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Badinter-marché

On apprend avec stupeur que le corps enseignant d’un petit collège savoyard arefusé que ce collège prenne le nom de Robert Badinter, au motif que son nom rappellerait aux élèves celui du supermarché où ils vont faire leurs courses. Ils pourraient se tromper, effectivement, et entrer au collège pour acheter des carambars, ou prendre le directeur du supermarché pour leur professeur principal. De la même façon, il faudra éviter de nommer un lycée du nom de Casimir Périer, pour ne pas confondre avec le Casino du quartier, ni du nom de Claire Bretécher, à cause du Centre Leclerc du voisinage : les gamins sont si mauvais en orthographe qu’ils feraient la confusion. Et si le RN arrive au pouvoir, il faudra, à l’inverse, que Carrefour change de nom pour que les militants victorieux ne puissent réitérer le calembour lepénien « carrefour crématoire ».

Une autre raison pour ce refus est le fait que les collégiens ne connaissent pas le nom de Robert Badinter : la faute en est à nos gouvernants et aux média qui n’ont pas songé à diffuser la cérémonie de l’hommage national sur TikTok. Mais à ce compte-là, combien d’élèves connaissent le nom que porte leur collège ? Bon, le lycée Champollion à Figeac ne doit pas poser ce genre de problème. Mais qu’en est-il du collège Emmanuel-Dupaty à Blanquefort ou du collège Victoire-Daubié à Bourg-en-Bresse ? On pourrait faire un quiz dans tous les collèges et lycées de France et on n’aurait que peu de réponses justes : effectivement, ce sont souvent d’illustres inconnus qui ont donné leur nom à ces établissements, le cas de Robert Badinter ne serait pas unique. Et puis c’est un peu le local de l’étape, il a habité à 100 km de là quand il était jeune, réfugié pendant l’occupation.

Il reste une troisième hypothèse que je n’envisage pas : on dit que les profs sont, dans leur immense majorité, de fervents militants laïques, républicains et universalistes, et le combat contre la peine de mort qu’a conduit Robert Badinter il y a plus de 40 ans a dû les enthousiasmer. Or il n’y a plus guère que les militants du RN pour avoir parfois la nostalgie de la peine de mort, et les profs se sont mobilisés en masse contre le RN : donc l’hypothèse qu’ils s’opposent à l’un des plus grands succès moraux de Badinter ne tient pas.

Mais, au fait, il était pas juif, Badinter ?

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Jacques Robert

Professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux