Édito du 3 septembre

[par XLS]

Réalité décalée

Très récemment dans un article de l’Express, Michel Wieviorka expliquait que « la menace « woke » serait grandement exagérée par des militants réactionnaires. » Il faut donc se féliciter d’emblée du grand progrès que ce texte constitue qui reconnaît explicitement pour la première fois que les idéologies du genre et de la race sont « une menace ».

Ah la belle affaire: elle est petite ! vous dit-on. À peine un danger, tout au plus un soupçon – rien de plus. Allons, de quoi s’agit-il ? Rien de bien méchant – Insoutenable légèreté de l’être… Il le dit lui-même dans son texte: « il faut déjà éviter les amalgames ». Car s’en prendre au « wokisme », c’est « attaquer la gauche » – étant entendu que la gauche et le wokisme ne font qu’un; c’est donc être réactionnaire. C’est « manquer de vocabulaire », c’est manquer de subtilité et de « hauteur de vue ».

Réalité recadrée

Car il faut voler à des altitudes vertigineuses pour comprendre que la menace ne pèse pas et qu’elle n’est que légèreté, élégance et subtile affaire d’interprétation. Pourtant, dans son récent discours aux Universités d’été du PS, Olivier Faure faisait résonner des mots qui semblaient laisser entrevoir une autre façon de voir les choses :

« La laïcité n’est pas négociable. Elle n’a à être ni ouverte, ni fermée ». Et « en ce mois d’août 2021, Marianne est Afghane ! » lance le premier des socialistes. Il continue sur le thème de la République, dont la vision divise parfois son camp. La gauche, « plutôt que de s’égarer sur les chemins du woke ou de l’indigénisme, doit tenir fièrement le drapeau républicain, c’est ainsi qu’elle restera éveillée », estime Olivier Faure.

Voir l’article de Samuel Mayol sur le sujet

Se pourrait-il alors que la menace soit plus pressante que certains ne le pensent ? L’actualité de cet été fut riche qui laisse penser qu’il faut au contraire rester vigilant et sur ses gardes. Un exemple ? La Royal Society of Chemistry vient d’émettre une directive pour l’élimination du contenu inapproprié dans ses revues et livres. Le propos est sans équivoque:

As an author, please consider that words, depictions and imagery have the potential to cause offence. The concept of offence/offensiveness is subjective, and may mean different things to different people.

Le spectre des offenses est large:

Any content that could reasonably offend someone on the basis of their age, gender, race, sexual orientation, religious or political beliefs, marital or parental status, physical features, national origin, social status or disability.

Expurger de ses publications les contenus inappropriés au prétexte qu’ils choqueraient le lecteur: cela portait un nom autrefois. Et dans les bibliothèques, ces contenus ont une place de choix qu’on appelle l’enfer.

Ce même enfer qu’on dit pourtant pavé de bonnes intentions…

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