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Femmes voilées dans le sport : une offensive concertée ?

[Catherine Louveau, sociologue, Professeure émérite des Universités
Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit International des femmes ]

Texte initialement publié dans la revue Quel Sport ?, n° 35/36 (« Le règne du sport. Maintien de l’ordre sportif »), mai 2021, pp. 131-156. Voir le site : http://www.quelsport.org/les-numeros/quel-sport-n-35-36/

Quels que soient ses formes, ses pratiques et ses lieux de développement, le sport est encensé pour ses vertus et ses « valeurs » : éducatif, socialisant, porteur de fraternité et de paix, il est aussi décrit comme une « grande famille », un monde de référence où l’on est « tous égaux » (métaphore de la ligne de départ). Le mouvement sportif institué est fondé sur ces valeurs réitérées, au premier rang desquelles « l’universalité » du sport. Le CIO compte plus de pays/nations en son sein que l’ONU : 206 pays en sont adhérents pour 193 États membres tandis que 197 pays-États sont reconnus à l’ONU. Reste à savoir si la notion d’universalité est entendue simplement comme le rassemblement d’athlètes de toutes origines ou plus idéalement comme l’exigence du respect de principes universels. 

La lecture de la Charte Olympique lève toute ambiguïté à ce propos. Le principe d’universalité, répété à l’envi historiquement, figure clairement au rang de ses « principes fondamentaux »1. Selon l’Article 4 : « La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». L’Article 6 précise : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Charte olympique doit être assurée sans discrimination d’aucune sorte, notamment en raison de la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ». L’Article 7 insiste : « L’appartenance au Mouvement olympique exige le respect de la Charte olympique et la reconnaissance par le CIO ». De plus, le sport est censé devoir être un espace-temps de neutralité, comme l’indique de longue date l’article 50 de cette Charte olympique 2. On lit en effet à l’Article 50.2 : Publicité, démonstrations, propagande :« Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».

Sous couvert d’universalité, de respect des droits humains, de santé pour tous et plus récemment pour toutes, de « fraternité » et de socialisation/intégration, le sport, et les JO en particulier, sont considérés comme un espace-temps majeur qui présente des conditions propices à mettre en avant des idéaux dits égalitaires ou soi-disant tels. Érigé depuis longtemps en modèle d’égalité, le sport serait par principe émancipateur, a fortiori pour les femmes, toutes les femmes. 

Qu’observe-t-on s’agissant de la neutralité exigée dans le sport ?

Au plan politique d’abord. Bien après les JO de Berlin en 1936 qui servirent l’idéologie nazie mais connurent peu d’opposition3, de nombreuses situations imbriquant sport et politique ont donné lieu à des décisions voire des sanctions par le CIO : exclusion à vie des athlètes noirs américains Tommie Smith et John Carlos aux JO de Mexico en 1968 pour avoir levé le poing ganté de noir lors de la cérémonie de remise de médailles, en signe de solidarité avec le Black Power ; exclusion pendant 30 ans (1962-1992) du Comité national olympique d’Afrique du Sud en raison du système d’apartheid racial en vigueur dans le pays ; interdiction faite aux athlètes français, lors des JO de Pékin en 2008, de porter un badge « Pour un monde meilleur » censé affirmer leur attachement aux valeurs humanistes. Enfin, s’agissant des aspects religieux, refus de décaler la date des JO de Londres qui devaient avoir lieu en période de Ramadan, alors que 25 % des athlètes sont musulmans. Le CIO réaffirmait ainsi qu’ils sont « apolitiques et areligieux ». 

Un versant de ces « dérogations » au principe de neutralité religieuse demeure durablement un « point aveugle » de l’institution sportive et de l’action politique. Les années 1990 voient en effet l’apparition puis la multiplication des femmes voilées sur les terrains sportifs, en particulier lors des Jeux olympiques. Cette présence est propagandiste par les revendications qu’elle implique et le modèle véhiculé, mais elle reste impensée sinon déniée en tant qu’immixtion du religieux/politique dans le sport. Impensée car masquée par le projet d’universalité de la présence des femmes sur les terrains. Le CIO fait de la participation universelle des jeunes filles et des femmes une ligne de développement clairement affirmée ces dernières décennies4. Que toutes les femmes de toutes origines participent aux JO est un objectif affiché et répété. Cela doit-il se dérouler quelles que soient les conditions posées ? Quitte à ce que le CIO déroge totalement à ses propres principes pourtant gravés dans le marbre de la Charte olympique.

En France, la prise de conscience du lien entre dérives religieuses et sport, et plus particulièrement entre radicalisation islamiste et institutions sportives sera très tardive. Il faudra attendre octobre 2015 lorsque la presse se fait l’écho d’une note confidentielle du renseignement territorial (SCRT) révélant que le sport amateur est devenu un vecteur de communautarisme et de radicalité. On relève en effet la présence de potentiels terroristes venant s’entraîner dans des clubs ou prenant en charge l’animation de clubs et de salles de sport qui servent de camps de formation aux « soldats du Califat ». Aucune discipline ne serait à l’abri selon Patrick Karam, vice-président de la région Île de France et inspecteur général de la Jeunesse et des Sports. « Si tous les radicalisés ne sont pas sportifs, explique-t-il, tous ceux qui sont en revanche passés à l’acte, quasiment tous ceux qui ont commis des attentats, étaient dans un club sportif »5. Le sport – les institutions et les pratiques sportives – est l’une des cibles privilégiées de l’entrisme islamique et de la radicalisation islamiste. Les faits le prouvent et sont irrécusables6.

Cet aspect de l’interférence du religieux dans le monde du sport est aux yeux des pouvoirs publics le plus préoccupant car il est associé au risque terroriste accru. Les autres signes, tel le port du voile islamique, ne sont pas pris au sérieux. C’est oublier que les deux phénomènes sont liés dans la mesure où l’islamisme en guerre de Djihad contre les mécréants, infidèles, apostats et autres « chiens de l’enfer » selon la terminologie des Imams salafistes s’alimente du rejet de la société laïque, démocratique, égalitaire et mixte pour lui substituer une société ségrégationniste supposée supérieure au modèle matérialiste occidental. 

Comment le modèle sportif islamiste féminin s’est-il imposé ?

Les JO de Barcelone 1992 permettent d’établir un constat : 35 délégations sont exclusivement masculines. C’est le Comité Atlanta+7 qui dénonce cette situation et demande au CIO que soient exclues des Jeux à venir (1996) les délégations pratiquant « une ségrégation institutionnalisée des femmes »8, au nom, précisément, de la non-discrimination inscrite dans l’Article 6 de la Charte olympique (cf supra). Aux JO d’Atlanta en 1996, 26 pays ne présentent toujours pas de femmes, ils ne sont « plus que » 6 à Sydney en 2000. Ce n’est que depuis les Jeux de Londres en 2012 que toutes les fédérations affichent des compositions mixtes : les derniers pays à avoir intégré des femmes à leur délégation aux JO sont le Qatar, le Brunei et l’Arabie Saoudite. 

