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Quand l’école invite à évoquer le temps heureux des madrasas de la « tradition scolaire algérienne précoloniale »

Dans notre série CANOPE (ex CNDP) est une mine: ce dossier proposé aux enseignants sur l’Algérie par le même CNDP que l’on peut trouver ici: https://www.reseau-canope.fr/musee/fileadmin/user_upload/2019_dossier_pedagogique_algerie.pdf?fbclid=IwAR39ATfUSU4LkaUMlj54YWUBlUGRfkoxOW8d2CHKn80XVSkozqBmnKdmbf8

Le documentaire et le dossier est consultable ici: https://www.reseau-canope.fr/algerie/#0-Accueil

On y voit glorifié le souvenir d’Abd-el-Kader et de Sidi-Brahim, et la critique de la « propagande française  qui parvient à transformer en épisode glorieux lié à la résistance acharnée des soldats français. Ces images glorifient également les grandes figures militaires, qui s’illustrent en Algérie : le duc d’Aumale, le maréchal Bugeaud, le général Lamoricière, etc. ». (p. 7)

On y trouve enfin p.8 une description étonnante du paradis collectiviste algérien, sur la base de l’évocation d’une « tradition algérienne » 130 ans avant la création du pays et après 400 ans de colonisation ottomane, ruiné par la « France prédatrice ». Certes la question de l’embryon de la nation algérienne reste compliquée comme l’explique Gilles Manceron1

Le modèle évoqué (l’indivision des sols) mériterait un commentaire, afin que l’enseignant soit sûr qu’il ne s’agit pas d’une propagande anti-libérale mais le concepteur du dossier reste discret :

« Jusqu’en 1830, les terres agricoles sur le sol algérien étaient indivises, exploitées collectivement. La nouvelle puissance coloniale supprime cela en y appliquant le système européen de terres divisées entre propriétaires. 

Le dossier présente enfin une évocation de l’école algérienne d’avant la colonisation ruinée par « la puissance coloniale ». On y voit enfin la « responsabilité » de la France dans la fuite des élites algériennes persécutées, provoquant encore la ruine d’un pays :

L’autre profond bouleversement apporté par la colonisation concerne le fonctionnement scolaire et religieux traditionnel. Le financement des écoles coraniques (niveau primaire, où l’on apprend à lire, à réciter le Coran et à écrire à partir de son contenu), des médersas ou madrasas (que l’on peut comparer à nos lycées actuels) et des mosquées, assuré jusqu’alors par les biens dits habous (dont l’usufruit est consacré à une institution religieuse ou d’utilité publique), est suspendu. Ces lieux fondamentaux dans le fonctionnement de la société traditionnelle s’appauvrissent donc, de même que les zaouias, confréries regroupant une école, un couvent et une auberge autour du tombeau d’un personnage sacré de l’islam dont elles portent le nom. Des écoles françaises remplacent progressivement les écoles coraniques, zaouias et médersas. Cet impact de la colonisation provoque la fuite des élites musulmanes vers le Proche-Orient, et donc un appauvrissement culturel en Algérie. »

On y revient p. 11 pour montrer que le « lobby colonial » local jusqu’en 1945 est un frein au développement : 

« La cause principale réside dans l’opposition des notables européens locaux – incarnant le « lobby colonial » – à l’accès de la jeunesse maghrébine à l’éducation républicaine. Ainsi, de 1884 à 1908, le recteur de l’académie d’Alger, Charles Jeanmaire (évoqué sur le panneau 7), chercha à développer l’accès à l’enseignement de la jeunesse musulmane, en application directe de la politique scolaire de Jules Ferry. Cet engagement suscita une très vive opposition de la part des Européens installés en Algérie. Cette situation de profonde discrimination scolaire s’améliore progressivement après 1945 seulement. »  

Le récit de l’histoire algérienne est complexe. Il serait à reconsidérer dans la version proposée tant il est de parti-pris. Il fait le roman d’un pays constitué puis colonisé par une force destructrice de progrès (la « puissance coloniale » française, à l’exception de nulle autre). Ce récit est à prendre avec des pincettes, pour le moins. On renvoie à l’abondante littérature sur la question…

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