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UCLA a réintégré Gordon Klein. Qui restaurera sa réputation?

par Alex Morey
12 octobre 2020
traduit de l’anglais par l’Observatoire du décolonialisme
(version originale sur le site thefire.org)

Gordon Klein, membre du corps professoral de l’Université de Californie à Los Angeles, n’avais jamais imaginé qu’un banal échange de courriels avec un étudiant, cet été, pourrait le placer au cœur d’une controverse explosive au retentissement international. Accusé de racisme et d’abus de pouvoir, expulsé de sa classe, Klein a été renvoyé de l’Anderson School of Management de l’UCLA, où son enseignement a toujours été irréprochable depuis près de 40 ans.

«Je suivais méticuleusement la politique universitaire en refusant de discriminer», a déclaré Klein à propos de sa réponse par courrier électronique à un étudiant blanc qui avait demandé à Klein d’assouplir sa notation pour aider les étudiants noirs lors des manifestations contre le meurtre de George Floyd.

Klein a déclaré qu’il avait simplement suivi le code de conduite de la faculté de l’UCLA, qui interdit d’organiser les examens autrement que selon ce qui était prévu. Il interdit également d’évaluer les étudiants sur des critères autres que leur performance universitaire et de se livrer à une discrimination fondée sur la race.

Mais le message de Klein, qui a mis l’étudiant au défi d’examiner de manière critique les implications de sa demande en suggérant une série d’hypothèses mettant en évidence les problèmes liés aux critères de classement basés sur la race, a été mal compris. Bientôt, une capture d’écran de l’e-mail se répandait sur les réseaux sociaux. Le doyen de Klein a rapidement dénoncé le message publiquement comme «scandaleux» et comme un «abus de pouvoir», et l’UCLA a mis Klein en congé, indiquant qu’une punition suivrait. Une pétition pour l’éviction du professeur a recueilli 20 000 signatures.

Bientôt cependant, une contre-pétition pour la réintégration de Klein recueillait plus de 75 000 signatures. Et après l’intervention de FIRE – publiant l’affaire et rappelant à l’UCLA ses obligations constitutionnelles en matière de liberté académique – l’université a abandonné l’affaire en juillet, admettant qu’elle ne méritait même pas une enquête.

Mais Klein – un expert en comptabilité reconnu au niveau national – a déclaré que le coût personnel de cette controverse était immense.

Klein raconte son histoire à FIRE. Cette interview a été légèrement modifiée pour des raisons de longueur et de clarté.

FIRE: Comment avez-vous vécu ces derniers mois?

Gordon Klein: Les derniers mois ont été très déconcertants et stimulants. J’ai été très surpris, bien sûr, d’être au centre d’une controverse.

Tout ce que j’avais fait, c’est de communiquer avec un élève, que je connaissais assez bien pour l’avoir déjà eu en cours, et d’essayer de contester son raisonnement lorsqu’il a semblé m’encourager à faire du profilage racial, à identifier les élèves en fonction de leur race, à discriminer sur la base de stéréotypes.

Ces stéréotypes étant, à son avis, que ses camarades de classe noirs étaient moins capables que lui, un individu non-noir, en termes de performance dans la classe.

Je pensais que je le mettais simplement au défi, de manière socratique, de reconsidérer son raisonnement selon lequel les notes devaient dépendre de la couleur de la peau d’une personne, plutôt que d’une évaluation particulière reflétant à un moment donné une performance individuelle.

Cela a déclenché une tempête, à ma grande surprise.

FIRE: Quand avez-vous réalisé que ça explosait? Et qu’avez-vous fait?

Klein: En quelques heures, mon e-mail avait été partagé à des personnes extérieures à l’université et un certain nombre de ces personnes de l’extérieur se sont organisées pour se plaindre auprès des supérieurs de l’université, y compris le chancelier et mon doyen.

Et il semble qu’ils aient multiplié les accusations contre moi auprès du doyen. Mais aucun de mes accusateurs ne s’est jamais identifié comme me connaissant ou faisant partie de mes étudiants. Certains venaient d’ailleurs sur le campus et certains n’étaient même pas des étudiants.

Le doyen m’a demandé de l’appeler ce soir-là, ce que j’ai fait. À ma grande surprise, le doyen s’est entretenu au téléphone avec moi pendant environ une minute, au maximum, après quoi il a raccroché.

