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CNCDH, entre démarche militante et légèreté scientifique (2/2)

[par Philippe d’Iribarne]

Cet article fait suite au précédent article CNCDH 1/2 qui présente les enjeux de rédaction du rapport dont il est question (cliquer ici pour y accéder).

Pour mieux cerner les enjeux des rapports de la CNSDH, nous reproduisons ici avec son accord un extrait de Philippe d’Iribarne, Islamophobie. Intoxication idéologique, Albin Michel, 2019, pages 23-36 


Selon une vision relativement commune, la façon dont la composante majoritaire des sociétés occidentale considère l’islam ne reposerait que sur un tissu de préjugés. En France, la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) est en pointe pour répandre cette vision. Dans son rapport annuel, La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie1, elle dépeint la société française comme hantée par une islamophobie viscérale qui affecterait sans nuances le regard porté sur l’islam et les musulmans. 

Dans cette représentation, le degré d’ouverture à l’égard de « l’autre » est vu comme l’alpha et l’oméga des rapports que l’on entretient avec lui. Les Français, indifférents à la manière d’être et d’agir d’autrui, réagiraient d’une manière aveugle envers ceux qui ne leur ressemblent pas. Si tel « autre » particulier est rejeté, cela n’aurait rien avoir avec ce qu’il a en propre ; ce ne serait qu’une « facette » d’un rejet général de « l’autre » dont « seules varient les cibles et les modalités2 ». Une attitude générale de fermeture à l’autre, associant l’autoritarisme3 et l’ethnocentrisme4, enfermerait dans un monde de préjugés. 

Le regard porté sur l’islam et les musulmans est présenté comme une simple déclinaison d’une telle fermeture. On aurait affaire à une « attitude d’hostilité systématique envers les musulmans, les personnes perçues comme telles et/ou envers l’islam », à une « aversion5 », associée à une forme renouvelée de « racisme », un racisme « différentialiste », qui sévit « quand les manières de vivre, de penser et de croire de l’autre sont jugées trop différentes du groupe auquel on s’identifie6. ».  Si tous les Français ne réagissent pas de façon identique c’est simplement que tous n’ont pas le même degré de fermeture.

Quel rôle joue, dans ce tableau, la réalité de l’islam et en particulier ce que le monde musulman donne à voir ? Cette réalité est tout simplement hors sujet. Il n’est jamais question de l’absence de liberté de conscience dans les pays musulmans, même là où prévaut un islam dit modéré, ou de l’inégalité entre hommes et femmes, par exemple en matière d’héritage. La connaissance que les personnes interrogées ont du monde musulman est jugée sans intérêt. Quand des réactions négatives provoquées par l’existence d’éléments problématiques associés à l’islam sont évoquées, ce n’est jamais pour les trouver sensées et toujours pour les mettre au passif de ceux qui réagissent. Ainsi, le rapport note que « l’essor de l’islamisme radical, la multiplication d’attentats commis en son nom, les débats autour du voile et des signes religieux dans l’espace public, ont progressivement mis l’islam au cœur du débat politique ». « Un conflit de valeurs, considérant la religion musulmane et ses pratiques en contradiction avec le principe de laïcité et avec les droits des femmes et des minorités sexuelles » est bien mentionné. Mais il n’est pas question de voir dans ce conflit une source légitime de réserves envers l’islam. Il est affirmé, au contraire, qu’une « nouvelle islamophobie » est à l’œuvre et que celle-ci ciblerait l’islam « au nom d’une défense de la laïcité et des valeurs républicaines (égalité, droit des femmes, droits des minorités sexuelles). ». Cette défense des valeurs républicaines ne serait donc qu’une apparence visant à camoufler des réactions en fait racistes, avec pour effet d’« inverser la causalité et de rejeter la responsabilité du racisme sur ceux qui en sont les victimes7. ».

