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Lynch and McCarthy

Par Claude Z. Blanche

Merci. 


Pardon. 
Excusez-moi. 
Désolé. 
Je le ferai plus. 
Je suis affligé. 
Honteux. 

Où est ma discipline à lanières de chanvre avec des pointes qui font mal ? Fort bien résumé ici, c’est un drame urbain de notre époque : un écolo utilise le mot lynchage, vexant ainsi les décoloniaux qui considèrent en être dépositaires. Amandine Gay le tance. Il s’excuse. Se couche. Se vautre dans la mortification.

Mais comme il veut continuer à faire de la politique et à diriger représenter le peuple, il faut qu’il montre de quelle étoffe il est fait. On n’est pas déçu. 

Il évoque certes le petit rongeur se carapatant dans son terrier pour échapper aux gros prédateurs. Éventuellement, l’agile impala qui se sauve devant les crocs du léopard. Mais c’est surtout à un petit garçon fragile de CM1 qu’on ne peut s’empêcher de songer. 

Il s’aplatit avec la pusillanimité du garçonnet qui a désespérément besoin de se faire aimer, vois-tu, qui veut qu’on lui tende la main, qu’on lui accorde un peu de tendresse, parce que c’est dur d’être un homme, tu sais, et que les grands dans la cour, ils tapent, des fois.

C’est terrible de ne pas savoir quel mot utiliser sans se faire taper sur les doigts, craindre la rude férule de l’instituteur décolonial qui t’apprend la morale citoyenne en t’humiliant devant tes camarades de twitter.

Le mec n’ose même pas parler. Paniqué, il demande la permission et s’enquiert — avec dans la voix les tremblements de sanglots réprimés, c’est dingue ça s’entend même sur écran — de la formule à utiliser pour plaire à ses maîtres. Il lève le doigt avant de dire une connerie. Comme c’est un élève appliqué, il note. Il obéit. Et il récite par cœur sa leçon de vocabulaire sans même tricher en regardant dans son cahier : « violences systémiques contre les personnes racisés ». Je crois qu’il attend encore qu’on lui donne un bon point. Le paillasson idéologique dans toute sa crasse splendeur. La carpette de la pensée.

Avec des guerriers de la sémantique comme ça, on n’est pas sorti des ronces. 

Ce sont des gens qui croient — c’est de la croyance — que les mots « appartiennent » à d’autres gens. On ne sait pas si ces propriétaires sont des classes sociales, des groupes historiques ou juste des militants sourcilleux.

On assiste donc au retour de la magie, du talisman, du blasphème. C’est un blasphème laïque, idéologique, mais bel et bien un tabou que des autorités tatillonnes contrôlent, en directeurs de conscience zélés qui veillent à l’orthodoxie.

Bon, histoire de faire de l’histoire, voici un résumé du lynchage :

1835, « inflict severe (but not deliberately fatal) bodily punishment (on someone) without legal sanction, » from earlier Lynch law (1811), in reference to such activity, which was likely named after William Lynch (1742-1820) of Pittsylvania, Virginia, who c. 1780 led a vigilance committee to keep order there during the Revolution. (…)

Originally any sort of summary justice, done without authority of law, for a crime or public offense; it especially referred to flogging or tarring-and-feathering. At first the act was associated with frontier regions (as in the above citation), though from c. 1835 to the U.S. Civil War it also often was directed against abolitionists. The narrowing of the meaning to « extra-legal execution by hanging » is evident by the 1880s, and after c. 1893 lynching mostly meant killings of blacks by white mobs (especially in retaliation for alleged sexual assaults of white women). This shift in use seems due in part to the work of African-American journalist and activist Ida B. Wells.

Donc, lynch vient plutôt de la Révolution américaine et les connotations raciales n’émergent qu’à la fin du XIXe siècle. Va-t-on dire que ces connotations sont inadéquates et que Ida B. Wells s’est approprié le mot ? Que les mots appartiennent de droit à ce qu’ils désignent ? On peut aussi interdire l’évolution historique, si vous voulez ? Parce que, ô surprise, tous les mots ont toujours changé de sens. Stupéfiant, non ?

  • Et pourquoi, je vous prie ? 
  • Parce qu’on les utilise dans plein de circonstances différentes…
  • Nôôôn, dites-moi pas que c’est pas vrai ?! Alors j’ai le droit d’utiliser « lyncher » comme je veux ?
  • Non, mon fils, c’est mal : c’est un mot américain, ça serait de l’appropriation culturelle.

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