Il ne m’a donné aucune occasion de m’expliquer, et il ne voulait pas écouter le contexte. Il a simplement reconnu que nous nous connaissions depuis longtemps et qu’il transmettait l’affaire au «BPD», j’ai compris plus tard qu’il s’agissait du Bureau de prévention de la discrimination. J’ai enseigné à l’université pendant 39 ans et enseigné pendant cette période à environ 23 000 étudiants, et je n’avais jamais entendu parler du Bureau de prévention de la discrimination parce que mon dossier d’enseignement et mes relations avec les étudiants ont toujours été irréprochables.

J’ai été profondément déçu par le doyen, qui ne m’a même pas donné l’occasion d’expliquer les circonstances.

Le lendemain matin, il a envoyé des courriels à tous ces étudiants qui se plaignaient et m’accusaient d’être raciste, leur disant que j’avais effectivement eu un comportement déplacé. Il a décrit ma conduite comme «inexcusable» et «scandaleuse». Le lendemain, il a envoyé un message aux anciens élèves et aux professeurs en indiquant que j’avais violé les principes fondamentaux de l’Anderson School of Management et que je m’étais livré à «un abus de pouvoir». Cet e-mail adressé à la communauté Anderson dans son ensemble a été envoyé à des dizaines de milliers de personnes.

Beaucoup d’entre eux sont mes amis, mes anciens étudiants, mes collègues ou mes associés d’affaires dans la communauté locale. J’étais stupéfait qu’il ait fait ça. Surtout parce que l’université a des politiques très strictes sur la vie privée et la confidentialité en matière de gestion du personnel. Et il y a normalement des politiques très strictes pour garantir la régularité des procédures.

Autrement dit, ce n’était pas au doyen d’agir en tant que juge et bourreau. Il appartenait au doyen de renvoyer le dossier à l’Université pour complément d’enquête. Et, en attendant, il lui incombait de garder le silence.

Ce qui est très ironique, maintenant que j’ai été réintégré, c’est que lorsque les médias demandent à l’Université de dire pourquoi ils ont commis cette énorme erreur, ils invoquent la confidentialité et disent qu’ils ne peuvent pas parler de ce sujet.

Cela s’est produit à une période très étrange pour la société américaine. Il y avait des émeutes en face du campus, et je crois que l’UCLA était très inquiète de leur possible propagation sur le campus. Je crois que le doyen a agi de manière imprudente en me traitant comme un bouc émissaire, dans l’espoir d’apaiser les foules.

Ça n’a pas marché. Tout ce que ça a fait, c’est de détruire ma réputation et ma relation avec mes collègues et mes amis. Parce que je viens d’une famille très progressiste sur le plan politique, j’étais conscient que cela risquait de détruire mes relations familiales.

FIRE: Comment avez-vous fini par prendre contact avec FIRE [organisme défendant les libertés à l’université]?

Klein: J’étais au centre de cette polémique, avec 75 000 personnes signant une pétition exigeant que l’université me réembauche. Parmi ces 75 000 personnes, il y avait beaucoup de merveilleux supporters que je n’aurais jamais rencontrés de ma vie, ainsi que d’anciens étudiants qui me connaissent, connaissent mon caractère et connaissent ma gentillesse envers eux dans le passé et le présent. Plusieurs d’entre eux m’ont contacté et m’ont suggéré de prendre contact avec FIRE.

Et heureusement, je l’ai fait, car j’ai reçu une aide, une compassion et une compréhension incroyables à un moment où j’étais attaqué. Pas seulement des attaques professionnelles, mais je recevais des menaces de mort nécessitant la protection de la police.

L’avocat de FIRE à qui j’ai parlé m’a apporté une aide extraordinaire, a écrit une lettre à l’université, m’a donné des conseils à ce sujet. FIRE a présenté l’affaire. Je pense que c’est ce qui a poussé le Comité de la liberté académique de l’UCLA à mener une enquête de manière indépendante.

Et le Comité de la liberté académique a rendu une décision qui a clairement indiqué que ce qui m’avait été fait était mal, et que cela aurait un effet incroyablement dissuasif sur moi personnellement et, de façon bien plus grave encore, sur la conduite de tous les professeurs de l’Université de Californie.

