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Face au RN : mettons les choses au point

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Face au RN : mettons les choses au point

Nathalie Heinich

Chercheuse, sociologue
Les partisans des idéologies identitaires de gauche – celles que nous combattons sur ce site, depuis trois ans et demi, sous le nom de « wokisme » – s’ingénient à assimiler notre démarche à « la droite » voire à « l’extrême droite »... Découvrez l'édito de Nathalie Heinich.

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Face au RN : mettons les choses au point

Les partisans des idéologies identitaires de gauche – celles que nous combattons sur ce site, depuis trois ans et demi, sous le nom de « wokisme » – s’ingénient à assimiler notre démarche à « la droite » voire à « l’extrême droite ». Ainsi, entre tant d’autres exemples, un journaliste de Libération écrivait l’an dernier de mon livre Le Wokisme serait-il un totalitarisme ? que « l’essai pourrait être signé par un idéologue du RN ». Nos adversaires tentent obstinément de nous réduire « ad hitlerum » parce qu’ils n’ont guère d’autres arguments de fond à nous opposer, et se ruent donc sur le plus commode politiquement et le moins coûteux intellectuellement.

Ces allégations ont pour elles, il est vrai, un certain nombre de faits indéniables : aux États-Unis, le combat anti-woke a été essentiellement mené par le parti républicain ; en France, le RN a créé au printemps 2023 une association destinée à lutter contre le wokisme, en approchant au passage certains d’entre nous pour nous y associer – approches que nous avons résolument refusées.

Pourquoi est-il si important de nous tenir à l’écart de ce parti, qui a tenté de récupérer notre cause comme il l’a fait de la laïcité et de la lutte contre l’antisémitisme ? La première raison est que, de façon générale, nous avons toujours fait en sorte de nous tenir à l’écart de quelque parti que ce soit. Car notre cause, si elle est politique au sens large, n’est pas politicienne. Elle concerne la défense de valeurs – l’universalisme, l’autonomie de la science, la liberté d’expression, la liberté de conscience – qui sont, ou devraient être, communes à l’ensemble des partis démocratiques.

Il existe cependant une seconde raison, plus spécifique, de refuser toute récupération de notre combat par le RN. C’est que les « idéologies identitaires » que nous combattons, loin de se limiter à leur version new look impulsée par le communautarisme woke (le déconstructionnisme obscurantiste, le néo-féminisme inquisiteur, le décolonialisme victimaire, le transactivisme agressivement prosélyte et, last but not least, l’islamogauchisme ennemi de la laïcité), sont inscrites de longue date dans l’identitarisme nationaliste – François Rastier et Jacques Robert, notamment, l’ont bien montré dans leurs articles publiés sur notre site.

Certes, les identités ainsi essentialisées par ces diverses formes d’identitarisme ne sont pas les mêmes – nationalistes pour les uns, communautaristes pour les autres – mais ce sont bien, dans tous les cas, des idéologies identitaires, et à ce titre elles font toutes partie de ce que nous combattons, même si, à l’Université, les secondes sont davantage d’actualité que les premières.

Il nous a paru important de réaffirmer ces principes dans le contexte électoral actuel.

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