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Penser « queerement »

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Penser « queerement »

Read More  Il existe désormais des approches biopsychosociales qui refusent de séparer les mondes biologique, psychologique et social pour étudier le sexe et le genre chez l’homme.

La Berlinale a récompensé plusieurs films « queers », dont le documentaire de Paul. B. Preciado, sous la présidence du jury de Kristen Stewart, connue pour défendre la cause LGBTQ +. Pour se (re)mettre à jour côté théorie queer, le « manuel » graphique de Meg-John Barker et Jules Scheele (La Découverte, 2023) est un bon outil, synthétique et ludique. Il permet en quelques pages de faire connaissance avec quantité de théoriciens proto-queers, queers, et post-queers, et de rappeler cette évidence que le non-binaire structure les sociétés depuis la nuit des temps. L’anthropologue américain contemporain Gilbert Herdt a travaillé sur les identités hijra (Inde), tom/dee et kathoey (Thaïlande), bissu, calabai et calalai (Indonésie), pour ne citer que les principales.
Qu’entend-on par queer ? Une théorie qui remet en cause le binarisme des genres et de la sexualité, qui travaille sur les effets sociétaux (politiques, éthiques, économiques, etc.) de l’hétéronormativité, sur les liens entre l’inné et l’acquis, sur la manière d’échapper à la partition entre sexualité normale et sexualité anormale, qui se lie aux travaux sur l’intersectionnalité… Bien sûr Judith Butler, qui pourtant ne s’est jamais revendiquée « queer », mais avant elle des précurseurs comme Kinsey, grand défenseur de la diversité sexuelle, Sandra Bem, qui a travaillé sur l’androgynie, Gagnon et Simon, qui ont débiologisé la sexualité, Adrienne Rich, Monique Wittig, qui ont déconstruit la contrainte à l’hétérosexualité, Kimberlé Crenshaw, qui a démarginalisé l’intersection de la race et du sexe, ou encore Gayle Rubin, qui a dénoncé les idéologies antisexe qui nous oppriment… Puis Teresa de Lauretis, en 1990, a expressément nommé la théorie queer, à l’université de Californie, sur le campus de Santa Cruz, pour lui refuser quelques années plus tard la dénomination de « théorie ».
Gauntlett, Warner, McIntosh, Sedgwick, Fuss, Hegarty, etc. ont poursuivi la déconstruction des catégories sexuelles et autres privilèges « hétéro ». Il existe désormais des approches biopsychosociales qui refusent de séparer les mondes biologique, psychologique et social pour étudier le sexe et le genre chez l’homme, ou chez l’animal. Le queer se mondialise, avec l’apparition des « diasporas queers », autrement dit des espaces queers parmi les groupes ethniques qui se sont dispersés au-delà de leur pays d’origine.
La pensée « queer », radicale, peut fonctionner d’une tout autre manière, comme nous y invite Lisa Duggan, citant Barthes : « Il faut feindre volontairement de rester à l’intérieur de cette conscience normative et (…) la délabrer, l’affaisser, l’effondrer sur place, comme on ferait d’un morceau de sucre en l’imbibant d’eau. » À vos petites cuillères.  

Il existe désormais des approches biopsychosociales qui refusent de séparer les mondes biologique, psychologique et social pour étudier le sexe et le genre chez l’homme.

La Berlinale a récompensé plusieurs films « queers », dont le documentaire de Paul. B. Preciado, sous la présidence du jury de Kristen Stewart, connue pour défendre la cause LGBTQ +. Pour se (re)mettre à jour côté théorie queer, le « manuel » graphique de Meg-John Barker et Jules Scheele (La Découverte, 2023) est un bon outil, synthétique et ludique. Il permet en quelques pages de faire connaissance avec quantité de théoriciens proto-queers, queers, et post-queers, et de rappeler cette évidence que le non-binaire structure les sociétés depuis la nuit des temps. L’anthropologue américain contemporain Gilbert Herdt a travaillé sur les identités hijra (Inde), tom/dee et kathoey (Thaïlande), bissu, calabai et calalai (Indonésie), pour ne citer que les principales.

Qu’entend-on par queer ? Une théorie qui remet en cause le binarisme des genres et de la sexualité, qui travaille sur les effets sociétaux (politiques, éthiques, économiques, etc.) de l’hétéronormativité, sur les liens entre l’inné et l’acquis, sur la manière d’échapper à la partition entre sexualité normale et sexualité anormale, qui se lie aux travaux sur l’intersectionnalité… Bien sûr Judith Butler, qui pourtant ne s’est jamais revendiquée « queer », mais avant elle des précurseurs comme Kinsey, grand défenseur de la diversité sexuelle, Sandra Bem, qui a travaillé sur l’androgynie, Gagnon et Simon, qui ont débiologisé la sexualité, Adrienne Rich, Monique Wittig, qui ont déconstruit la contrainte à l’hétérosexualité, Kimberlé Crenshaw, qui a démarginalisé l’intersection de la race et du sexe, ou encore Gayle Rubin, qui a dénoncé les idéologies antisexe qui nous oppriment… Puis Teresa de Lauretis, en 1990, a expressément nommé la théorie queer, à l’université de Californie, sur le campus de Santa Cruz, pour lui refuser quelques années plus tard la dénomination de « théorie ».

Gauntlett, Warner, McIntosh, Sedgwick, Fuss, Hegarty, etc. ont poursuivi la déconstruction des catégories sexuelles et autres privilèges « hétéro ». Il existe désormais des approches biopsychosociales qui refusent de séparer les mondes biologique, psychologique et social pour étudier le sexe et le genre chez l’homme, ou chez l’animal. Le queer se mondialise, avec l’apparition des « diasporas queers », autrement dit des espaces queers parmi les groupes ethniques qui se sont dispersés au-delà de leur pays d’origine.

La pensée « queer », radicale, peut fonctionner d’une tout autre manière, comme nous y invite Lisa Duggan, citant Barthes : « Il faut feindre volontairement de rester à l’intérieur de cette conscience normative et (…) la délabrer, l’affaisser, l’effondrer sur place, comme on ferait d’un morceau de sucre en l’imbibant d’eau. » À vos petites cuillères. 

 

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