Le comité a souligné en particulier le fait que si vous pouvez être publiquement humilié comme moi, personne n’osera bien faire son travail. Personne ne parlera librement. Personne ne poursuivra des recherches qui pourraient mener à une conclusion controversée. Personne ne parlera en classe d’une manière qui stimulera la controverse et la discussion. Personne n’abordera jamais certaines des questions les plus importantes de notre temps, telles que les questions de discrimination, de liberté d’expression et de liberté d’association.

J’ai donc été très reconnaissant pour les actions de FIRE, qui ont été un catalyseur pour que le Comité de la liberté académique du Sénat académique de l’UCLA parvienne aux conclusions qu’ils ont faites sur l’importance d’un libre échange d’idées sur le campus, y compris des idées qui pourraient inciter les étudiants à réviser leur pensée.

Malheureusement, au point où nous en sommes à présent, les professeurs ont peur de faire quoi que ce soit qui pourrait susciter une controverse.

C’est une situation horrible, car la liberté dans l’échange des idées est la nature même d’une université. Lorsque vous sentez que vous ne pouvez dire qu’une seule sorte d’idées ou que vous vous sentez obligé de vous autocensurer, vous créez un plus petit dénominateur commun de fadeur dans le processus éducatif.

Je pense qu’il est important que les personnes participant au processus éducatif soient en mesure de proposer des hypothèses extrêmes.

Je pense qu’il est important de pouvoir poser des questions stimulantes aux élèves.

FIRE: Est-ce que le pire, dans cette expérience, c’était que les gens croient que vous étiez raciste?

Klein: C’était, et cela reste, une horrible lettre écarlate qui a été placée sur moi, fondée sur un e-mail qui a été complètement sorti de son contexte.

La foule des médias sociaux a délibérément omis de publier le premier e-mail de l’étudiant auquel je répondais, car si ce message avait été publié, il aurait mentionné que l’auteur lui-même n’était pas noir. Et il aurait mentionné que l’auteur lui-même ne subissait aucune détresse émotionnelle particulière. Et il aurait mentionné que j’avais précédemment envoyé à la classe des documents antiracistes.

Tous ces faits auraient conduit un observateur raisonnable, lisant ce que j’écrivais, à reconnaître que j’ai trouvé le courrier électronique de l’élève condescendant et paternaliste envers les étudiants noirs.

À mon avis, tous mes étudiants sont capables. Tous mes étudiants sont talentueux. Et je ne fais pas de distinction en fonction de la race. J’ai été franchement offensé que cet individu, que je savais ne pas être noir et qui s’identifiait dans son e-mail comme n’étant pas noir, ose insulter et caractériser ses camarades de classe comme étant moins capables, moins persévérants ou moins talentueux que lui. Et donc, s’il y avait du racisme, le racisme venait de l’étudiant qui m’a écrit. Et j’ai contesté ce racisme.

FIRE: Pouvez-vous me dire comment vous avez pris la nouvelle de votre réintégration?

Klein: Je savais que je serai réintégré parce que je savais qu’il n’y avait pas une once de discrimination dans mon cœur ou dans ma communication.

Je savais ce que mon contrat me disait sur le respect des valeurs universitaires contre les stéréotypes raciaux.

Je savais que je n’avais rien fait de mal.

J’étais heureux que le Sénat académique, sans démarche de ma part, ait enquêté seul sur cette question et ait justifié toute ma conduite. Il a indiqué que si un étudiant pose une question provocante à un professeur, ce dernier a le droit de répondre à cette question provocante et de contester le raisonnement de l’étudiant. J’ai également appris par la suite que le Bureau de prévention de la discrimination n’avait même pas mené d’enquête sur cette affaire. Il avait fermé le dossier sans même prendre la peine de me parler car une lecture claire de la chaîne de courrier électronique du début à la fin indiquait que je n’avais rien fait de mal.

Et donc, je savais que je serai réintégré. Ce n’était qu’une question de temps pour que cette réintégration se produise.

FIRE: Mais il semble que les choses ne soient pas revenues à la normale.

Klein: En ce qui concerne les dommages qui m’ont été causés, il y a le vieil adage: «Que faites-vous pour récupérer votre réputation?»

Les premières accusations ont été largement diffusées et restent sur Internet pour toujours. Lorsqu’une personne se fait réhabiliter, cela a rarement le même impact dans les médias ou en ligne. Il reste donc à voir à quel point ma réputation est horriblement endommagée.

