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« Pédagogie antidiscrimination »: l’Agence Nationale de la Recherche finance-t-elle la déconstruction woke de l’école?

L’INSPE de l’Académie de Créteil et le Service d’Appui à la Pédagogie et aux Usages Numériques de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) ont conçu un site d’autoformation en ligne « pedagogie-antidiscrimination » dans le cadre du projet de recherche IDEA «Transfert des acquis de la recherche dans la pratique professionnelle» grâce à une aide de l’État accordée par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du programme d’investissements d’Avenir (référence ANR-11-IDFI-022).

Ce site « pedagogie-antidiscrimination » s’inspire de la « pédagogie radicale » ou « pédagogie critique » du théologien de la Libération et pédagogue tiers-mondiste Paulo Freire. Il s’agit d’un outil d’auto-rééducation qui reprend le catéchisme intersectionnel dans sa version la plus intégriste, allié à une démarche pénitentielle devenue folle (voir les longues séquences de « conscientisation » où l’on s’adresse au lecteur à la première personne du singulier pour mieux l’aider à faire son examen de conscience, avant de lui prescrire des « Actions » à accomplir).

Voici la présentation du site par lui-même:

Le site d’autoformation en ligne «pédagogie antidiscrimination» a été conçu dans le cadre du projet IDEA «Transfert des acquis de la recherche dans la pratique professionnelle».
Il se donne pour objectif de proposer une formation en ligne aux professionnels de l’enseignement qui désirent intégrer la lutte contre les discriminations au service de la réussite de tous les élèves et de tous les étudiants.
Un tel objectif s’inscrit dans le cadre d’une éducation inclusive. Dans ce sens, l’éducation inclusive vise à éliminer les obstacles que les élèves et les étudiants peuvent rencontrer du fait de leur origine socio-économique, de leur genre, de leur origine migratoire, de leur situation de handicap…
Ce site s’appuie pour cela sur des travaux issus de la sociologie afin de comprendre les mécanismes de fonctionnement des discriminations et sur des recherches en éducation qui étudient les pratiques pédagogiques mises en œuvre dans des systèmes éducatifs réputés pour leur capacité à faire réussir tous les élèves indépendamment de leurs positions sociales.

http://pedagogie-antidiscrimination.fr/

Dès la page d’accueil apparaît une référence à Peggy McIntosh, « White Privilege: Unpacking the Invisible Backpack » (1989), et le « privilège blanc » est abordé à plusieurs autres endroits par ex. ici, où c’est une formation financée par le ministère de l’Éducation de l’Ontario qui est citée:

– Une institution éducative publique qui forme les enseignants à reconnaître l’existence du privilège blanc
« Lorsque nous parlons de “privilège blanc”, nous faisons référence à une distinction et une préférence fondées sur l’ethnicité et la couleur de la peau. Les personnes qui ont la peau blanche et qui sont d’origine européenne ont des privilèges qui sont souvent légitimés par un système où on retrouve un déséquilibre de pouvoir. […]
Les personnes qui bénéficient du privilège blanc ne sont généralement pas conscientes de ce fait. Même si elles ne sont pas les auteures de ce système, la réalité demeure qu’elles en profitent. Par exemple, elles ont tendance à avoir plus accès à des avantages sociaux, politiques et culturels, tels qu’un meilleur statut social et revenu, des positions d’autorité et un plus grand contrôle sur la gestion du pouvoir décisionnel. Ces avantages non gagnés sont considérés “normaux” et renforcent la croyance en la supériorité des personnes blanches d’origine européenne ».

http://pedagogie-antidiscrimination.fr/mod/page/view.php?id=40

Il n’est évidemment pas seulement question du « privilège blanc » sur ce site, mais aussi de la « blanchité », de « l’islamophobie », et puis de « l’hétéronormativité », du « validisme » ou « capacitisme », de la « culture du viol » et même de « l’âgisme » (domination des adultes sur les enfants par la création d’une distinction juridique arbitraire entre ces deux catégories!). Ainsi, dans la rubrique « Agir face à l’âgisme » [http://pedagogie-antidiscrimination.fr/mod/page/view.php?id=70], on relève ce point du programme: «– L’éducation du consentement pour les enfants dès la maternelle contre la culture du viol», accompagné au paragraphe suivant (« Pour aller plus loin ») de la référence à la très douteuse Shulamith Firestone, Pour l’abolition de l’enfance, 2007 [qu’on peut lire en ligne ici: http://tahin-party.org/textes/firestone.pdf]. Question qui n’est peut-être pas un détail: comment fait-on pour lutter contre la pédophilie, armé de tels principes?

