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La Fabrique de l’Homme nouveau déconstruit à l’INSPE de Paris

[par Emmnuelle Hénin]

L’Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation est à la pointe du Progrès, et du vrai : il montre le chemin dans la fabrique de l’Homme nouveau, ou plutôt de l’ho.fe.mme nouve.ll.eau.e. J’ai pu en faire l’expérience en pénétrant par hasard dans une salle de l’Inspé de Paris-Sorbonne. En effet, l’institut est adossé à une école primaire d’application : les cobayes sont à portée de main, la cour de récréation jouxte directement les salles d’Inculcation de l’Idéologie aux apprentis enseignants, comme dans un roman d’Orwell.

Comme il est important de (dé)former les esprits le plus tôt possible, les enfants sont sommés de lutter contre les « stéréotypes genrés » dès la classe de CP. L’Éducation Nationale a donc concocté des affiches intitulées « Cassons les stéréotypes », qui présentent des spécimens de l’humanité libérée : une fille est déguisée en chevalier, une autre a des gants de boxe (car on n’apprend jamais trop tôt à se défendre contre les agressions patriarcales) ; à côté, un garçon joue pacifiquement à la corde à sauter, pour rassurer ses congénères quant au fait qu’il ne prétendra jamais à la moindre virilité. Garçons et filles (on rougit d’employer ces expressions périmées) s’égayent ensemble sur un fond vert abstrait, évoquant moins une école (point de bancs, de tableau noir ni de stylo) qu’une zone virtuelle végétalisée proche du nirvana bio. L’affiche semble en cela illustrer le programme des maires écologistes : dégenrer les cours d’école, c’est-à-dire interdire aux garçons et aux filles de se distraire comme ils l’entendent, tout en genrant les budgets municipaux dans le même temps – ne cherchez pas la logique sinon de déconstruire pour le plaisir, et au passage, de détourner l’attention des défis gigantesques que devrait relever l’Éducation Nationale, si elle était fidèle à sa mission originelle. Ce tableau idyllique serait incomplet sans une présence égale des blancs et des « non-blancs » ou « racisés », et en l’occurrence, on est servi : une Noire portant une blouse blanche et un matériel de chimie montre qu’elle est la seule à se soucier des apprentissages et de de son avenir professionnel (pourquoi la seule ?), tandis qu’au premier plan, un garçon tout aussi noir se destine sans doute à la carrière de jongleur. La figure caricaturale de ce jongleur laisse songeur quant aux progrès de la lutte contre le racisme. 

Le décor de la classe nous permet de découvrir le résultat de cette propagande, à travers plusieurs dessins d’enfants. Chacun s’est dessiné et a inscrit sa profession de foi : « Je mapéle Jade et jème les cheveux koure sa me cache pas les yeux », « Je m’appelle Félix et je porte des robes car je trouve ça joli et confortable », « Je m’appelle Mari et j’aime le foute car je gagne et c’est amusant », « Je m’appelle Martin j’aime joué à la poupée ». Les fautes d’orthographe affichées bien en évidence dans la classe sont sans doute un sujet d’amusement, ou d’attendrissement – que voulez-vous, on ne peut pas s’occuper de tout, la rééducation prime depuis longtemps les apprentissages dits « fondamentaux ». 

Nous sommes réduits à imaginer le reste, la séquence pédagogique à laquelle nous n’avons pas assisté. Quiconque a déjà croisé des enfants de six ans comprend qu’ils n’ont pas fait ces dessins spontanément, et que ces phrases ne sont pas sorties toutes seules de leur imagination. Comment le maître a-t-il procédé, quelle technique de suggestion a-t-il employée ? « Es-tu sûr que tu sois un garçon ? Et qu’est-ce qui te le fait croire, le fait de porter un pantalon ? Mais pourquoi ne porterais-tu pas une jupe, finalement ? c’est tellement confortable ! D’ailleurs, à l’époque des rois, tous les enfants en portaient » (l’instituteur pourra opportunément ressortir une fiche de l’époque de Najat Vallaud-Belkacem qui le montre). Tout cela avec les meilleures intentions du monde : amener l’individu en devenir à découvrir sa liberté, à se défaire de ses préjugés et à rompre les attaches avec toute détermination naturelle. 

Vincent Peillon a commis l’imprudence d’en rêver tout haut (« Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents. Ils appartiennent à l’État »), il a dû rapidement démissionner. Belkacem a introduit les ABCD de l’Égalité, mais les associations de parents se sont rebellées. Désormais, les lobbies savent comment s’y prendre et opèrent à bas bruit, bien plus efficacement et bien plus radicalement. Depuis plusieurs années, l’Inspé intègre dans la formation des maîtres des modules pour « lutter contre la transphobie » et « sensibiliser à la problématique transidentitaire/transgenre », agrémentés de « performances artistiques pour lutter contre l’homophobie et la transphobie ». Un ingénieur de recherche est même payé pour orienter les programmes en ce sens. La reproduction idéologique est assurée pour les prochaines décennies, mais son corollaire, l’effondrement définitif de l’école, n’attendra pas aussi longtemps.

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