce soit dans l’éducation nationale ou dans l’enseignement supérieur. Frédérique Vidal et moi-même sommes très clairs sur ce point.

Cela suppose bien entendu de prendre la mesure du phénomène, d’abord, en l’étudiant – c’est ce que nous faisons –, ensuite en agissant. Pour la formation des professeurs, qui me concerne directement, il est évidemment hors de question d’accepter ce que vous avez qualifié à votre façon et que j’appellerai un nouveau maccarthysme, une police de la pensée.

Mme Mathilde Panot.

Ah !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre.

Cette police de la pensée, nous n’en voulons pas pour nos enfants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)

M. Alexis Corbière.

Encore dix mois à tenir !

M. le président.

La parole est à M. Julien Aubert.

M. Julien Aubert.

Monsieur le ministre, je crois que nous sommes d’accord sur le diagnostic. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.)

M. Alexis Corbière.

Et voilà !

Mme Mathilde Panot.

Évidemment !

M. Julien Aubert.

Désormais, il faut agir pour protéger les professeurs et les élèves. Quand j’entends les gardes rouges de la révolution culturelle de l’autre côté de l’hémicycle, je me dis malheureusement que ce diagnostic n’est pas unanimement partagé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Protestations sur les bancs du groupe FI.)

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