L’ « auteure du site » [http://pedagogie-antidiscrimination.fr/mod/page/view.php?id=76], également « directrice de la publication » [http://pedagogie-antidiscrimination.fr/mod/page/view.php?id=1], est enseignante à l’INSPE de Créteil en philosophie, son axe de recherche principal est « Théories critiques savantes et pratiques militantes » [source: http://lodel.ehess.fr/gspm/document.php?id=696] et elle est co-fondatrice de l’IRESMO (Institut de Recherche sur les Mouvements sociaux), structure « d’éducation populaire », outil de diffusion de la « pédagogie radicale » auprès des syndicats et des enseignants: https://iresmo.jimdofree.com/2016/09/11/dossier-paulo-freire-et-la-p%C3%A9dagogie-critique/.

Cette enseignante promeut activement la subversion de la recherche universitaire par le militantisme. Un exemple parmi d’autres, cet article de The Conversation où elle répond à la demande de F. Vidal de dresser «un bilan de l’ensemble des recherches» afin de distinguer «ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion»: «Maximiser l’objectivité et minimiser la neutralité: du militantisme en sciences sociales» (The Conversation, 2 mars 2021).

Dans la rubrique « Boîte à outils » du site, on trouve des grilles d’auto-diagnostic à destination des enseignants du primaire et du secondaire:

Voici un ensemble de questions qui visent à réfléchir en tant qu’enseignant à ses privilèges sociaux, à la reproduction des inégalités sociales et aux discriminations sociales qu’en tant qu’enseignant nous pouvons contribuer à construire sans nous en rendre compte.

http://pedagogie-antidiscrimination.fr/course/view.php?id=9

Ci-après un bref échantillon de ces « questions » qui portent sur différents thèmes (les privilèges de l’enseignant et de sa famille; le genre; la classe et la race ainsi reformulés: « Ethnocentrisme de classe sociale et relativement à l’origine migratoire »):

– Est-ce que je contribue à véhiculer ou est-ce que je combats les stéréotypes concernant les familles populaires sur le fait qu’elles sont «démissionnaires» ou qu’elles ne s’occupent pas de la scolarité de leurs enfants?
[…]
– Est-ce que j’ai conscience que les pratiques pédagogiques qui valorisent l’autonomie (par exemple: pédagogies socioconstructivistes, de projet, etc.) sont les plus en adéquation avec le style éducatif des familles de classes moyennes supérieures?
– Est-ce que j’ai conscience que l’habillage de la tâche censé motiver les élèves ou les mettre en activité peut induire chez eux des malentendus sociocognitifs entre culture pratico-orale et culture scripturo-scolaire?
– Est-ce que j’enseigne explicitement en précisant: quoi (ce que l’on est en train d’étudier), comment (en enseignant explicitement les stratégies d’apprentissage), pour quoi (dans quel but), quand (connaissances conditionnelles)?
– Est-ce que j’ai conscience que l’évaluation chiffrée produit un stress lié à la menace du stéréotype et n’est pas favorable aux élèves de milieux populaires? Est-ce que je mets en place, par exemple avec l’évaluation par contrat de confiance, des pratiques qui visent à atténuer ces effets négatifs?
– Est-ce que j’ai conscience que les comportements valorisés par les familles chez les enfants ne sont pas les mêmes en fonction du sexe, du milieu social et de l’origine migratoire?
Etc.

http://pedagogie-antidiscrimination.fr/mod/page/view.php?id=65

Pour reprendre les termes et le ton du questionnaire, est-ce que l’auteur de cette litanie a conscience que son « style éducatif » auto-accusatoire est directement dérivé des pires pratiques intégristes et totalitaires, constamment perfectionnées de Savonarole à Pol Pot? Est-ce que l’auteur de ce site a conscience de sa parenté d’esprit avec les plus indiscrètes et pointilleuses dames catéchistes d’antan et avec les prêtres lefebvristes d’aujourd’hui [pour comparaison: https://www.fsspsaintmartin.fr/wp-content/uploads/2015/06/Examen-de-conscience-pour-enfants.pdf], la sauce néo-maoïste ne faisant que confirmer cette affinité inquisitoriale?