Depuis le début des années 1990, les « entorses » aux tenues « usuelles » de sport et à l’article 50 de la Charte olympique se sont multipliées. L’exigence d’une réelle participation universelle des femmes aux JO va se refermer tel un piège…

Le CIO a ouvert la brèche dès 1996 en autorisant une tireuse à la carabine iranienne, Lida Fariman, à défiler voilée lors de la cérémonie d’ouverture. En 2008, aux JO de Pékin, Rakia al-Gassra est l’une des premières femmes à représenter le Bahreïn : elle est vêtue d’un caleçon, d’un haut à manches longues et de son foulard. Une autre tireuse iranienne Nassim Hassan est présente lors de ces mêmes JO. Jusqu’en 1996, la question du foulard islamique ne se pose pas.Les pionnières du Maghreb respectent la loi olympique : aux Jeux de Los Angeles, en 1984, la marocaine Nawal El Moutawakel entre dans l’histoire comme la première athlète arabe et musulmane à remporter une médaille d’or en décrochant le titre sur le 400 m haies. Elle court jambes et bras nus, comme les autres athlètes. Lors des Jeux de Barcelone en 1992, la coureuse de demi-fond Hassiba Boulmerka est la première athlète algérienne à rapporter une médaille d’or à son pays. Elle sera aussi double championne du monde sur 1500 mètres. Alors menacée par les intégristes, elle répond qu’il ne lui viendrait pas à l’idée d’entrer dans une mosquée en short, mais que sur une piste d’athlétisme, elle respecte les règles. Elle devra s’entraîner à l’étranger. Lida Fariman est donc la première Iranienne à participer aux JO depuis l’avènement de la République islamique d’Iran en 1979. Avant cette date, des Iraniennes non voilées concourent aux JO, en tenue « usuelle » de sport. La participation des sportives de ces pays appliquant les principes de la Charia9 est encore très faible au tournant des années 2000. En effet, de 1993 jusqu’en 2005, l’Iran organise, les « Jeux islamiques » pour les femmes uniquement (4 éditions auront lieu). Elles concourent en portant le vêtement conforme aux exigences de leur pays, avec la caution du CIO. En 2005, le président du CIO, Jacques Rogge, enverra un message de félicitations. Au point que l’Américaine Anita De Frantz, membre du CIO, voit déjà ces Jeux comme « un pas [des musulmanes] vers les JO ». Les faire venir et les intégrer au sein des seuls JO reconnus devient l’essentiel : qu’elles y viennent serait « signe d’émancipation » pour elles. C’est donc avec la caution bienveillante du CIO que l’Iran a mis en œuvre, durant presque 20 ans, un apartheid de sexe dans ces compétitions labellisées par la plus haute instance du sport qui en même temps interdit, dans son règlement, tout signe religieux sur les terrains… Un séparatisme qui ne dit pas son nom est, ce faisant, entériné. 

À force de pressions, l’Iran réussit à imposer le foulard sur les terrains de football. En 2010, aux JO de la Jeunesse à Singapour, l’Iran compte envoyer une équipe féminine de foot entièrement voilée10. Dans un premier temps, la FIFA les exclut, en application de la Loi 4 relative à l’équipement des joueurs quel que soit le sexe qui interdit de porter tout « message politique, religieux ou personnel ». Finalement les footballeuses iraniennes obtiennent de jouer avec « un couvre-chef recouvrant la tête des joueuses jusqu’à la ligne d’implantation des cheveux, ne s’étendant pas en dessous des oreilles et ne couvrant pas la nuque »11. En 2011, lors des épreuves de qualification pour les JO de Londres, la FIFA est confrontée à une nouvelle épreuve de force de la part de l’Iran qui refuse de respecter le compromis de 2010. Cette fois l’Iran obtiendra gain de cause.

Date plus que symbolique s’agissant d’un sport aussi populaire que le football : le jeudi 5 juillet 2012, l’IFAB (International Football Association Board) organe réglementaire du foot12 autorise le port du hijab sur les terrains. Le prince Ali Ibn Al-Hussein, frère du roi de Jordanie et vice-président de la FIFA, est l’artisan de ce revirement. Le foulard ne serait pas un signe « religieux », mais « culturel », selon lui. Un argument qui a décidé le bureau exécutif de l’IFAB à l’autoriser. Ce moment signe un virage décisif : il annonce la capitulation des instances internationales du sport (CIO, fédérations internationales…) grâce à un déni aussi stupéfiant qu’incontesté : le voile ne serait qu’un vêtement usuel, traditionnel. Nombre de personnalités et de sportives du monde entier, y compris musulmanes, attestent pourtant que le port du voile (foulard, hijab, burka) est bien un signe religieux.

Aux JO de Pékin en 2008, 14 délégations défilent avec des athlètes voilées. Au même moment, le badge « Pour un monde meilleur » (phrase tirée de la Charte olympique) que souhaitent porter des athlètes français en défense des droits de l’Homme, est interdit. Le président du CIO Jacques Rogge rappelle alors les principes de base en matière de liberté d’expression : « Les athlètes peuvent critiquer la Chine librement dans leur pays, en Chine dans les places publiques, dans les zones mixtes. Nous leur demandons simplement de ne pas faire de propagande ou de démonstration politique, religieuse, commerciale ou raciale sur les sites. Le Village olympique contient 205 comités nationaux. Il y a plusieurs pays qui sont en conflit militaire, religieux. Si nous permettons, dans le Village olympique ou les sites, des manifestations de propagande, c’est la fin de l’harmonie olympique ». « Il faudra envisager des sanctions allant d’un avertissement jusqu’à une procédure disciplinaire » précise le président du CIO13.

L’affichage est clair : la règle 50 du CIO devient, à Pékin, celle des deux poids, deux mesures… Le port du voile interroge bien moins – pour ne pas dire aucunement – la gouvernance et le mouvement olympique que les aspects politiques. Un peu comme si les femmes valaient moins que les hommes… puisque cet article de la Charte stipule toujours « [qu’] aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée ». 

Les tenants du modèle sportif islamiste féminin n’ont pourtant pas caché leur volonté de promouvoir un modèle ségrégationniste. Ainsi le président de la République islamique d’Iran l’affirme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Féminins de la Solidarité Islamique en 1993 : « Il convient de préserver la pureté des femmes, et, selon l’enseignement de l’Islam, éviter la corruption qui peut naitre de la présence simultanée d’hommes et de femmes dans un même espace »14. De telles conditions s’apparentent sans conteste à une forme d’apartheid. Ce qui n’a pas empêché des organismes internationaux compétents en matière de sport, tel le Conseil de l’Europe, de présenter comme « bonnes pratiques », en ce qui concerne l’égalité de sexe dans le sport, « l’adaptation aux besoins des femmes », en tenant compte notamment des « caractéristiques spécifiques ethnoculturelles et/ou religieuses (espaces séparés, plages horaires spécifiques, port du voile, etc.) »15. C’est aussi le cas des réseaux internationaux femmes et sport qui promeuvent la « Déclaration : Accepter et Respecter » : « Nous exhortons les Fédérations Sportives internationales à manifester leur attachement à l’intégration en veillant à ce que leur code vestimentaire pour les compétions satisfasse aux exigences musulmanes »16. Les ministres des Sports qui se réunissent régulièrement suivront le mouvement, en 2013, avec la « Déclaration de Berlin » à destination de l’UNESCO17 qui met l’accent sur la nécessité de prendre en compte « les spécificités culturelles, en particulier pour les femmes et les filles (§ 1.25). Suivra enfin, la révision de la Charte de 1978, l’UNESCO reprenant ces recommandations « les femmes et les filles doivent se voir offrir des possibilités inclusives, adaptées » (article 1.3)18.

Et en France ? revendications et « dérogations »

Depuis le tournant des années 2000 on observe en France la venue de plus en plus fréquente de filles et de femmes voilées sur les terrains sportifs (entraînements et compétitions). On mentionnera quelques exemples car l’ampleur des faits est impossible à évaluer, il n’existe pas d’état des lieux (par sport ou région ou autre) seulement des observations, au mieux des articles de presse (dans la presse quotidienne régionale le plus souvent et sur les réseaux dits sociaux). La séparation des sexes, femmes d’un côté hommes de l’autre, organise structurellement les espaces et activités de loisir et surtout sportifs des femmes et des hommes dans nombre de théocraties islamiques19. À partir d’un soi-disant « désir d’échapper au regard des hommes », en se retrouvant seulement entre femmes, des salles de mise en forme et des piscines ont été particulièrement investies par ces revendications séparatistes. À Lille, Martine Aubry tient le rôle de « pionnière » : en 2000, un centre social réclame un horaire pour un groupe de femmes, essentiellement maghrébines, et du personnel féminin. Les maîtres-nageurs comme les hommes d’entretien doivent quitter le bassin. La mairie accepte. En 2003, alors qu’une polémique s’est développée, des élus avançant « le caractère dérogatoire aux pratiques républicaines d’égalité et de mixité » de cet horaire réservé, Martine Aubry s’explique dans Maire info : « Ces femmes ont besoin d’un lieu pour se retrouver, pour discuter », plaide la maire auprès des élus d’opposition qui s’insurgent. « Faisons un petit détour (de nos principes républicains) pour que ces femmes gagnent et acquièrent leur émancipation » ajoute la maire de Lille20. Lille fait école… Toutefois sans que nous puissions établir un état des lieux sérieux à ce jour. La ville de Sarcelles met aussi en place ces horaires « pour femmes » en 2013 à la demande d’un groupe religieux. Dans beaucoup d’autres communes21 ces créneaux communautaires seraient envisagés ou annoncés, mais il est dit, pour certains de ces « projets », que ce sont de « fausses informations »…

