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Le Hamas, l’Europe et la paix

Certains ont manifestement du mal à qualifier le Hamas d’organisation terroriste. Devant les horreurs commises le 7 octobre sur le territoire israélien, une partie de la gauche préfère parler des « forces palestiniennes » et, dans un élan de largesse, accepte de dénoncer des « crimes de guerre », faisant mine d’oublier que cette expression ne s’applique qu’à des armées régulières, ou du moins à des combats entre soldats professionnels.

La boucherie planifiée par le Hamas n’a pas permis d’ébranler les certitudes du camp pro-palestinien. Les arguments habituels sont vite revenus. La violence est certes condamnée, mais elle est vue comme la réponse légitime à la violence du « colon israélien ». Si les Palestiniens deviennent des barbares, c’est parce qu’ils sont désespérés. Le même argument est brandi pour les émeutes de banlieues : c’est le désespoir qui mène à la violence. La causalité inverse n’est jamais envisagée : et si c’était la violence qui provoquait la misère ?

Les Israéliens étant forcément des bourreaux, ils ne méritent aucune compassion, alors que les Palestiniens ont droit à des trésors d’indulgence. Les tueurs du Hamas sont décrits comme une minorité isolée dans un océan pacifiste et humaniste. On veut oublier que le Hamas a gagné les rares élections de la région et qu’il dispose d’un important soutien populaire. La rue arabe, si prompte à défiler contre le moindre petit dessin jugé blasphématoire, ne s’est pas précipitée pour désavouer le Hamas. En France, les pouvoirs publics s’attendent moins à une levée en masse des musulmans contre les islamistes qu’à une nouvelle vague d’antisémitisme.

La création de deux États continue d’être présentée comme la solution qui garantira la paix. Mais personne n’ose poser la question qui fâche : à quel degré de violence aurait-on assisté si Gaza avait été un État pleinement souverain, pouvant se procurer tout l’armement dont il rêve ? Est-ce vraiment trop demander aux Palestiniens que d’exiger l’abandon de leur haine atavique avant de prétendre disposer d’un État à part entière ?

L’annonce de la suspension des aides européennes aux Palestiniens a surpris : s’agirait-il d’un tournant dans la politique européenne, traditionnellement si complaisante à l’égard du Hamas ? La Commission européenne a vite remis les pendules à l’heure : cette annonce n’était qu’une initiative malencontreuse d’un vague commissaire, hongrois de surcroît, et elle a donc été aussitôt invalidée. Et pour mieux faire oublier cette bévue, l’Union européenne s’est empressée d’annoncer qu’elle allait renforcer son soutien financier à Gaza, tout en jurant ses grands dieux que jamais cette aide ne bénéficierait au Hamas.

Mais cette garantie est une vaste blague, dénoncée comme il se doit par Alain Destexhe ou Jean Quatremer. Tant de naïveté ou d’hypocrisie laisse sans voix. Que dirait-on d’un pays qui, pendant la dernière guerre, aurait aidé financièrement l’Allemagne hitlérienne en expliquant que les Allemands ne sont pas tous des nazis et que cette aide est strictement humanitaire ?

Si la dissolution des mouvements pro-Hamas est désormais sur la table, on ne saurait donc oublier que l’Union européenne fait aussi partie du problème, elle qui n’a désormais aucun scrupule à promouvoir le voile islamique et à soutenir des associations islamistes.

L’Europe c’est la paix, se plait-on généralement à dire. On commence pourtant à en douter sérieusement. L’accord gazier passé l’an dernier par les Européens avec l’Azerbaïdjan a eu pour effet de fermer les yeux sur l’épuration ethnique du Haut-Karabagh. L’Arménie sait que son heure est comptée : l’Europe ne viendra pas à son secours. Les progrès du djihadisme au Sahel ne semble pas la préoccuper davantage, comme elle n’a pas l’air de beaucoup s’inquiéter du renforcement de pays comme la Turquie et la Chine, renforcement auquel elle apporte pourtant sa pleine contribution.

Les générations futures risquent de rigoler jaune quand on leur dira que l’Europe se targuait d’être synonyme de paix.

Vincent Tournier