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Lire « Petite mystique du genre », de François Rastier

(Note de lecture.)

Le livre que publie François Rastier chez Intervalles a l’air « petit », mais il est d’une densité incomparable tant par le nombre de points abordés que par l’ampleur de la culture de l’auteur, qui nous emmène dans les labyrinthes de l’occultisme pour déboucher sur la propagande d’État en faveur du transgenrisme.

Dès l’introduction, l’auteur montre comment, dans la mouvance « LGBTQIA+ », les gays et lesbiennes sont maintenant acceptés socialement (ce qui est nécessaire), du moins en Occident, mais sans oublier que quarante-six pays criminalisent encore l’homo­sexualité… Les bisexuels, les asexuels, les intersexués, les non-binaires et les indécis ne font pas parler d’eux et vivent leur sexualité comme ils le souhaitent ; les activistes trans, en revanche, occupent le devant de la scène, imposent leur agressivité dans toute discussion sur le sexe, infiltrent les agences de l’État et cherchent à « annuler » la pensée de ceux qui ne les soutiennent pas – ou qu’ils soupçonnent de ne pas les soutenir…

François Rastier nous révèle que les racines insoupçonnées de la « théorie du genre » sont déjà présentes dans le salmigondis des théosophes qui, à la suite d’Héléna Blavatsky, ont élaboré une mixture surprenante de la gnose antique, du spiritisme, de superstitions diverses et d’autres « mouvements de pensée », qui ont amalgamé toutes les idées farfelues plus ou moins « spiritualistes » de leur temps, en allant chercher de mystérieuses correspondances dans les religions égyptiennes, hindoues et autres yogas tantriques pour élaborer une « doctrine secrète » (qui n’est hilarante qu’au second degré). L’auteur montre que le wokisme, véhicule, entre autres choses, de cette idéologie du genre, n’est pas vraiment une religion, selon le mot de Jean-François Braunstein, mais bien plutôt une mystique. Les enfants surnaturels produits par la théosophie sont, nous dit l’auteur, l’ariosophie, l’anthroposophie et le New Age où viennent puiser les wokies sans même s’en rendre compte.

François Rastier évoque ainsi le mythe platonicien de l’androgynie originelle perdue ; le mythe de l’hermaphrodite, présent tant dans la mythologie grecque que dans la Bible où est évoqué le « sexe des anges » (ou plutôt leur absence de sexe) ; l’idéologie gnostique du « genre astral » de ces garçons « nés dans un corps de fille » et de ces filles « nées dans un corps de garçon » ; et jusqu’aux élucubrations de certains évêques anglicans qui voient un Christ androgyne porteur d’une « vulve mystique » dessinée sur son flanc par la sainte lance. Il met ainsi en évidence ces racines souvent inconscientes du mouvement queer et son dernier avatar, le transgenrisme, qui y trouve nombre de ses références et de son vocabulaire, en particulier la distinction entre sexe et genre, devenu un « sexe spirituel ».

Les concepts biologiques objectifs sont détournés pour les accorder avec le « sentiment », le « ressenti », le subjectif, et même le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux élaboré par les psychiatres américains verse dans le subjectivisme qui est d’ordinaire banni en médecine : les transsexuels sont devenus atteints de « dysphorie de genre », puis « d’incongruence de genre » et sont « cruellement » emprisonnés dans un corps incompatible avec leur identité de genre. Nous sommes loin de la médecine basée sur les preuves, qui se passe d’adverbes relevant du registre de l’émotivité.

François Rastier passe en revue les incompréhensibles soutiens que rencontre le transgenrisme dans les agences de l’État et jusqu’aux ministères, en particulier celui de l’éducation nationale. La doctrine hippocratique du primum non nocere est bafouée, la loi interdisant les thérapies de conversion est détournée, et même retournée comme un doigt de gant de façon à faire croire que ce sont ceux qui demandent que l’on ne touche pas au corps des adolescents qui sont accusés de promouvoir ces thérapies ! La peur gouverne tout, écrivait récemment Carine Azzopardi : les responsables de ces agences ou de ces services ministériels ont peur : peur de ne pas suivre la mode, peur d’être vilipendés par des excités, peur d’être traités de « réactionnaires » par ces « progressistes »… Le « wokisme républicain » s’est imposé dans les questions de « genre » comme il l’a fait dans les questions de religion et de « race ».

Ce livre, petit par son format, mais riche par son contenu, apporte en premier lieu un regard original sur les liens entre occultisme et wokisme et rassemble par ailleurs un grand nombre d’informations dispersées dans de multiples articles de presse : c’est dire son utilité pour qui veut s’engager dans la lutte en faveur de la raison et du sauvetage de la démocratie mise en péril par l’idéologie de la déconstruction.

Jacques Robert

Professeur émérite de cancérologie, université de Bordeaux