Cette question du port du voile par les joueuses et/ou leurs entraîneuses apparaît dans bien d’autres disciplines sportives, notamment les sports collectifs. En 2013, un journalise du Point rapporte une situation dans le basket : « Quatre jeunes musulmanes de l’équipe de basket du quartier Ronceray-Glonnières au Mans se sont entraînées et ont joué des matches avec le voile. Depuis la rentrée, des joueuses de basket-ball de confession musulmane et âgées de 14 à 21 ans tentent d’accorder leur pratique sportive et leurs convictions religieuses. Évoluant au sein de l’équipe féminine, ces jeunes filles ont pris l’initiative de jouer voilées. Pour être plus précis, elles ont décidé de couvrir leur corps en fonction des préconisations de leur religion : tee-shirt pour couvrir les bras, collant pour cacher les jambes et foulard pour couvrir la tête. Certes, la France est un pays laïque où chacun peut exercer en toute liberté sa religion, mais sur un terrain de basket-ball, il n’y a pas de religion, pas de sexe, pas de différence ou d’appartenance, si ce n’est à un maillot. La Fédération est intransigeante : La France applique le règlement international. Et celui-ci n’autorise pas le port d’un voile…On comprend que ces jeunes filles souhaitent respecter leur religion, mais, sur un parquet, qu’un joueur soit catholique, musulman ou juif, les règles n’en ont strictement rien à faire. Si une personne veut jouer, elle doit se conformer aux règles du jeu. […] Au cours d’un match officiel, les basketteurs et basketteuses n’ont donc pas le droit de porter de foulard ou de bandana, ni de collants et de tee-shirt qui ne sont pas des protections. […] Le voile représente un risque majeur pour la sécurité de ces jeunes filles. En effet, elles peuvent s’étrangler avec le foulard et courir le risque d’être involontairement étranglées par une adversaire. Ces dangers potentiels, qu’ils soient minimes ou pas, sont réels. La Fédération de basket ne peut pas tolérer le risque qu’un jour une jeune fille se blesse durement ou mette sa vie en danger pour une question de religion qui n’a rien à faire sur un terrain. Le comité départemental de la Sarthe soutient cette initiative. La Fédération de basket n’a pas fait de déclaration officielle. À noter que la Fifa a autorisé en juillet 2012 le port du voile dans des compétitions officielles de football, mais que la Fédération française de football s’y est à l’inverse opposée22 ». La présentation de la situation par le journaliste est à la fois précise et embarrassée invoquant la question de la laïcité en France puis surtout le règlement de la Fédération de basketball concernant les tenues. L’argumentaire pointe particulièrement les questions de sécurité justifiant les interdits… Mais finalement, le journaliste mentionne les désaccords voire les incohérences des positions des diverses instances sportives concernant le port du voile sur les terrains.

En 2013, on peut observer que la lecture des situations est pour le moins complexe pour des journalistes comme pour l’encadrement sportif et politique, alors que les Fédérations internationales et nationales sont ouvertement divisées (FIFA versus FFF, CIO en contradiction avec lui-même…), a fortiori dans un pays comme la France, seul pays au monde ayant promulgué la loi impliquant la neutralité de l’État, c’est-à-dire la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses23.

Autre exemple cette même année 2013 : l’école de voile de Quiberon (ENVSN) reçoit en stage/formation une équipe de jeunes femmes du Sultanat d’Oman. Il s’agit de « former les premières régatières professionnelles du sultanat ». Le journal Le Télégramme présente cet événement avec une photo montrant les 6 jeunes femmes toutes voilées avec le texte suivant : « Cette féminisation de la sélection n’a pas été sans problèmes. En effet, les familles ne laisseraient pas leurs filles pratiquer la voile encadrée par un homme. Alors, pour détecter des jeunes talents, il faut des personnels féminins de haut niveau. Lorsque l’on évoque le poids des traditions, toutes sont unanimes : Il ne faut pas se focaliser sur des détails ou des commentaires désobligeants car dans toutes les cultures il y a toujours des réticences lorsque les choses changent” »24. Le journal indique les contraintes sine qua non ayant pesé sur l’organisation de cette formation : encadrement uniquement par des femmes et port du voile impératif en tous lieux y compris sur les bateaux, contraintes que ces jeunes femmes balaient apparemment d’un revers de manche. Interroger sur ces impératifs serait désagréable voire critique pour elles ? Le Comité départemental Droits des femmes du Morbihan, a adressé une lettre ouverte au directeur de l’établissement, soulignant que « qualifier de “détails ou de commentaires désobligeants”, ce qui serait le poids des traditions, [les] a interpellées voire indignées ». Rappelant que « la laïcité est un principe premier de notre République, appliqué dans toutes ses écoles depuis la loi de 1905 », elles disent s’interroger : « l’Ecole Nationale de Voile et des Sports nautiques serait-elle en dehors de la loi française ? Ou les propos du journal seraient-ils dépourvus de réalité ? Nous menons en France depuis plus d’un siècle des combats pour la liberté et l’égalité des femmes y compris dans le sport » ajoutent elles, « les sports nautiques appartiennent à ces conquêtes. Pour nous le sport est un espace de liberté, et un moyen d’émancipation, pour toutes les filles et toutes les femmes. Nous ne pouvons accepter ce que dit le voile ». Cette situation n’est apparemment pas perçue comme problématique au sein d’un Établissement public National en France…

Ce n’est pas l’avis de Jean Philippe Acensi, délégué Général de l’Agence pour l’éducation par le sport, estimant à l’été 2012 que « Le voile menace l’universalité du sport ». « La décision de la Fédération internationale de football association (FIFA) d’autoriser les femmes à porter le voile en compétition officielle, à quelques jours de l’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Londres, est une mesure historique, exceptionnelle et sans précédent dont il faut pouvoir mesurer la portée, notamment sur le vivre-ensemble dans nos villes, particulièrement en France. Dans le même temps, la première participation d’une athlète saoudienne à ces JO montre une volonté forte du monde arabe de proposer, ou d’imposer, un autre projet de société par le biais du sport et de la femme. Ces événements majeurs auront des répercussions certaines, tant dans les pratiques sportives et dans l’espace public (associations, écoles…) que sur la condition même de la femme »25.

Depuis 2012 en effet, les revendications d’espaces séparés et le port du voile avec une tenue couvrant le corps deviennent plus nombreux et plus voyants en France, pénétrant l’ensemble des terrains et espaces sportifs. Pointant les horaires réservés dans les piscines, des acteurs de la laïcité considèrent qu’apparaît ici la perspective et même la volonté d’un séparatisme qui ne dit pas son nom.

Le cas du football : la FFF applique la règle de neutralité

En Iran, jusqu’à la révolution islamique de 1979, les femmes pratiquent le football habillées comme toutes leurs consœurs des autres pays du monde : têtes nues, en tenue de sport maillot manche longue, short, chaussettes montantes. (photos  ??? footballeuses iraniennes avant et après 79)

En juillet 2012, La Fédération française de football (FFF) interdit à ses propres licenciées le port du voile autorisé la veille par la Fédération internationale (FIFA), une décision qui a nourri le malaise autour de la question sensible de la laïcité en France. « En ce qui concerne la participation des sélections nationales françaises dans des compétitions internationales, ainsi que l’organisation des compétitions nationales, la FFF rappelle son souci “de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité” qui prévalent dans notre pays. Dans ces conditions, elle n’autorise pas les joueuses à porter le voile », a réagi la FFF au lendemain de l’annonce de la FIFA26. La Fédération française et la Ligue rappellent l’interdiction de tout signe religieux sur tous les terrains en France.

