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NOUVELLES DU NOTOIRE ET AUTRES ÉMINENCES…

[par Patricia Farazzi, nous reprenons ici un article qui ne nous est pas favorable, mais qui nous a au moins fait marrer, publié sur le site Lundi Matin le 17 janvier]

Suite au colloque en Sorbonne, nous avons reçu des tombereaux de réactions de gens plus ou moins inspirés dans la presse. C’était mauvais, mais mauvais… Et comme les ignorants de la chose universitaire sont persuadés qu’un colloque, c’est comme un ring de boxe où les défenseurs de la Physique Quantique invitent des Newtonniens bas du front pour s’écharper, nous faisons place à la critique.

Au moins ce texte-là a-t-il un peu de style, et il nous a bien fait marrer. (Attention, ce texte contient des références que certains de nos détracteurs pourraient ne pas comprendre: se référer à l’article d’origine).


APPEL À DONS
Un quotidien notoire du soir, présumé de centre-gauche, si cela signifie encore quelque chose, ce dont je doute, rapporte les paroles d’une éminente sociologue spécialisée dans l’art, et l’on sait que dans l’art, désormais, depuis que le commerce du luxe l’a mis en vitrine, tout est bon comme dans le cochon. Voici donc ce que l’éminente et gente dame surdiplômée et percevant comme un gallois les subsides de plusieurs institutions publiques et gouvernementales, dit en plein colloque à la Sorbonne, un week-end d’hiver et devant un parterre d’autres spécialistes et de non-spécialistes ou spécialisés hors université ou en voie de spécialisation, voici donc ce qu’elle demande aux hautes instances des institutions universitaires : « Un meilleur contrôle scientifique des productions fortement politisées pour qu’un enseignant ne puisse proférer que la Terre est plate ou qu’il existe un racisme d’État ». Elle ajoute que « l’arène académique devrait rester imperméable à la société civile » et qu’il faut « s’abstenir d’inviter des professionnels, des militants, des artistes dans les cours et séminaires universitaires », en vue de les « protéger de l’envahissement idéologique ».

Que la terre soit plate pourrait évidemment devenir une métaphore de notre monde envahi par les écrans de toutes sortes, mais il est possible que même les métaphores soient proscrites un jour où l’autre. Qu’il soit impossible d’affirmer qu’il existe un racisme d’État, c’est un peu difficile à admettre. Tout dépend ce que l’on entend par ‘racisme’. Le leur ? Celui de ceux qui veulent mettre des barrières et des cloisons entre les classes sociales, entre diplômés et non-diplômés, entre spécialistes et non-spécialistes, entre experts et non-experts ? Ou leur vieux racisme bien opaque qui leur permet d’inviter à un colloque, à la Sorbonne, dans les hautes sphères de l’Universitaire (peut-être devrais-je dire « unis vers s’y taire » ?) le porte-parole d’un présidentiable de la droite extrême et xénophobe ? Ou encore le racisme dont on a supprimé le mot race, et donc comment un mot inexistant pourrait-il exprimer un état dont la désignation a été supprimée ? Comme un membre coupé qui continue à vous faire souffrir ?

L’État raciste ? Nous pourrions y réfléchir ensemble les experts et nous, les non-contrôlés scientifiquement. Nous qui n’avons pas le Pass-culture, le QR code qui certifie que nous sommes aptes à passer le portillon, et je suggère que soient postés des robots spécialisés en reconnaissance faciale pour détecter ceux de la société civile, les non-aptes, qui oseraient prétendre à entrer dans le Saint-des-Saints de la culture laïque. Une IA paramilitaire pourrait parfaitement faire l’affaire.

Mais comment ouvrir le moindre dialogue puisque nous ne pouvons plus dépasser la ligne rouge entre leur monde « uni vers s’y taire » et nous, le reste, la qui ne se tait pas, la société civile. Et celles et ceux qui oseraient encore émettre un avis contraire, quelque chose qui pourrait sembler ou seulement ressembler à de la révolte, celles et ceux qui feraient de la politique en dehors des sciences politiques ou qui donneraient leur avis sur tel ou tel sujet sans avoir un bac+15, ceux-là et celles-là seraient immédiatement raccompagnés à la porte du monde civil, voire même dans un deuxième temps, désintégrés. Ce qui règlerait une fois pour toute le problème de l’intégration.

Penser au racisme d’État, est en effet extrêmement difficile parce qu’à force, nos neurones et les leurs, aux académiciens, ont subi des évolutions très différentes. C’est qu’eux (ou elles), pour penser, ils (ou elles) doivent penser à penser et traverser les multiples barrières qu’ils (ou elles) ont eux-mêmes posées devant le monde de la pensée. Si bien enfermés ils (ou elles) sont derrière les murailles de l’arène académique, et c’est une de leurs reines incontestées qui le dit, qu’ils (ou elles) ne se souviennent absolument pas de ce qui se trame de l’autre côté, là d’où pourrait venir « l’envahissement idéologique ». Et l’on est en droit de se demander si cet envahissement (autre formule pour le GR qui n’est pas un sentier de randonnée, mais leur fameux Grand Remplacement) n’est pas sorti tout casqué de leur cuisse ou de celle de l’un ou l’une de leurs mandarins ou mandarines ?