De manière générale, quand certains éléments de fait influencent négativement les opinions exprimées à l’égard de l’islam, ce ne peut être, pour les auteurs de l’étude, qu’en alimentant les préjugés et le racisme et jamais en offrant des éléments pertinents de jugement. Cela détermine la manière même dont les questions correspondante sont posées. Ainsi il n’est pas demandé si certains comportements objectivement peu acceptables peuvent justifier des réactions négatives, mais si « certains comportements peuvent parfois justifier des réactions racistes ». Du coup, on voit émerger une majorité8 qui est amenée à déclarer que des comportements « racistes » sont justifiés, faute de pouvoir simplement affirmer qu’il existe des comportements inacceptables. 

Si le terrorisme islamique est évoqué, c’est là encore pour inscrire les réactions qu’il suscite au passif de ceux qui s’en inquiètent. Il suffit pour obtenir ce résultat d’affirmer qu’associer ce terrorisme à l’islam ne relève que de préjugés : « Il est absolument indispensable de rester vigilant sur la persistance de certaines peurs, en particulier à l’égard de l’islam, trop souvent confondu avec l’idéologie apocalyptique des terroristes de Daech. De la peur aux préjugés, le chemin est court9. » 

Des Français pleins de discernement 

Pour l’étude il va de soi que les réactions envers l’islam et les musulmans ont un caractère irrationnel et global. Du coup, elle ne veut rien savoir du fait que les réactions envers les divers marqueurs de l’islam sont à la fois diverses et sensées. Il n’est pas question de se demander si, dans la réalité de la vie sociale, divers traits associés à l’islam alimentent, chez un même individu, des réactions différentes. Or, en fait, de l’aveu même de l’étude, les réactions d’une même personne diffèrent selon les marqueurs de l’islam. D’un côté « certaines pratiques religieuses musulmanes » sont « perçues comme difficilement compatibles avec la société française ». Ainsi, une très grande majorité (86 %) estime que « le port du voile intégral » peut « poser problème pour vivre en société », et ce chiffre reste nettement majoritaire quand il concerne le simple « port du voile » (58%) ou le « port du burkini (59 %). L’interdiction de montrer l’image du prophète Mahomet (46 %) suscite aussi des réserves importantes ». Par contre, « les Français sont nettement moins choqués par ‘le sacrifice du mouton’ (34 %), ‘les prières’ (31 %), ‘l’interdiction de consommer de la viande de porc ou de l’alcool’ (27 %) et enfin ‘le jeûne du Ramadan’ (24 %)10 ». Ces nuances, qui ne sont l’objet d’aucune interprétation, sont pourtant fort instructives. Le jeûne du ramadan, un des cinq piliers de l’islam, dont la dimension religieuse est incontestable, devrait être ce qui est le plus mal vu si c’était l’islam en soi qui était rejeté. Or, au contraire, c’est ce qui est le mieux vu, bien que sa pratique puisse parfois poser problème dans la vie de travail. Simultanément, le port du voile, qui est mal vu, n’a qu’un rapport problématique avec la dimension religieuse de l’islam. Il est l’objet de conflits intenses au sein même du monde musulman où il oppose celles qui refusent de le porter à des tenants d’un islamisme militant qui cherchent à l’imposer. Y être hostile ne veut nullement dire être hostile à l’islam en tant que tel, mais à une certaine pratique de l’islam.

On peut rapprocher ces données de celles recueillies par ailleurs auprès de responsables d’entreprises et de représentants du personnel11. A nouveau, on n’a nullement une réaction d’un bloc aux divers marqueurs de l’islam. 

Certaines manifestations sont vivement rejetées12. Ainsi, quand on leur demande s’ils considèrent comme acceptable « qu’une personne refuse de s’asseoir là où une personne de l’autre sexe s’est précédemment assise », seulement 4% des dirigeants et 9% des représentants du personnel répondent positivement13. C’est seulement le cas pour 10% des dirigeants et 19% des représentants du personnel s’il est envisagé « qu’une personne refuse de serrer la main d’une personne de l’autre sexe ». A l’inverse 93% des dirigeants et 89% des représentants du personnel considèrent comme acceptable « qu’une personne pose un jour de congés pour raisons religieuses ». Il en est de même pour 83% des dirigeants et 88% des représentants du personnel s’il est envisagé « qu’une personne jeûne pendant ses heures de travail ». A un niveau intermédiaire, 43% des dirigeants et 51% des représentants du personnel considèrent comme acceptable « qu’une personne refuse de manger avec ses collègues de travail ». Avec une question formulée autrement, 79% des dirigeants et 75% des représentants du personnel se déclarent opposés au port du voile dans leur entreprise14.