La décision d’autoriser le port du voile par les footballeuses, annoncée en 2012, est réglementairement entérinée en 201427 : « Une expérience a été menée et la décision restait à prendre. Cela a été confirmé : les joueuses peuvent avoir la tête couverte pour jouer », a déclaré le secrétaire général de la FIFA, le Français Jérôme Valcke, lors d’une conférence de presse à Zurich. « C’était une requête qui venait d’un groupe de pays et d’un groupe de joueurs qui disaient que cela contribuerait au développement du football et ce fut le principal argument qui a poussé l’IFAB à dire oui »28. En France, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez, a parlé d’une « grave erreur », après l’autorisation du port du voile dans le foot. « Je déplore la décision de la Fifa qui malmène le principe d’universalité du football selon lequel toutes les joueuses et tous les joueurs sont soumis aux mêmes règles et aux mêmes conditions de jeu ». « Alors que la charte olympique exclut tout signe religieux, cette autorisation va à l’encontre du droit des femmes et menace la neutralité d’un football préservé des querelles religieuses et politiques ». En 2014, il répète son opposition au port du voile sur les terrains de football dans un autre registre que la neutralité du sport, les droits des femmes. « Autoriser le voile dans le foot, c’est mépriser la femme » dit-il. Il veut que sport et politique soient séparés et il condamne la décision de la FIFA : « La dignité de la femme ne devrait pas permettre de donner la bénédiction internationale à ce qui n’est, au fond, qu’un signe extérieur de soumission à l’homme »29.

Le débat se prolonge au sein même du camp laïque, les partisans d’une laïcité « ouverte » rappelant que la laïcité ne s’applique qu’aux agents des services publics, en l’occurrence l’encadrement assuré par le personnel des fédérations délégataires de service public, et non aux personnes qui pratiquent un sport.

La France est présentée comme rétrograde, discriminatoire ; sont qualifiés d’antiféministes et d’islamophobes, tous ceux qui interdisent les femmes voilées sur les terrains sportifs. Les critiques pleuvent sur ceux que certains considèrent comme partisans d’une « laïcité d’exclusion ». C’est ce terme qu’emploie entre autres le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) alors qu’un club rassemblant de jeunes footballeurs a interpellé la ministre des Sports en 201330: « Le Club athlétique de Paris, un des clubs les plus anciens de la capitale comptant 800 adhérents et une école de foot de 350 enfants, adresse un courrier à Valérie Fourneyron, la ministre des Sports, pour obtenir que la Charte de la laïcité soit adaptée aux écoles de football.31 Cette demande d’extension de la Charte de la laïcité affichée dans les écoles, est motivée par le constat d’un certain nombre de comportements interprétés comme des signes préoccupants de dérives selon le président du club, François Gonzales. Il a en effet déclaré : “Je pars d’un principe, mieux vaut prévenir que guérir. Lorsque les enfants sont sur le terrain il ne doit pas y avoir de signe de religion”. Des considérations défendues par Jeannette Boughrab, ancienne directrice de la HALDE, lauréate en octobre dernier au prix national de la laïcité et qui sous Sarkozy occupait la fonction de secrétaire d’État à la jeunesse : “On n’a pas le choix. Depuis quelques années, on voit apparaître de nouveaux phénomènes, notamment au moment du ramadan, où certains joueurs ne veulent pas jouer. La question des vestiaires aussi, où certains garçons ne veulent pas prendre de douche nue, donc on se douche avec son caleçon. On a vu récemment une équipe de basket crier victoire parce que quelques jeunes filles pouvaient désormais jouer avec un foulard sur la tête, ou bien certains entraîneurs qui ne veulent pas entraîner des filles ». […] Il y a toute une série d’événements qui auraient dû nous conduire beaucoup plus tôt à réagir face à la montée du communautarisme ou d’une lecture radicale de la religion”. Certains s’indignent en pointant une tolérance de la pratique à géométrie variable donc selon les religions et une diabolisation des comportements ou pratiques qui procèdent d’une pratique religieuse telle que le jeûne ou la pudeur que l’on fait passer pour des signes de communautarisme et d’extrémisme religieux. Rhétorique devenue classique pour les défenseurs d’une extension de la laïcité d’exclusion reposant sur un arsenal juridique de plus en plus discriminatoire et liberticide et que l’on veut étendre à de plus en plus de domaines du social, y compris dans le sport. Le CCIF tient à dénoncer fermement cette nouvelle tentative d’extension d’une laïcité détournée de son sens et utilisée comme arme d’exclusion massive dans le cadre d’activités sportives dont la vocation est justement de former au vivre ensemble en véhiculant des valeurs de respect et de tolérance32 ».

Les oppositions FIFA vs FFF perdurent : « Les menaces de Sepp Blatter, qui a récemment fait savoir que la Fédération Française de Football devait se plier aux règles édictées par la FIFA, ne changeront rien. À la veille de la finale de la Coupe de France, Noël Le Graët a une nouvelle fois répété sur BFM qu’il était hors de question que des femmes puissent jouer avec le voile sur notre territoire, et le patron de la FFF a défendu sa position très fermement. “La France et globalement les pays d’Europe de l’Ouest ont évolué. Il n’y a pas de signes religieux sur les terrains et je pense que les femmes sont heureuses de jouer au football. On n’a pas envie de revenir en arrière”, a clairement indiqué le président de la Fédération Française de Football, qui a le soutien des élus de notre pays, et notamment de la ministre des Sports33, mais qui risque quand même de se heurter aux textes qui lient la FFF à la FIFA. On peut toutefois penser que Sepp Blatter n’ira pas vraiment au-delà de menaces verbales, le patron de l’instance mondiale ayant probablement bien conscience que ce sujet était à très hauts risques. Maintenant, qu’adviendra-t-il si une footballeuse se présente voilée lors d’un match en France ? » 34.

Les années 2010 voient les conflits se multiplier concernant les revendications/autorisations/dérogations de port du voile dans le football et dans d’autres sports. Des associations, clubs, mais encore des entraîneurs veulent se prévaloir du règlement de la FIFA sur des terrains français alors que la FFF veut s’en tenir à ses règles. Une situation contradictoire et très tendue qui ouvre une faille pour ceux qui sont bien déterminés à contourner le règlement appliqué en France…En 2017 et les années qui suivent la pression s’accroît et les conflits de plus en plus médiatisés sont saisis par le politique.

C’est le cas dans cette situation « exemplaire » impliquant non des sportives mais une entraîneuse. En avril 2017, le journal La Croix titre « La Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a sommé Essia Aouini l’entraîneuse d’une équipe des filles de moins de 13 ans de retirer son foulard. Déclareront-elles forfait?35». L’Observatoire de la laïcité36 a été saisi du dossier. « C’est un petit tournoi, impliquant des pré-ados évoluant dans un club amateur. Si l’on en parle, c’est qu’une affaire concernant l’un de ses éducateurs pourrait avoir “des conséquences sur des centaines de milliers de personnes”,indique Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire. En cause, le voile porté par cette entraîneuse de l’équipe de l’AS Surieux, un club amateur de 180 licenciés situé à Echirolles (Isère). Le 21 avril, le président de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a notifié au club qu’Essia Aouini devait l’ôter si elle voulait être au bord du terrain le jour de la finale de la Coupe Rhône-Alpes. “Pourquoi si tard? s’interroge-t-elle. Depuis le début de la saison, alors que nous jouons en compétition tous les samedis, ni les clubs adverses ni les arbitres n’ont jamais fait de commentaires sur ma tenue”. Quoi qu’il arrive, l’entraîneuse bénévole n’entend pas retirer son voile. “Pas pour un match de football, dit-elle. Le bureau du club et les enfants me soutiennent dans ma décision”. “Nous ne voulons pas aller à l’encontre des règles ni réécrire la loi. Mais elle n’est pas appliquée à des joueurs professionnels qui se signent ou se prosternent sur les terrains, estime Amar Benguedouar, président de l’AS Surieux. Et puis on ne peut pas nous faire ça au moment où nous atteignons la finale d’une compétition”37 ».

