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Les universités, lieu d’incubation des idéologies totalitaires ?

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Les universités, lieu d’incubation des idéologies totalitaires ?

Vincent Tournier

Maître de conférences en science politique à l'IEP de Grenoble.
Les universités occidentales commencent à inquiéter sérieusement. Le développement du wokisme et de ses dérivés, avec leur lot de délires, de censures et de haines, avait déjà alerté. Mais après les événements du Proche-Orient, un cap est franchi.

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Les universités, lieu d’incubation des idéologies totalitaires ?

Les universités occidentales commencent à inquiéter sérieusement. Le développement du wokisme et de ses dérivés, avec leur lot de délires, de censures et de haines, avait déjà alerté. Mais après les événements du Proche-Orient, un cap est franchi.

Sur les campus, la cause palestinienne rencontre un engouement qui va très au-delà d’une légitime compassion pour les victimes civiles. Le Hamas bénéficie d’une étrange compréhension, voire d’un franc soutien. Les pogromes du 7 octobre devraient horrifier : ils provoquent des appels à la compréhension pour leurs auteurs ; ils devraient bouleverser les consciences : ils débouchent sur une dénonciation et une détestation renforcée d’Israël.

La manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre a réuni essentiellement des cheveux gris. Où sont les jeunes ? Dans les universités, il est clair que les étudiants arborent plus facilement le keffieh que la kippa. Dans une tribune récente, publiée sur Mediapart et complaisamment relayée par les listes de diffusion des sciences sociales, des universitaires se plaignent de voir surgir une censure sur les universités qui interdirait de critiquer Israël. Fichtre, on peine à croire que la ferveur pro-israélienne soit si étouffante.

Si on y réfléchit, ce problème n’est pas nouveau. Les mouvements totalitaires ont toujours fasciné. Ils ont toujours reçu le soutien des jeunes et des étudiants. Dans les années 1960-1970, on se passionnait pour le maoïsme chinois et les Khmers rouges cambodgiens. Le col Mao ou la casquette prolétarienne étaient de rigueur. Entre les deux guerres, c’était le fascisme italien et le national-socialisme allemand qui suscitaient l’enthousiasme des jeunes, comme l’avait fait auparavant la révolution bolchévique.

On a prétendu que, dans les régimes totalitaires, la jeunesse était endoctrinée par les associations de jeunesse. Certes, mais il ne faudrait pas oublier que les jeunes ne sont pas simplement des victimes : ils ont aussi contribué activement à l’avènement de ces régimes, perçus en leur temps comme « modernes » et « progressistes ».

Il y a certainement mille raisons à cet attrait pour la folie totalitaire : plaisir de la contestation, goût pour la radicalité, fascination pour la violence, relativisation de la mort, quête d’idéaux, dédain pour la démocratie libérale, soif de reconnaissance, conformisme, etc.

Il reste qu’une question demeure : pourquoi cet attrait continue-t-il d’être aussi puissant dans les pays occidentaux ? Comment ne pas y voir un échec du projet européen lui-même puisque l’Europe a prétendu se bâtir sur les ruines du totalitarisme avec l’espoir de tourner définitivement la page des heures sombres de notre histoire ?

Il faut dire que l’Europe elle-même n’est pas dénuée d’ambiguïté. Celle-ci s’est bien gardée de délégitimer la logique révolutionnaire portée par le communisme avec la même vigueur qu’elle a rejeté le fascisme. Et, aujourd’hui encore, l’UE et les États membres s’avèrent bien incapables, par calcul ou par idéologie, de désigner l’islamisme comme un ennemi. La proposition d’Emmanuel Macron de créer une coalition contre le terrorisme a recueilli un silence poli dans les capitales européennes.

Le résultat est là. Alors que l’expérience passée des régimes totalitaires était censée avoir définitivement immunisé la jeunesse européenne contre ce genre de périls, tout semble à refaire. Le retour des idéologies totalitaires sur les campus devrait terrifier les autorités politiques et académiques et les inciter à trouver des solutions pour casser urgemment ces logiques mortifères avant qu’elles échappent à tout contrôle.

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