Je suis ravi de savoir que la plupart de mes amis et parents, et j’espère que mes collègues, reconnaissent que la façon dont le doyen m’a présenté ne correspond pas à ce que je suis et qu’il s’agissait d’une caricature, dans une période très difficile en Amérique où l’université avait besoin d’un bouc émissaire.

La personne que je blâme est mon doyen. Contrairement aux gens sur les réseaux sociaux, il avait une tâche à accomplir. Avant de détruire les moyens de subsistance et la réputation de l’un de ses plus fidèles collègues, il a le devoir d’être méticuleux, prudent, respectueux et de respecter les règles de confidentialité de l’université. Il a agi de manière imprudente, me causant des torts incalculables, qu’il s’agisse de menaces de mort ou de la perte de mes revenus extérieurs.

En effet, le jour même où j’ai été réintégré, il a envoyé un autre message à des dizaines de milliers de personnes qui m’a de nouveau dénigré, suggérant tacitement que je serais réintégré, mais qu’il y avait une autre partie de l’histoire qui, en raison de la confidentialité, ne pouvait pas être divulguée. Il n’a honte de rien. Il savait qu’il n’y avait rien de plus dans l’histoire, mais il a décidé de créer l’illusion que, bien qu’il soit désavoué par l’École, il aurait eu raison si tous les faits étaient connus.

Laissez-moi être clair. Il était imprudent. Il était insensible. Et l’École m’a causé un préjudice indélébile.

Il y a certaines accusations dans ce monde qui sont horribles, et à juste titre horribles. Un vrai raciste doit être dénoncé dans la société et doit être marginalisé.

Mais quelqu’un qui n’est pas raciste et qui est étiqueté comme tel subit un énorme préjudice.

FIRE: Comment les universités devraient-elles gérer ce type d’allégations?

Klein: À mon avis, les universités devraient certainement enquêter sur toute allégation de racisme. Ils ne devraient pas le tolérer. Je soutiens cela.

J’ai été bénévole à l’UCLA au fil des ans pour des programmes qui accompagnent des étudiants défavorisés, dont beaucoup sont issus de minorités. Je vénère ces programmes et je vénère l’université qui défend l’idée que tout le monde doit être traité de manière égale.

Il me semble cependant que dans certaines situations récentes, les universités, au lieu de défendre l’importance de l’échange libre des idées ou de l’examen rigoureux des faits par une procédure régulière, réagissent par réflexe et condamnent quelqu’un qui a été accusé sur sans fondement.

Je ne peux pas parler de toutes les situations dans le monde et de tous les autres professeurs. Je ne connais pas assez bien ces faits. Mais je peux parler de ce qui m’est arrivé et je sais que ma situation s’est transformée en une horrible caricature.

FIRE: Pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes devenu professeur? Qu’est-ce vous aimez dans l’enseignement?

Klein: Je suis quelqu’un qui a eu la chance de réussir dans le monde des affaires et dans celui du droit. J’ai une formation d’avocat et d’expert-comptable agréé. Et il a toujours été important pour moi d’être impliqué dans l’éducation. Ma mère était institutrice. J’ai un frère qui est professeur et j’ai un oncle qui est professeur. Et nous avons toujours été élevés pour être généreux avec les autres et donner en retour ce que nous avions reçu.

Ma passion pour l’enseignement vient du désir d’aider les autres. Une façon de «rendre la pareille», parce que les autres étaient généreux avec moi et m’ont donné des conseils quand j’étais jeune. Je fais de mon mieux pour accompagner les autres, que ce soit pour leur donner des connaissances de fond, leur apprendre le raisonnement critique ou les encadrer dans leur carrière. C’est aussi le désir de toujours être entouré d’individus brillants, talentueux, curieux et optimistes. La plupart des étudiants ont une abondance de talents et de centres d’intérêt, et leurs expériences variées ont enrichi ma vie au-delà de ce que je pouvais croire.

J’aime le dire de cette façon: beaucoup de gens vont à l’université, rencontrent des dizaines de personnes et repartent peut-être avec une douzaine de bons amis. J’ai l’impression de faire partie de 39 promotions de l’UCLA, interagissant avec environ 600 étudiants chaque année. En conséquence, j’ai rencontré des gens de toutes les régions du monde, de toutes les races, de toutes les religions et de toutes les expériences de vie. Et cela me fascine. Certaines personnes ont des passe-temps, comme le sport ou l’art. Ma plus grande joie est d’interagir et d’apprendre des autres.

J’espère que je peux aussi leur transmettre des connaissances.

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