Leprésident de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football appuie sa décision sur les statuts de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes, inspirés de ceux de la Fédération française de football (FFF). Le premier article indique que « sont interdits à l’occasion de compétitions ou de manifestations organisées sur le territoire de la Fédération ou en lien avec celles-ci […] tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ». Le conflit ne s’arrête pas là. Un premier doute porte sur l’article évoqué par la Ligue : « Il s’applique avant tout aux joueurs », estime Nicolas Cadène. Pour lui, la principale question posée est de « “savoir si la mission de service public déléguée à la FFF est ensuite déléguée à la Ligue, puis aux clubs amateurs”. Auquel cas, une stricte neutralité s’appliquerait. […] Confrontée régulièrement à la question du respect de la laïcité, hostile à la décision de la FIFA en 2014 d’autoriser le port du voile islamique sur les terrains, la FFF semble vouloir temporiser. Et pour cause, la décision s’appliquera ensuite “à tous les signes religieux, y compris les plus discrets, jusqu’au moindre club amateur de village ou de quartier”, avertit Nicolas Cadène38 ».

Si la jeune femme devait se plier à la demande de la Ligue, elle indique à La Croix que son équipe déclarera forfait. « “Des associations m’ont approchée, me suggérant de me présenter tout de même voile sur la tête pour changer les choses”, glisse Essia Aouini, qui n’entend pas pour l’heure donner suite. Le Président (LR) du conseil régional Auvergne-Rhône-alpes, Laurent Wauquiez s’est également saisi de l’affaire. Il a annoncé mercredi 26 avril son intention de conditionner “tout conventionnement au strict respect de la laïcité et au refus de toute forme de communautarisme dans les actions menées par ces structures”39 ».

Cette entraîneuse dit clairement avoir été influencée par des « associations » l’invitant à se présenter avec son voile « pour changer les choses ». Cette revendication va dorénavant donner lieu à un véritable lobbying, porté sinon initié par des groupements/collectifs connus et vont même s’y intégrer.

En 2021, l’offensive pro-voile se poursuit visant explicitement la FFF qui jusqu’à présent a su résister et a inclus dans son règlement intérieur la règle 50 de la Charte olympique. Le 20 mars de cette année 2021, le BondyBlog diffuse sur le réseau Twitter une vidéo de deux jeunes femmes voilées réclamant « le droit » de jouer au football. Un commentaire accompagne le film : « Parce qu’elles portent le voile, ces joueuses de foot sont interdites de compétition par la FFF, alors que le hijab est autorisé sur les terrains du monde entier. Les Hijabeuses donnent tout sur et en dehors du terrain pour accéder à leur rêve : jouer en match officiel en France. Avec leur voile, les Hijabeuses se battent pour jouer au foot. Depuis un an les Hijabeuses se battent pour pouvoir jouer en compétition officielle. Alors que la FIFA autorise le voile sur le terrain depuis 2014, la Fédération Française de Football le refuse »40.

Founé et Bouchra sont les deux joueuses Hijabeuses qui dénoncent cette situation. Elles ne sont pas des joueuses inconnues. Le Mondial féminin de football qui s’est déroulé en France en juillet 2019 leur sert apparemment de marche pied : « Si nos bleues ont popularisé le football féminin l’année dernière lors de la Coupe du Monde, le chemin est encore long pour que tout le monde puisse pratiquer ce sport équitablement. Pour avoir leur place sur le terrain, les femmes voilées montent ensemble le collectif Les Hijabeuses », indique une journaliste41. Rappelant la décision de la FIFA en 2014, celle-ci s’étonne : « Il ne nous est jamais arrivé de voir une femme voilée durant un match en France ». Elle rappelle pourtant la règle de référence qui amène la FFF à « empêcher » la présence de femmes voilées sur les terrains : « C’est contraire au principe de laïcité », écrit-elle, puisque les règles du jeu « ne permettent pas le port, par les joueurs/joueuses, de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ». Qu’à cela ne tienne, la journaliste prend le parti des Hijabeuses, mentionnant « une politique sportive répressive » et plus loin « une politique discriminante 42 que choisit la FFF qui interdit aux femmes portant le hijab de participer aux compétitions ». Pour répondre de cela, Hayat, Founé et toutes les autres ont écrit une tribune intitulée « Notre sport favori, Mon hijab, Notre liberté à toutes ». Cette tribune est un moyen pour elles de « dénoncer ces exclusions qu’elles subissent en tant que musulmanes ». À ce moment en juin 2020, « le collectif Les Hijabeuses pour clamer leurs droits et libertés ! » lance une campagne de propagande. Elles veulent « interpeller la FFF pour qu’elle change ses pratiques ». La pression va en effet s’accroitre contre la FFF dans une campagne soutenue et même appuyée, ici par le journal Paulette très partisan, qui mentionne dans cet article de « lancement »43 les coordonnées des Hijabeuses : « Rendez-vous sur leur compte Instagram pour leur apporter votre soutien et venir les soutenir en match… ». En juillet 2020, elles dénoncent sur un site d’informations sur le Maroc et les marocains « la discrimination dont elles sont victimes »44. Founé Diawara est présentée comme « footballeuse et cofondatrice du collectif ». Sur Twitter, elles invitent à leur assemblée fondatrice le 12 juillet 202045.

Les Hijabeuses créent leur « syndicat » au sein de Alliance Citoyenne, association créée à Grenoble en décembre 2012, « menant des interpellations citoyennes contre des injustices sociales et environnementales qui les affectent ». Le « Droit des minorités religieuses et des personnes en situation de handicap » figure parmi leurs domaines d’action. « Fin 2017, des musulmanes de Grenoble et Echirolles se réunissent en marge d’une assemblée de quartier de l’Alliance pour se plaindre de mauvais traitements liés à leur voile. En 2018, elles montent au sein de l’Alliance un syndicat de femmes musulmanes pour faire changer les différentes situations d’exclusion auxquelles celles qui portent le voile sont confrontées, et en 2019 [devant les refus réitérés du maire de Grenoble d’accepter les burkinis], elles mènent des actions de désobéissance civile fortement médiatisées nationalement et internationalement suscitant un débat public sur les droits des femmes musulmanes et des critiques à l’égard de l’association. […] En 2020, la règle intolérante est toujours bien installée. L’injustice prospère. Des footballeuses musulmanes ont fondé le syndicat des Hijabeuses pour faire entendre leur voix et faire reconnaître leur droit de jouer au foot. Unecoalition entre l’Alliance Citoyenne, le Collectif Contre l’Islamophobie en France et l’association internationale Women Win se constitue pour appuyer le groupe »46.

Au même moment, le journal Marianne publie un « billet d’humeur » de Samuel Piquet à la suite d’une tribune pro-voile sur Clique.tv47 : « En France, si vous voulez travailler ou faire du sport avec un voile, vous seriez aussitôt stigmatisée. Heureusement, certains médias veillent… […] Founé, une étudiante de Sciences Po Paris de 21 ans, raconte un épisode censé glacer le lecteur. “Lors d’un match, l’arbitre m’a interdit de jouer. J’étais dans l’incompréhension et j’ai ressenti beaucoup de honte. Tu es pointée du doigt… Même mon coach ne m’a pas vraiment soutenue […] Je ne pouvais rien faire […] donc j’ai gardé ma rage en moi”. Comment ne pas être choqué par le fait qu’un arbitre applique les règles ? », tacle le journaliste48.

La FFF n’a pas cédé aux menaces de la FIFA. Son président est toujours resté ferme sur le principe de neutralité inscrit dans le règlement de la fédération. Pour d’aucuns elle serait donc « intolérante ». Même l’Observatoire de la Laïcité a soutenu les footballeuses voilées49. En décembre 2020, Le Collectif Laïque National manifeste son soutien à la FFF dans une lettre comportant les signatures d’une trentaine d’associations50.