A travers cette variété de positions, on voit que ce n’est pas une attitude générale envers l’islam et les musulmans qui est à l’œuvre, mais le souci du bon fonctionnement de l’entreprise. Ce qui, dans les manières d’être associées à l’islam, manifeste un rejet des autres dans la vie même de travail (refus de serrer la main d’une personne de l’autre sexe et encore plus de s’asseoir là où elle était assise), générateur de tensions nuisibles à une bonne coopération au sein du personnel, n’est pas toléré. Il en est presque de même pour le port du voile, dont la dimension de symbolisation d’un ordre qui discrimine les femmes est bien perçue. Le refus de manger avec ses collègues, qui n’affecte pas directement la vie de travail mais reste indirectement défavorable à une bonne entente suscite des réticences plus limitées. Enfin ce qui n’affecte pas les relations de travail et la qualité de coopération entre les membres de l’entreprise (poser un jour de congé pour raisons religieuses, jeûner pendant les heures de travail) est très largement accepté, même si cela peut parfois être source de complications dans la vie de l’entreprise. 

Ces différences de réactions renvoient à l’opposition générale entre ce qui est lié à une démarche spirituelle, tel le jeûne, qui est bien accepté, et ce qui relève de l’imposition d’un ordre social, avec la place que celui-ci réserve aux femmes, comme le refus de s’assoir là où une femme s’est assise, qui est massivement rejeté. 

Les auteurs du rapport de la CNCDH ne veulent pas voir que ces différences sont incompatibles avec leur thèse selon laquelle on a affaire à des réactions globales envers l’islam dans sa globalité. Du coup, ils se gardent bien de les remarquer et de les analyser. De plus la manière dont ils formulent leurs questions permet de masquer une bonne part du discernement qui est à l’œuvre. Prenons la question portant sur le degré d’accord avec l’affirmation : « Les Français musulmans sont des Français comme les autres ». Considérer les « Français musulmans » en bloc interdit à la personne interrogée de tenir compte de l’extrême diversité des rapports que les musulmans entretiennent avec la société française15. Il ne lui reste plus qu’à choisir entre deux caricatures, en répondant soit qu’elle est d’accord, comme si tous les musulmans étaient parfaitement assimilés, soit qu’elle n’est pas d’accord, comme si tous se tenaient volontairement à part. Cette manière d’interdire toute vision nuancée de l’islam se retrouve quand il est demandé aux personnes interrogées si elles ont une opinion plus ou moins positive de « la religion musulmane » en général ou si elles sont d’accord avec l’affirmation, là encore générale, « l’Islam est une menace pour l’identité de la France16 ».

La vision de l’islam des personnes dites « ouvertes »

Pour affirmer que le facteur clé de la vision de l’islam est la fermeture générale à l’autre, quel qu’il soit, le rapport s’appuie sur un argument massue : plus une personne témoigne globalement d’ouverture à l’autre plus le regard qu’elle porte sur l’islam est favorable17. Or les données concernant ceux considérés par le rapport comme les plus ouverts sont incompatibles avec cette affirmation. 

Le cas de ceux qui sont classés comme « pas du tout autoritaires » est riche d’enseignements. Parmi eux, 10 % sont « ethnocentriques » et 14 % « antisémites » ; l’on est bien là dans la vision promue par le rapport. En revanche 34 % sont « islamophobes ». L’interprétation de ces différences qui paraît la plus sensée est que la réalité de l’islam compte, qu’il a objectivement une face sombre, ce fait ayant pour conséquence que les plus « ouverts » restent relativement réservés à son égard. Mais le rapport n’envisage même pas qu’il puisse en être ainsi. Prêter attention à ce fait violerait son postulat central d’omnipotence des préjugés. 

On retrouve à diverses occasions cette vision pour le moins mitigée de l’islam chez ceux qui appartiennent à des groupes ayant dans l’ensemble une attitude « ouverte », elle-même associée à la position politique, à l’âge et au niveau d’instruction. Mais, là encore, cela ne conduit pas les auteurs de l’étude à s’interroger sur la validité de leur postulat.