« Tout étranger à leur norme universitaire et académique aura la tête tranchée dans l’arène et par la reine », est-il écrit au fronton du paradis des sciences académiques. Avec le traditionnel, en version bavaroise à la mandarine : « Lasciate ogni speranza voi ch’entrate… ». De leur côté du miroir pas plat du tout du tout du tout, comme disait Francis Blanche, de leur côté, aucun saltimbanque, aucun aucun artiste, aucun aucun professionnel, ne franchira la limite du savoir homologué, certifié, dûment un jour dûment toujours. L’art est affaire sérieuse et désormais on ne va pas le mettre dans toutes les mains et surtout pas celle des artistes. Ils ne franchiront plus la porte de l’Académie des Arts et gare à leurs pinceaux. D’ailleurs le ministre Blanquer (non pas de jeux de mot !) l’a dit. En introduction à ces deux journées inoubliables, qui feront date dans l’histoire de la culture universitaire française, qui marquent le début d’une grande fermeture, d’une incompréhension mémorable, d’une belle obstruction au savoir, il l’a dit le ministre. Il a nettoyé longuement ses lunettes pour mieux ne pas voir, il s’est raclé la gorge pour mieux ne rien dire, il a resserré sa cravate pour mieux respirer et il a dit : « Y êtes-vous ? » « Oui ! oui ! nous sommes là ! » ont crié les experts et exmères. Et qu’a-t-il dit le ministre ? Il a fustigé la cancel culture ! Mais moi aussi, monsieur Blanquer, je suis opposée à l’effacement des personnes et des cultures, moi aussi ! Par exemple, je ne comprends pas que l’on enferme l’université entre des murailles imperméables à celles et ceux dont, à votre très peu humble avis, le savoir et le savoir-faire n’auraient rien ou peu à voir avec le savoir véritable. Avec la transmission. Et que vous donniez à une sociologue spécialisée, sans doute adoubée et adulée par ses laïques zouailles, le droit de les – peut-être pas effacer, le mot est un peu extrême –, mais de les … écarter ? de les occulter ? C’est-y donc une litote, une antiphrase, un euphémisme ou, pire, un oxymore, m’sieur le ministre ? Je suggère d’ailleurs que les spécialistes en histoire de l’art ne soient plus approchés par les artistes et se voient refuser l’entrée des ateliers, des musées où ils étalent leur savoir-pas-faire, faute d’étaler de la peinture, des galeries et des … coiffeurs, tiens pendant qu’on y est…

Ce doit être leur vision du wokisme à eux. « Wokisme », bête noire de tous ces pourfendeurs de va-nu-pieds et romanichelles. Wokisme dont, d’après les statistiques du même journal notoire du soir, 86 % des Français ne connaissent pas la signification. Manière de cuisiner venue de l’Asie du sud-est ?

– On mange wok ce soir chérie et puis on regarde une spécialiste du Centre National de la Recherche en Spécialité, à la télévision sur la chaîne câblée liée à la chaîne culture spécialisée en culture enchaînée ?

– T’as mis ton imperméable ? ça va pleuvoir sec de la formule, leur intelligence mise au service de la vraie culture pourrait nous trouer la peau à nous, les pauvres gnollus qui sommes restés au niveau bac-pro bac-art bac-à-chat.

Le wokisme, pour vous dire la vérité, en tant que formule ça ne m’intéresse pas. Surtout si c’est l’État qui le récupère pour enrichir son épouvantail gouvernementail et nous coudre le bec. Les catégories, ça n’est pas mon fort. Les idéologies non plus. Mais à force de l’entendre sur tous les toits des centres aérés de la culture, j’ai fini par me demander ce que ça pouvait bien cacher ce mot frangliche. Eh bien guess what ? Ça fait des décennies que nous faisons du wokisme en le sachant, mais sans le nommer. Des décennies que nous essayons de faire tomber les murailles entre culture d’État et culture ouverte, des décennies à subir leur rhétorique barbelée, aussi implacable qu’impeccable et leur catégories inébranlables. Et quand je dis des décennies… Isaïe le prophète déjà disait : « Veilleur ! quelles nouvelles de la nuit ? » (Isaïe 21,11) !

Et vous savez quoi ? Ils peuvent toujours pavoiser et se passer les petits fours derrière leurs murailles parce qu’on va continuer encore et encore et encore à tourner, jusqu’à ce que leurs murailles tombent en poussières avec celles de leurs cerveaux ! Carajo !

Patricia Farazzi

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