La pression médiatique reste forte, nombre de sites et médias ouvrent leurs pages aux revendications des Hijabeuses. Le 20 janvier 2021, le journal Les Sportives organise un « webinaire » intitulé « Femme, racisée, voilée : une triple sanction pour les sportives ». Les intervenants sont Maryse Ewanjé-Épée, ancienne athlète de haut-niveau, journaliste sur RMC et autrice de « Révolte » ; Pierre Samsonoff, directeur général adjoint de la FFF en charge du football amateur ; Bouchra.C, et Founé. D, membres et fondatrices des Hijabeuses et Danya. D, joueuse de rugby. La journaliste qui mène cette table ronde51 débute la séance en mentionnant « les propos racistes » entendus récemment dans le milieu sportif52. Elle présente « des sportives qui n’ont pas le droit de faire du foot avec leur voile » comme « victimes de racisme ». Chaque sportive intervient. Comme on lui a dit que le voile en match officiel ce n’est pas possible, Bouchra a fait établir un certificat médical pour porter un casque (type rugby). Elle parle d’« incident » à propos d’un dirigeant ayant compris le « subterfuge » qui le lui a fait ôter. Founé s’est entendu dire par son coach que « pour entrer sur le terrain elle [devait] enlever ce qu’elle a sur la tête » ; il dit qu’elle pouvait enlever « ce bout de tissu pour faire gagner son équipe ». « Je suis dans mon droit de jouer », « je veux garder mon identité et mon intégrité » dit l’une ; « je voulais juste faire du foot » dit l’autre. Elles disent que les Hijabeuses veulent que toutes les femmes puissent pratiquer le football en compétition ; elles sont « juste des sportives à qui on enlève leur droit et leur rêve ». La journaliste animatrice compare avec des hommes qui peuvent se signer et conclut : « Donc les femmes sont particulièrement discriminées ».

Elles veulent faire remonter la demande à la FFF qui « doit se positionner clairement » disent-elles. Maryse Ewanjé-Épée considère que « la FFF est en infraction par rapport à la FIFA et au CIO ». Elle compare le voile à la combinaison portée par Florence Griffith Joyner lors d’une course et conclut de manière pour le moins surprenante : « Si porter le voile c’est de la propagande religieuse alors il faut interdire les noirs pour éviter cette promotion ». « Pourquoi la FFF interdit le foot aux femmes voilées ? Est-ce la FFF qui dicte ce qu’est une identité individuelle ? », avance Béatrice Barbusse faisant partie du « public » invité à la Table ronde.

Face à ce front revendicatif compilant des arguments pour le moins hétéroclites, le haut responsable de la FFF, Pierre Samsonoff, seul pour représenter la position de sa fédération face à 5 femmes se situant dans le camp des « victimes », est apparemment embarrassé, et il va tenir une ligne de réponse finalement plus que floue… « Oui il y a du racisme dans le football mais le football n’est pas un vecteur de racisme »… « Non il n’y a pas de discrimination selon le sexe à la FFF », « là on parle d’affichage de convictions » (il ne dit pas religieuses), « se couvrir la tête sur un terrain de foot n’est pas interdit… il y a des solutions possibles »… « La position fédérale c’est l’interdiction du voile… mais pas l’interdiction de se couvrir la tête…. On n’aurait pas dû vous embêter avec ce casque…, ça été discriminatoire », ajoute-t-il… Mejdaline Mhiri l’animatrice s’emballe : « Bouchra a vécu une discrimination au faciès (le casque) donc il y a bien racisme et discrimination ».

Non seulement le directeur général ne répond pas sur la demande d’une « position claire de la FFF » ; il ne renvoie pas à la règle de sa fédération – la même que celle de la Charte du CIO et qui est précisément très claire concernant la neutralité sur les terrains –, mais il répond à ces revendications que tout cela peut se discuter… Comme s’il donnait les signes d’une capitulation en marche ?

Ne pas accepter les sportives voilées sur les terrains sportifs, là serait l’ « intolérance » et la « discrimination » ? 

Il est intéressant de prêter attention aux termes utilisés par ces Hihabeuses et leurs soutiens pour désigner et qualifier leur situation : interdit, politique répressive, intolérance, discrimination, exclusion, la FFF en infraction, stigmatisation, victimes de racisme, mes/nos droits « en tant que femmes voilées », « en tant que musulmanes », le champ lexical est particulièrement fourni. Mais l’usage de mots/slogans négatifs ne suffit pas à faire démonstration. Ces termes servent de support à des arguments qu’on peut dire fallacieux. 

D’abord s’agissant du registre de leur « lecture » des faits : leur interdiction de terrain en raison de leur voile est présentée dans un registre émotionnel et personnalisé et non au prisme du collectif, ni des règlements existants dans une institution, ici la FFF, comme ce devrait l’être. Elles invoquent « ma passion » « mon rêve », « je veux juste faire du foot », c’est-à-dire leur désir individuel… qui devient « mon droit », « leur droit ». Deux « invitées », pourtant sociologues (Haïfa Tlili et Béatrice Barbusse), surenchérissent d’ailleurs dans ce registre invoquant le voile comme leur « identité individuelle » registre grâce auquel elles se disent victimes de discrimination.

Discriminées. L’usage de ce terme est ici un abus de langage usé jusqu’à la corde. On peut aisément en constater le dévoiement. Au regard de la loi française précisant les conditions permettant de constituer, juridiquement, une discrimination53, on ne peut considérer ces footballeuses comme telles. Alors que le mot peut être lancé aujourd’hui comme un slogan dénonciateur, utilisé pour frapper/interpeler les opinions voire les consciences, laissant entendre une privation de liberté, l’observateur des faits n’est pas du tout éclairé sur les raisons des oppositions que ces Hijabeuses rencontrent sur les terrains tant leur exposé est source de confusion. D’autant qu’elles seraient en même temps « victimes de racisme ». Discriminées pour leur voile et « racisées » c’est le titre du webinaire…

Une autre lecture s’impose : l’occultation totale dans les plaintes de ces sportives de la référence à la règle : celle de l’article 50 du CIO, reprise par la FFF. Règle qu’elles connaissent alors qu’elles indiquent que la FFF « doit se positionner clairement ». Elles veulent que la règle soit changée, alignée sur celle de la FIFA. Connaissant parfaitement le règlement, ces sportives s’interdisent d’elles-mêmes les terrains de sport en y venant voilées. Puisqu’elles refusent de se conformer à la règle qui vaut pour tous, elles s’auto-discriminent si l’on peut dire… S’agissant des mots (dont on sait qu’ils « font les choses ») parler en outre de « femmes musulmanes » comme mot alternatif à « femmes voilées » est tout aussi fallacieux. Sur les terrains de foot en France, ce n’est pas leur religion ni leurs croyances qui sont en cause54, c’est le voile, c’est-à-dire l’affichage ostensible de leur religion sur le terrain puisque le voile est religieux et que le règlement interdit ces signes sur les terrains. Elles ne sont pas discriminées, elles sont justes empêchées dès lors qu’elles ne respectent pas les règlements. Tout autre interprétation est une duperie.

Reste qu’aujourd’hui la pression sur la FFF s’amplifie. Ces sportives voilées bénéficient de nombreux soutiens politiques et associatifs autour d’un argument partagé de longue date et porté par une majorité de mouvements féministes : leur émancipation. Depuis plus d’un siècle de sport moderne, LE sport est consensuellement donné comme moyen d’émancipation des femmes, c’est un des grands mythes du sport répété à l’envi.