Prenons les effets de l’orientation politique – « L’intolérance, note le rapport, s’élève à mesure qu’on s’approche du pôle droit de l’échiquier politique, où prédomine une vision hiérarchique et autoritaire de la société. ».  Ceci n’empêche pas que l’opinion « l’Islam est une menace pour l’identité de la France », partagée par 46% des enquêtés, se rencontre « chez une minorité significative de sympathisants de gauche (34%) 18». De même encore, les « très laïques de gauche » se montrent beaucoup moins nombreux à être « ethnocentriques » que les « très laïques » de droite (18 % chez les premiers, 74 % chez les seconds). Or le contraste entre eux est beaucoup moins net en matière d’ « aversion à l’islam » : le pourcentage de ceux que l’étude présente comme « islamophobes » décroit seulement de 49 %  à 34 % en allant de la droite vers la gauche19.

Parallèlement, affirme l’étude, le diplôme « protège […]  contre l’ethnocentrisme et l’antisémitisme, pas des préjugés envers l’islam 20». Il paraitrait raisonnable de se demander si cela n’est pas dû au fait qu’une vision éclairée, tout en protégeant des préjugés, favorise une juste appréhension des faits. 

Cette réaction peu favorable à l’islam des « pas du tout autoritaires » pose d’autant plus question que leur orientation idéologique est susceptible de les conduire regarder celui-ci sous un jour exagérément favorable. Ce biais idéologique paraît patent dans leurs réponses.

Pour identifier ceux qui sont déclarés islamophobes, l’étude de la CNCDH se fonde sur cinq questions. Quatre d’entre elles concernent le regard porté sur certaines pratiques associées à l’islam (le jeûne du ramadan, les prières, le sacrifice du mouton lors de l’Aïd El Kebir, le port du voile). Il est demandé, pour chacune d’elles, si elles « peuvent, en France, poser problème pour vivre en société 21 ». Une autre question compare ce qu’évoquent les religions musulmane et catholique. Moins chaque réponse est favorable à l’islam, plus elle est vue comme un indice d’« aversion à l’islam22 ». 

Il est bien difficile d’être réputé « sans aversion envers l’islam ». Prenons le port du voile. Hésiter seulement, répondre mollement « non, pas vraiment » plutôt qu’énergiquement « non pas du tout », quand il est demandé si celui-ci peut poser problème pour vivre en société suffit, selon l’étude, à « dénoter » une « aversion à l’islam ». Or, comment quelqu’un qui porte un minimum d’attention à la réalité sociale pourrait-il s’affirmer certain que le port du voile ne pose aucun problème ? Peut-on proclamer sans sourciller que la contrainte sociale dont ce port est l’objet dans certains quartiers ne pose aucun problème ? Et que le mépris, loin d’être anecdotique dans les mêmes quartiers, pour la loi interdisant de dissimuler son visage dans l’espace public n’en pose pas non plus ? Pour les auteurs de l’étude, il est nécessaire de ne prêter aucune intention à la réalité de la vie sociale si l’on veut être réputé exempt d’aversion envers l’islam, ce qui est le cas de 22 % des répondants.

L’existence de ces répondants est difficilement compréhensible si l’on néglige l’existence, dans une partie de la population, d’un déni idéologique des problèmes posés par l’islam. Le rapport considère que le seul biais idéologique possible est défavorable à l’islam, que les préjugés le concernant ne peuvent être que défavorables23. Il n’est jamais envisagé, ne serait-ce qu’à titre d’hypothèse, que, si leurs préjugés poussent certains à regarder l’islam avec des lunettes noires, ils en poussent d’autres à le faire avec des lunettes roses, et que le réalisme n’est pas nécessairement du côté des seconds.

La manière dont sont traitées les réponses à la question comparant les opinions à l’égard de l’islam et du catholicisme est également significative. On peut être surpris que celui qui, jugeant la religion musulmane « assez positive », exprime à son égard une certaine sympathie, puisse quand même être réputé faire preuve d’aversion envers l’islam. Il suffit pour cela, selon l’étude, qu’il ait une opinion « très positive » de la religion catholique. Pour être réputé dénué d’aversion envers l’islam, il faut partager la conviction musulmane selon laquelle l’islam serait la meilleure des religions.  

