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Suites: L’étude de l’INED sur les prénoms des descendants d’immigrés en France : analyse d’une supercherie

[par Jean-François Mignot]

Lire le précecedent article présentant l’étude sur le site de l’Observatoire.

Un article scientifique publié en avril 2019 dans une revue de l’Institut national d’études démographiques (INED) indiquait qu’en France métropolitaine en 2008, les deux prénoms les plus fréquemment portés par les petits-fils d’immigrés du Maghreb étaient « Yanis » et « Nicolas ». Au total, selon l’étude, seulement 23 % des petits-enfants d’immigrés du Maghreb porteraient un prénom « arabo-musulman ». Intrigué par ces résultats largement médiatisés, j’ai cherché à les vérifier. Les auteurs, la revue et l’INED ont alors refusé de me communiquer leur méthodologie, contrevenant à la « Charte nationale de déontologie des métiers de la recherche » et aux règles élémentaires de l’intégrité scientifique — et empêchant ainsi la discussion scientifique. Dans un essai de reproduction publié en août 2021, je soutiens que ces résultats, qui ne sont corroborés par aucune autre source, sont inexacts. La raison principale est que l’enquête TeO (2008), qui a permis de produire ces résultats, comporte des erreurs : parmi les descendants d’immigrés du Maghreb identifiés par l’enquête, certains sont manifestement des descendants de rapatriés de l’ex-empire colonial français en Afrique du Nord, c’est-à-dire des descendants de « pieds-noirs ». Les auteurs et le comité de rédaction de la revue ont répondu à cet essai de reproduction dès fin août 2021 : s’ils ne contestent pas les méconduites scientifiques (exposées dans le chapitre 4 de l’essai de reproduction), ils continuent de soutenir que l’enquête n’a pas confondu immigrés et rapatriés et que leurs résultats sont exacts. Le présent document apporte des compléments d’information, que je crois décisifs pour trancher cette controverse.

  • Premièrement, l’enquête TeO catégorise des personnes prénommées « Bruno », « Jacqueline », « Pierre », etc. comme immigrés du Maghreb au seul motif que, d’après les déclarations des enquêtés, ils seraient nés algériens avant 1962 — ce qui est impossible puisque à cette époque la nationalité algérienne n’existait pas. L’enquête TeO n’ayant pas corrigé ces erreurs de déclaration, elle catégorise ces individus comme des immigrés du Maghreb alors que, chrétiens et juifs, ils sont vraisemblablement des rapatriés d’Algérie et non à proprement parler des immigrés.
  • Deuxièmement, l’article de l’INED considère des personnes prénommées « Richard », « Marie-Carmen », « François », etc. comme des immigrés du Maghreb au seul motif qu’ils sont nés espagnols ou italiens en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Or des chrétiens ainsi prénommés sont manifestement des rapatriés européens d’Afrique du Nord. 
  • Troisièmement, le fait que la base de données TeO catégorise certains rapatriés comme des immigrés est confirmé par le témoignage de première main d’un enquêteur qui a administré le questionnaire de la deuxième édition de TeO (2019-2020) :

« En ce qui me concerne, j’ai eu à interroger, à nouveau, beaucoup de descendants de Pieds-Noirs. […] Au fil du questionnaire (concernant les difficultés d’intégration, pratique de la langue française, discriminations à cause de leur supposé[e] couleur de peau ou religion) les personnes interrogées se sont très bien rendu compte qu’elles n’avaient rien à faire dans cette enquête » (message électronique du 18 septembre 2021 ; c’est moi qui souligne).

Si, d’après l’article, les petits-enfants d’immigrés du Maghreb se prénomment si souvent « Nicolas » et portent si rarement un prénom « arabo-musulman », et si d’après les analyses (non publiées) des auteurs moins de la moitié des petits-enfants d’immigrés du Maghreb sont d’origine musulmane, c’est tout simplement parce que ces petits-enfants d’immigrés incluent de nombreux petits-enfants de rapatriés — ainsi que des petits-enfants de juifs marocains et tunisiens et des petits-enfants d’Européens, majoritairement chrétiens, qui ont combattu pour les indépendances. Ces inexactitudes résultent-elles d’erreurs de bonne foi de la part des auteurs, ou d’une fraude visant à biaiser l’image de l’immigration aux yeux des Français ? Sans revenir ici sur cette question (abordée en détail dans le chapitre 11 de l’essai de reproduction), j’observe que les auteurs, la revue Population et sociétés et l’INED continuent aujourd’hui encore, malgré mes nombreuses relances, de dissimuler le programme informatique qui leur a permis de produire leurs résultats.

Lire l’étude en version intégrale sur le site des Archives ouvertes de la Recherche:

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03358803/document

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