S’agissant des sportives voilées, on peut observer des alliances objectives quant à cette dite vertu du sport amenant à admettre les horaires réservés de piscine, le port du Burkini, l’acceptation du voile sur les terrains. La « thèse » est soutenue par nombre d’élus sur quasiment tout l’échiquier politique et même par des ministres : « Au sein du gouvernement français, seule la ministre des Sports Roxana Maracineanu avait pris clairement position pour la vente de ce type de vêtements [un « hijab de sport » par la chaine Décathlon, en 2019] : “Je veux aller chercher les femmes, les mères, les jeunes filles partout où elles sont et comme elles sont, les encourager à la pratique du sport car c’est, j’en suis convaincue, un levier puissant d’émancipation” »55. En 2021 c’est le port du burkini qui devrait être accepté56. L’argument du sport émancipateur est aussi porté par des dirigeants (femmes comprises) du monde sportif, tel le CIO, des fédérations sportives, nationales et internationales et bien sûr des éducateurs, entraîneurs, dirigeants de clubs, etc. S’émanciper ? Vraiment ? Ici encore, le terme est un abus de langage… S’émanciper, au sens premier, n’est-ce pas s’affranchir d’une autorité, de servitudes, de préjugés, mais encore d’un état de dépendance, d’une domination, d’une tutelle ?

Comment faire tenir cet argument pour les sportives iraniennes et les Saoudiennes présentes aux JO ?57 Femmes émancipées, on sait que cela doit inclure, partout dans le monde, les droits civiques (voter, etc.), et le droit de la famille, droit à l’héritage, travailler, conduire, disposer de son corps, etc. Ce qui est salué comme un progrès (que ces femmes fassent du sport dans les grandes compétitions internationales mais selon les conditions d’un islam rigoriste) est en fait une régression si l’on pense à Hassiba Boulmerka ou à Nawal El Moutawakel. En France, certaines personnalités politiques, femmes et hommes, dont des ministres, sont coupables d’entretenir ici ce mythe.

Si les soutiens officiels ou non sont fréquents en France, on observe aussi une réception négative de ces revendications des Hijabeuses, un refus de céder et pas seulement au sein d’institutions se réclamant de la laïcité et de l’égalité des sexes. La vidéo des Hijabeuses sur le BondyBLog a donné lieu à des tweets très critiques à leur égard, pour le moins inattendus sur un blog mettant en avant « la diversité. Ils invitaient ces joueuses voilées à aller jouer dans les pays autorisant ces tenues, à respecter la neutralité sur les terrains, ou leur déniant le statut de victimes.

Et maintenant ?

Quelles voies et quelles actions devraient être suivies pour lutter contre ces offensives conservatrices dénotant davantage une soumission des femmes que leur émancipation ? Le fait que le CIO déroge à sa propre Charte (de façon très « arrangeante » comme on l’a vu) n’a curieusement donné lieu à aucune plainte connue. En fait, et dès 1995, cette première voie d’action a été envisagée par la Ligue du Droit International des Femmes via le Comité Atlanta +. Après consultation de deux grands cabinets d’avocats, cette option a été abandonnée, les conseils consultés ayant identifié comme priorités la recherche d’une athlète victime de ce type de discrimination acceptant de porter plainte contre le CIO et la nécessité de disposer de fonds conséquents en raison de l’importance de l’analyse juridique à entreprendre.

La deuxième voie, celle qu’a choisie le Comité Atlanta +, a été de faire du lobbying auprès du CIO, du monde du sport en général, des mouvements féministes et laïques, des médias, des politiques, via des actions dans les villes hôtes, des publications, la constitution de réseaux de soutien au niveau français et international.

Le choix de Paris pour l’organisation des JO de 2024 est une occasion de mobiliser le monde sportif français, mais plus encore toute la société « civile » dont le monde politique, et ce en mettant l’accent sur la règle 50 de la Charte Olympique, c’est-à-dire sur l’interdiction des signes entre autres religieux sur les terrains olympiques, et en particulier le voile pour les sportives, rendu obligatoire pour elles par nombre de pays promouvant l’apartheid de sexe. La règle 50 de la Charte olympique est un outil précieux, plus puissant que la laïcité, car elle peut et doit s’appliquer dans un cadre international, et elle concerne aussi bien l’encadrement que les athlètes.

S’agissant de la France, et si l’on veut être optimiste, on dira que ces initiatives ont d’autant plus de chances d’être entendues par le personnel politique que la prise de conscience par les pouvoirs publics du rôle du sport dans la radicalisation islamiste et du danger d’un séparatisme islamiste a conduit le gouvernement à présenter au Parlement un projet de loi visant à « conforter les principes républicains », dans lequel le contrôle des fédérations sportives est présenté comme un élément important de l’action à venir des pouvoirs publics. Lors de l’examen du projet de loi par le Sénat (au moment où nous concluons ce texte), un amendement a été voté qui marque un véritable tournant, car il vise explicitement à « interdire le port de signes religieux ostensibles (dont le voile) pour la participation aux événements sportifs et aux compétitions sportives organisés par les fédérations »58. Le Sénat confirme ainsi sa volonté de voir respecter une stricte neutralité dans les lieux de pratique sportive comme il l’avait fait en juillet 2020 dans le cadre de la Commission d’enquête sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste en adoptant la proposition n° 35 : « Introduire dans les statuts de chaque fédération l’interdiction de toute démonstration politique, religieuse ou raciale, telle que prévue par l’article 50 de la Charte Olympique »59. Mais la navette de la loi vers l’Assemblée nationale pourrait faire fléchir voire basculer cette indispensable fermeté…

Notes

1 Édition du 15 septembre 2017.

2 Voir CIO, Charte olympique. État en vigueur au 15 septembre 2017. Disponible en version électronique sur internet. La règle d’abstention des démonstrations politiques apparaît explicitement en 1955, quant à celle qui concerne les démonstrations religieuses, elle apparaît en 1975.

3 Voir Jean-Marie Brohm, 1936. Les Jeux olympiques à Berlin (1983), Bruxelles, André Versaille éditeur, 2008, 3e édition.

4 « À Londres les Jeux de la parité sont presque faits […], le président Rogge s’est déclaré satisfait », France 24, 12 juillet 2012.

5 Pierre-Alexandre Conte, « L’Île-de-France souhaite prévenir la radicalisation en formant le monde du sport », Lagazettedescommunes.com, 5 décembre 2017.

6 Initiative citoyenne contre l’islamisation du sport, « L’islamisation du sport, un point aveugle inquiétant », Revue de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, en ligne sur le site decolonialisme.fr, 2 avril 2021. Voir l’audition de Médéric Chapitaux, le 29 janvier 2020, par la Commission d’enquête sénatoriale « Combattre la radicalisation islamiste » . Disponible en ligne sur le site Senat.fr.

7 Association créée par la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF).

8 Les théocraties islamiques sont particulièrement nombreuses parmi ces délégations masculines. Voir Annie Sugier, Linda Weil-Curiel, Gérard Biard, Comment l’islamisme a perverti l’olympisme, Paris, Chryséis Éditions, 2018.

9 Dans ces pays, c’est la loi islamique qui organise l’ensemble des droits et des devoirs individuels et collectifs des musulmans. Elle dicte le droit pénal et public.

10 « Sport féminin : le voile en question », Elle.fr.

11 Lettre du président Blatter du 17 juin 2010 adressée à la présidente de la Ligue du Droit International des femmes.

12 L’International Football Association Board (IFAB) est l’instance qui détermine et fait évoluer les règles du jeu du football. Elle est composée de représentants de la Fédération internationale de football association (FIFA), et des quatre fédérations britanniques « pionnières » du football, les fédérations anglaise, écossaise, galloise et nord-irlandaise.

13 AFP, 2 août 2008. Nous soulignons.

14 Voir The first meeting : an illustrated report of the First Islamic countrie’s women sports solidarity games, Téhéran, février 1993.

15 https://edoc.coe.int/en/gender-equality/6957-gender-equality-in-sports.html

16 1er séminaire international sur l’amélioration de l’intégration des jeunes filles et des femmes musulmanes dans l’activité physique, organisé par l’Université Sultan Qabous et l’Association Internationale pour le Développement de l’Éducation Physique et du Sport pour les Filles et les Femmes (IAPESGW), à Oman, 11-16 février 2008.