Plus grave encore, dans la même rubrique (« Boîte à outils« ): la « grille d’observation » et les « listes de vérification » qui, conformément aux « Actions » préconisées après chaque « Conscientisation », permettent d’appliquer directement aux pratiques pédagogiques une véritable réforme court-circuitant le Ministère en n’obéissant qu’à des injonctions militantes.

Il ne s’agit donc pas seulement pour les concepteurs du site de culpabiliser l’enseignant qui se livrerait à cette auto-formation, mais bien de transformer l’école primaire et l’enseignement secondaire pour les mettre au service d’une idéologie radicale, sectaire, séparatiste et destructrice. Quelques questions se posent donc légitimement:

1) Est-ce que l’INSPE de Créteil et l’UPEC connaissent le contenu de ce site et en assument l’orientation idéologique? La mention «Ce site a été réalisé avec l’appui d’IDEA (UPEC). Cependant, les contenus de cours n’engagent que la directrice de publication» [sur la page Mentions légales et crédits] n’est-elle pas particulièrement hypocrite, puisqu’il ne s’agit pas ici de recherche (domaine dans lequel l’indépendance de l’universitaire doit évidemment être respectée) mais de formation des enseignants et de préconisations concrètes pour la pédagogie de la maternelle au lycée? Les logos de l’UPEC, de l’INSPE de Créteil ainsi que celui d’IDEA Investissements d’avenir (représentant une Marianne!) sont-ils instrumentalisés sur la page d’accueil pour cautionner un discours militant? Ou bien la présence de ces logos signifie-t-elle une adhésion de ces institutions aux réquisitoires et aux sermons woke que ce site propage auprès des enseignants du primaire et du secondaire?

2) Est-ce que l’Agence Nationale de la Recherche connaît l’usage qui est fait de ses fonds par le projet de recherche IDEA «Transfert des acquis de la recherche dans la pratique professionnelle»? Voici la description de ce projet, donnée par l’auteur du site (qui est aussi porteur du projet):

L’objectif de ce projet est de former les étudiants professeurs à utiliser les acquis de la recherche scientifique dans leur pratique professionnelle au travers d’un dispositif d’accompagnement, basé sur l’alternance entre le stage en établissement scolaire et leur formation à l’ESPE.
L’accompagnement pédagogique est réalisé dans le cadre du Master 2 MEEF – Mention premier degré, et des diplômes universitaires adossés à ce Master. Il s’intègre dans deux Unités d’Enseignement (UE) dédiées à l’articulation des connaissances nécessaires à l’exercice du métier, à l’école maternelle et élémentaire. L’accompagnement proposé se veut adéquat aux contraintes de terrain de stage des étudiants grâce à un protocole d’expérimentation adapté pour des acteurs de terrain non chercheurs.
[Source: http://idea.univ-paris-est.fr/fr/projets-lances/document-2946.html]

Est-ce que la réalisation du site d’auto-formation «pedagogie-antidiscrimination» est conforme à ce projet? Y a-t-il eu tromperie de la part des porteurs du projet, ou bien l’ANR a-t-elle financé en connaissance de cause un tel site de formation des enseignants qui s’apparente à une entreprise de rééducation politique?

3) Le descriptif du projet IDEA «Transfert des acquis de la recherche dans la pratique professionnelle» indique qu’il s’intègre dans deux UE du Master 2 MEEF – Mention premier degré de l’INSPE de Créteil. La brochure de ce Master [https://inspe.u-pec.fr/medias/fichier/brochure-m2-2020-21_1599636006490-pdf] indique (p. 79 n°34-1) qu’un cours à destination des enseignants stagiaires, dispensé par l’auteur du site, «visera ainsi à faire acquérir aux étudiants des outils simples à mettre en œuvre, issus de la recherche scientifique, qui leurs permettra d’autoévaluer leurs pratiques en classe». Les « outils simples à mettre en œuvre » sont-ils ceux du site? Et si c’est bien le cas, un tel enseignement est-il conforme à ce qu’on peut attendre de la formation des enseignants stagiaires?
Comment un site financé par l’État et soutenu par des institutions universitaires peut-il diffuser l’idéologie woke auprès des enseignants du primaire et du secondaire? Ce « site d’auto-formation » est-il recommandé ou utilisé, en dehors de Créteil, pour la formation continue ou pour la formation initiale des enseignants?

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