Niveau de tolérance et origines étrangères

En même temps qu’il fournit une présentation à charge de la composante majoritaire de la population, le rapport cherche à susciter un regard favorable sur les composantes minoritaires. Il affirme à cet effet que « le fait d’avoir dans sa famille ne serait-ce qu’un parent ou grand-parent étranger est un facteur d’ouverture incontestable. » Le « score d’ethnocentrisme » des « Français sans ascendance étrangère » est beaucoup plus élevé que celui des interviewés « d’origine non européenne » « dès lors qu’ils ont au moins un parent ou grand-parent venu du Maghreb ou d’Afrique noire24 ». On retrouve la même opposition pour le score d’aversion à l’islam25

Quand on regarde la manière dont est construite l’échelle d’ethnocentrisme, on voit qu’une telle affirmation est l’expression d’un simple artefact lié à la manière dont les échelles d’attitude ont été construites26. Les réponses à sept questions sont retenues pour distinguer les individus qualifiés d’ « ethnocentriques ». Il s’agit chaque fois de donner son degré d’accord27  à une affirmation. Quatre d’entre elles concernent les immigrés en général (« Les travailleurs immigrés doivent être considérés ici comme chez eux puisqu’ils contribuent à l’économie française », « La présence d’immigrés est une source d’enrichissement culturel », « Il faudrait donner le droit de vote aux élections municipales pour les étrangers non européens résidant en France depuis un certain temps », « Il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France »). Deux concernent les musulmans (« Les Français musulmans sont des citoyens comme les autres » et « Il faut permettre aux musulmans de France d’exercer leur religion dans de bonnes conditions »). Et une concerne les juifs (« Les Français juifs sont des Français comme les autres »). Les réponses les moins favorables aux immigrés, aux musulmans et aux juifs sont considérées comme autant d’indicateurs d’ethnocentrisme28.

On retrouve ici combien l’étude est marquée par une croyance dans le rôle souverain de facteurs internes, propres à chaque individu, qui en font quelqu’un d’ouvert ou fermé en toutes circonstances et à l’égard de tout autre quel qu’il soit, quelques relations concrètes qu’il entretient avec lui. Cette croyance est telle qu’elle ne s’interroge pas sur la façon dont son degré d’ouverture spécifique envers tel ou tel autre est conditionné par ces relations. Du coup, il est exclu de réfléchir au fait que quelqu’un issu de l’immigration aura sans doute un regard spécialement favorable sur ceux qui en sont également issus, un musulman un regard spécialement favorable sur les musulmans. Pour autant, cela ne signifie rien sur leur degré d’ouverture à l’autre en général

Un élément aurait pourtant dû inciter les auteurs du rapport à s’interroger. Contrairement à ce qu’on observe pour « l’aversion à l’islam », « le niveau de préjugés envers les juifs des répondants avec une ascendance étrangère est comparable à celui du reste de la population, et légèrement supérieur chez les personnes avec des parents et/ou grands-parents nés au Maghreb ou en Afrique subsaharienne29. ». Si les réactions négatives envers les juifs et les musulmans n’étaient que diverses « facettes d’un même rejet de l’autre » sans que les particularités des uns et des autres entrent en jeu, ce contraste serait incompréhensible. Il ne l’est nullement si l’on s’intéresse aux rapports sociaux au lieu de s’enfermer dans une approche purement psychologique ne voulant connaître qu’une attitude générale envers « l’autre ».

En fait, cette comparaison entre les attitudes de ceux qui sont plus ou moins liés à l’immigration est l’expression d’une étude militante. Il ne s’agit pas de chercher quel est le degré d’ouverture de divers segments de la population à l’autre différent, ce qui aurait demandé de poser aux personnes issues de l’immigration des questions susceptibles de révéler leur ouverture à l’égard de celles qui n’en sont pas issues. L’objectif est de dénoncer, avec une apparence d’objectivité, la « fermeture » de la composante majoritaire de la société française.

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