17 MINEPS V, 5ème Conférence mondiale des ministres et hauts fonctionnaires de sports, 28-30 mai 2013.

18 Charte internationale de l’éducation physique, de l’activité physique et du sport, novembre 2015. 

19Annie Sugier, Linda Weil-Curiel, « L’avenir d’une inclusion : le sport est-il vraiment universel ? », Les Temps Modernes, avril-juin 2018, pp 31-50. 

20 « Martine Aubry justifie l’attribution d’une heure hebdomadaire réservée aux femmes musulmanes à la piscine de Lille-Sud », Maire-info.com, 1er juillet 2003.

21 Mantes la Jolie, Roubaix, Marcq-en-Barœul, etc.

22 Marc Fayard, « Le Mans : des basketteuses autorisées à jouer voilées », Lepoint.fr, 15 octobre 2013.

23 Loi de la Laïcité, 1905. La France a en outre inscrit ce principe de laïcité dans sa Constitution.

24 « Voile. Le Sultanat d’Oman veut faire briller ses sportives », Letelegramme.fr, 23 mars 2013.

25 Jean-Philippe Acensi, « Le voile menace l’universalité du sport », Le Monde, 20 juillet 2012.

26 « Port du voile dans le football : la France dit non », Lepoint.fr, 6 juillet 2012.

27 Le Monde avec AFP, « La FIFA autorise le port du voile, colère du foot français », Lemonde.fr, 1er mars 2014.

28 Ibid. Notons encore une fois que cette bienveillance contraste pour le moins avec l’intransigeance des pouvoirs du football qui, comme le CIO, répriment les expressions politiques par leurs sportifs (cette même année 2014, la FIFA a interdit les « tee-shirts à message » de nature politique tout comme le CIO les badges que voulaient porter des athlètes à Pékin, en soutien au Tibet).

29 Le Figaro, 2 mars 2014.

30 Cette demande est présentée et commentée pour la dénoncer sur le site du Collectif Contre l’islamophobie en France, le 7 novembre 2013. À la suite de la notification de sa dissolution en novembre 2020, le CCIF n’a plus de site en France. Une page d’accueil informe que ses outils de communication sont fermés et que le CCIF « déploie une large partie de ses activités à l’étranger ». Impossible pour les auteurs de retourner sur l’historique ; ce passage a été vu/copié par les auteurs en 2014.

31 Lors de la rentrée scolaire 2013 la Charte de la Laïcité vient d’être installée dans toutes les écoles publiques.

32 Site du CCIF, op.cit.

33 Il s’agissait de Najat Vallaud Belkacem, ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

34 Voir Info.foot, 3 Mai 2014.

35 Bénévent Tosseri, « Laïcité : en Isère, pas de voile sur le banc de touche », Lacroix.com, 26 avril 2017.

36 Cet observatoire est mis en place par François Hollande en 2013. Son président, Jean-Louis Bianco déclarait au terme de cette première année : « La France n’a pas de problème avec sa laïcité ». Cette structure très controversée, car proposant des positions de compromis voulant toujours « ménager la chèvre et le chou » a été mise en question par le gouvernement en 2020, sa « disparition » étant prévue en avril 2021.

37 Bénévent Tosseri, « Laïcité : en Isère, pas de voile sur le banc de touche », op. cit.

38 Ibid.

39 Ibid.

40 Sur twitter du 20 mars 2021 : https://twitter.com/LeBondyBlog/status/1373193807089520644.

41 Nina Hossein, « Des femmes en hijab sur le terrain de foot », Paulette-magazine.com, 20 juin 2020. 

Paulette magazine est créé en 2011. Le groupe de ce journal dit se définir « en 4 adjectifs : communautaire, prescripteur, représentatif – “volonté d’inclusion” – engagé ». 

42 Ibid. Nous soulignons.

43 Ibid. « Rendez-vous sur le terrain pour dénoncer ces pratiques ».

44 S. A., « En France : “les Hijabeuses” veulent aussi jouer au football », Bladi.net, 21 juillet 2020.

45 Voir sur Twitter : « Tu veux rejoindre les hijabeuses ? En savoir plus ? T’engager pour que les femmes puissent faire du foot en compétition ? (Instagram@leshijabeuses ) ». Parmi les soutiens affichés à ce moment fondateur, on découvrele club de football parisien « Les Dégommeuses », une enseignante-chercheuse sociologue, Béatrice Barbusse et une ingénieure d’études Haïfa Tlili. 

46 Voir le site alliancecitoyenne.org/hijabeuses/

47Charlotte Vautier, « Les Hijabeuses : les footballeuses qui luttent contre l’interdiction de porter le voile en compétition », Clique.tv, 25 novembre 2020.

48 Samuel Piquet, « Propagande à peine voilée », Marianne.net, 3 décembre 2020.

49 Le rapporteur de l’Observatoire de la laïcité a expliqué aux dirigeants de la FFF que la laïcité n’est pas l’intolérance et que « nul ne doit être écarté de la pratique sportive en raison de ses opinions religieuses ». Voir Nicolas Cadene, « La laïcité et le sport. Intervention devant la FFF le 5 avril 2016 ». Document en ligne.

50 Lettre à Noël Le Graët, Président de la FFF, le 9 décembre 2020 qui se conclue ainsi : « Les plus récents travaux parlementaires sur le thème de la radicalisation islamiste, qu’il s’agisse du rapport de la Mission d’information sur la radicalisation dans les services publics (juin 2019) ou de la Commission d’Enquête du Sénat sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre (juillet 2020), pointent l’importance du sport comme lieu de radicalisation. Celle-ci se manifeste, dans un premier temps par l’expression d’exigences de type religieux (vêtements couvrants, non mixité, salles de prières…). Il nous appartient à tous de nous montrer vigilants et solidaires face à ces pressions et nous vous sommes reconnaissants pour la fermeté et la justesse de votre position émancipatrice ».

51 Il s’agit de la rédactrice en cheffe de la revue Mejdaline Mhiri. Voir « Femme, racisée, voilée : une triple sanction pour les sportives ? », Lessportives.fr, 20 janvier 2021.

52 Le match de Ligue des champions PSG-Istanbul Basaksehir du 8 décembre 2020 a été interrompu car un arbitre roumain aurait employé le terme « negru » pour désigner un joueur. 

53 En France, l’article 225-1 du Code pénal définit une liste de critères qui entrent dans la constitution d’une discrimination : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». Voir « Que faire en cas de discrimination ? », Service-public.fr, 27 novembre 2020. 

54 Surtout dans le pays laïque qu’est la France… où les choix religieux et les croyances relèvent de la sphère privée.

55 Romain Herreros, « Hijab Decathlon : la ministre des Sports veut « aller chercher les femmes partout où elles sont » », Huffingpost.fr, 26 février 2019.

56 « Le 22 décembre, les services du Défenseur des droits (DDD) ont envoyé un courrier comminatoire au président de la base de loisirs de Jablines-Annet, en Seine-et-Marne, propriété de la région Île-de-France. “Il m’apparaît que l’interdiction du burkini au sein de la base de loisirs est susceptible de constituer une discrimination”, écrit George Pau-Langevin, adjointe de la Défenseure des droits. Une saisine fondée sur une plainte du CCIF. Lequel, accusé par le gouvernement de propager “avec constance une action de propagande islamiste”, a été dissous le 2 décembre ». Stéphane Kovacs, « Quand le Défenseur des droits s’engage pour le burkini », Lefigaro.fr, 25 janvier 2021.

57 En 2016 l’Arabie Saoudite a maintenu les exigences des précédents JO : les sportives saoudiennes doivent porter la tenue islamique, se couvrir de la tête aux pieds, obtenir l’accord d’un tuteur (souvent le père ou le frère) qui devra les accompagner aux JO et respecter les zones de non-mixité.

58 Avril 2021, amendement présenté à l’initiative de Michel Savin, sénateur LR (Les Républicains) de l’Isère.

59 Rapport 595 Présidente Mme Nathalie Delattre, Rapporteur : Mme Jacqueline Eustache Brinio.

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