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Tribune des observateurs

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[par Xavier-Laurent Salvador]

En à peine deux mois, comme à chaque fois que les collègues qui travaillent dans cette direction-qui-promis-juré-n-a-rien-à-voir-avec-les-études-américaines sont mis à mal par l’actualité, voilà que tantôt le New York Times et maintenant Angela Davis se précipitent pour voler au secours d’une « Université menacée » par une odieuse République qu’on caractérise dans des médias agonisants comme l’égal d’une dictature raciste et oppressive que rien ne sépare somme toute de l’ex-URSS ou de la Hongrie.

C’est dire si c’est grave.

C’est que dans ce petit pays qui décidément ne comprend rien à rien, un petit village résiste encore et toujours à l’empire en faisant entendre un son de cloche un peu différent de celui que les sénateurs du nouveau-monde-où-tout-va-bien n’ont plus l’habitude d’entendre. Des mots qui les ennuient profondément: universalisme (ce mot qu’on entend encore un peu confusément au fond de celui « d’Université »), culture, laïcité et toute sorte de choses de cet acabit qu’on voudrait bien voir reléguer une bonne fois pour toutes dans les limbes des heures sombres. Nous sommes le péril rouge et le monde du libre capitalisme effréné tremble devant l’universelle solidarité des peuples qui fait tomber les barrières de la race et du genre. C’est pour le moins inattendu, mais pas nouveau: la République est une petite chose fragile.

Ces gens dans leur propre texte se définissent eux-mêmes comme des « chercheurs activistes internationaux ». CQFD, nous sommes d’accord – c’est bien ce qu’on dit depuis le début, et nous nous réjouissons de voir établi un consensus à partir duquel nous allons enfin pouvoir élaborer ensemble une discussion constructive pour l’avenir de nos Institutions:

  1. Où l’activisme de cette recherche s’exprime-t-il ?
    Dans des supports de publication, des revues sans contrôle disciplinaire, en dehors de tous les standards internationaux; dans des colloques, dans des appels à projets financés au niveau municipal, régional, national et européen.
  2. Pourquoi s’exprime-t-il ainsi ?
    En raison de la balkanisation de la recherche qui conduit à la création de clans réunis par un objectif plutôt que par une méthode.
  3. Qui porte ces discours ?
    Les institutions qui les rendent possibles.
  4. Quel lien avec le social et la politique ?
    Les discours sont légitimés par le versant « recherche »: d’un côté, une agitation sociale et politique sur le terrain structurée en associations; et de l’autre, un versant apaisé et diplômé, présent dans les instances de décision autonome relayant les demandes des premiers. Le discours ainsi construit, paré des ornements sophistes de la science, est repris par le politique qui s’économise ainsi le temps de la réflexion qu’on lui fournit clé en main pour se consacrer à la communication.
  5. Enfin, pourquoi les américains sont-ils si présents dans le débat ?
    C’est une excellente question.

Dans un remarquable article paru récemment, François Rastier examine la question de la « race mentale » et du lien que cette notion entretien avec le décolonialisme. Il faut le lire:

« La race a été spiritualisée, elle est devenue politique et correspond à une vision du monde […] Aussi, loin de s’opposer au racisme biologique, le racisme idéologique peut-il en devenir le complément, voire le couronnement idéal. À chaque identité raciale correspondrait ainsi une mentalité qui prime sur tout critère biologique, devenu secondaire. « 

François Rastier, Race et décolonialisme, 2021

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