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Au suivant!… Le « postféminisme » du genre contre la « doxa républicaniste » de l’égalité des sexes (Aix-Marseille Université)

La troisième séance du cycle de séminaires, autour de la notion de genre, intitulée :

Genre, sexe et naturalisme

se tiendra le jeudi 31 mars 2022,
de 14h à 17h en salle Colloque 1 — bâtiment multimédia

« Essentialisme ou constructionnisme: quels enjeux pour l’égalité ? »
Gilda DEROUET, IHP (UR 3276, AMU)

Essentialisme et constructionnisme trouvent leurs sources bien plus tôt qu’on pourrait le penser. L’essentialisme est premier, promu par des hommes pour inférioriser les femmes. A la fin du XVIIIe siècle le courant différentialiste apparaît et révèle les qualités détenues par les femmes. Ce courant est porté par des féministes qui revendiquent des droits en tant que mère et épouse. Le constructionnisme s’est particulièrement développé au XIXe siècle. Les féministes qui l’évoquent, sans le nommer, revendiquent des droits civils et politiques. Ces deux concepts se sont enrichis et, tout en s’appuyant sur leurs sources d’origine, sont devenus plus complexes. Ils reconnaissent tous les deux l’existence d’une domination masculine ou du patriarcat et revendiquent aujourd’hui une véritable égalité entre les femmes et les hommes mais à partir d’un modèle du monde qui reste différent. Ces modèles permettent-il d’appréhender l’égalité entre les femmes et les hommes de la même façon, quelles en sont les limites, s’il en existe, et comment les dépasser ?

« L’antagonisme sexe versus genre comme angle épistémologique : une posture discutable en psychologie sociale »
Céline DENTELLA, PôPs, DCM-MODIS (ULL2)
Entre le postféminisme, la queer theory, le genre « conceptuel » et toutes les théories sur l’identité et le genre, nous avons de quoi faire trembler les croyances sociales selon lesquelles les femmes par essence seraient ceci ou cela. Et pourtant, au sein des disciplines des sciences humaines et sociales, nous continuons à déployer en vain des postures différentes lorsqu’il s’agit de traiter la question de l’effet du genre ; tout un tas de termes divergents pour dénoncer in fine les mêmes problématiques systémiques (rapport sociaux de sexe, différences de sexe, identité sexuée, identité de genre, stéréotype de genre, etc.). Au cours de mes recherches sur les questions de genre, j’ai été prise d’assaut à la fois par les divergences épistémologiques sur ces questions et par mes obligations en tant que « chercheuse », financée par une institution étatique. Lorsqu’on nous demande de travailler au nom de l’égalité des « sexes » car telle est la doxa républicaniste : ne nous empêcherait-on pas toutes réflexions féministes sur les questions du genre ? Brandir, telle une bandita, une méthodologie féministe, se présente comme un trouble-fête vis-à-vis de la posture neutre et objective à adopter en recherche. Je vous propose dans cette communication d’apprécier la question qui m’a tourmentée pendant mes deux premières années de thèse : À quoi sommes-nous confrontées comme joutes épistémologiques lorsque nous décidons de considérer l’effet du genre dans nos recherches en psychologie sociale ?

« Naturalisme et genre dans la médecine procréative française : perspective socioanthropologique »
Manon VIALLE (UMR 7317, AMU)

À partir des travaux issus de ma thèse en sociologie sur le traitement de l’infertilité féminine liée à l’âge en assistance médicale à la procréation (AMP) en France, je propose une analyse des discours naturalistes dans le champ de la médecine procréative, justifiant des prises en charge médicales inégales selon le genre.
Je reviendrai tout d’abord sur les apports d’anthropologues féministes ayant montré et critiqué de longue date comment la médecine s’est constituée autour d’une idéologie naturaliste renvoyant les femmes du côté de la nature, sans équivalent pour les hommes, justifiant ainsi des traitements et places inégales au sein de la société.
Cette vision binaire a influencé jusqu’à la constitution des lois de bioéthique encadrant l’accès aux techniques d’asssistance médicale à la procréation et a justifié des limites de prises en charge asymétriques selon le genre. Mais elle a également légitimé des discours moralisateurs envers les personnes qui souhaitent recourir à ces techniques sans se conformer au modèle naturaliste en vigueur, comme dans le cadre des volontés de prise en charge de l’infertilité liée au vieillissement chez les femmes, au célibat, à l’homosexualité ou à la transidentité. En développant plus particulièrement la première de ces situations, je montrerai comment l’étude empirique permet de dépasser les visions dichotomiques qui façonnent ces discours, ces pratiques médicales et réitèrent les différences de genre.
Je terminerai en revenant sur les modifications récentes des lois de bioéthique afin d’interroger l’impact de ces dernières entre dépassement du bagage naturaliste dans la médecine procréative française et permanence de ce dernier.


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