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Lettre d’information du 7 octobre 2021

Chers amis,

plusieurs informations qui rythment l’actualité de notre Observatoire cette semaine et dont vous pourrez prendre connaissance en lisant les articles que nous avons publiés:


De la Fabrique de la Victime à la Fabrique du Bourreau : Je suis Corse et donc moi aussi une victime offensée ! 

[par Joseph Ciccolini]

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L’époque étant à l’auto-apitoiement et à la mise à jour de ses plaies, que chacun est dorénavant invité à gratter à qui mieux-mieux, je me suis rendu compte que le Huffington Post encourageait désormais chacun à faire étalage de son statut victimaire, qui vous fait entrer de facto dans le cénacle très prisé des minorités opprimées. La rubrique Life du HuffPost s’est ainsi notamment transformée au fil du temps en un curieux Barnum où chacun est invité à mettre en lumière sa différence – une phase d’auto-stigmatisation rédemptrice de nature à vous confier le statut envié de victime (du racisme systémique, du binarisme conformiste petit-bourgeois, du colonialisme présent,  passé, voire futur, et bien évidemment (Golden Ticket qui rapporte 10 000 points) de la domination patriarcale du mâle blanc cisgenre de plus de 50 ans que l’on appellera, dans la suite de notre exposé et par commodité, Belzébuth). 
L’Europe wokise la recherche

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L’Union européenne est une institution financière qui gère et pilote des programmes de recherches de toute l’Europe. L’Etat a depuis longtemps transféré à la noble institution la compétence d’orientation et de planification des domaines de recherche. Elle aligne des millions pour orienter et développer des secteurs sur la base de projets lus et évalués par des commissions dont c’est le métier de sélectionner les « bons projets » en fonction de « critères » communs.

Revendications raciales et climatiques: des intersectionnalités paradoxales 

[par Sami Biasoni]

 L’histoire contemporaine de notre pays, celle du siècle écoulé dont certains peuvent encore témoigner, n’a vraisemblablement connu que deux moments de convergence réelle des luttes sociales : la victoire démocratique du Front populaire en 1936 et la jonction entre les mouvements étudiants et ouvriers lors des grèves générales de mai 68. Depuis, nous assistons à une succession plus ou moins heureuse de juxtapositions des causes, où ce qui motive celui qui manifeste c’est autant le trauma socio-psychologique lié à son identité propre que la conviction profonde en un noble idéal partagé. Il suffit pour s’en convaincre d’en revenir aux événements de Nuit debout en 2016 ou aux derniers Actes du mouvement des Gilets jaunes, épisodes marqués par la désunion militante et par l’impasse de la définition d’une ligne revendicative commune. 

A propos des jeunes filles en fleurs de Kaboul. Quand la critique de la fachosphère révèle une inversion des valeurs 

[par Vincent Tournier]

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C’est une photo qui a fait le tour du monde. On y voit trois jeunes filles vêtues en minijupe marcher tranquillement dans les rues de Kaboul. Elles discutent en riant et leur bonheur fait plaisir à voir. 

Tout à son désir de lutter contre les fake news, le journal Le Monde propose sur son site un reportage vidéo qui entend rectifier la vérité. Les journalistes Karim El Hadj et Elsa Longueville ont retrouvé l’auteur du cliché : il s’agit de Laurence Brun, une photographe de l’agence Gamma/Rapho, qui a pris la photo en 1972. L’image est donc parfaitement exacte ; ce n’est pas un montage ou un détournement, contrairement à un autre cliché évoqué à la fin de la vidéo où on voit trois jeunes en short déambulant non pas à Kaboul, mais dans une ville américaine.

Dénoncer et bannir : quand les universités américaines dévorent leurs propres enfants 

[Pr Joseph Ciccolini]

 L’actualité universitaire nord-américaine récente a, à travers deux exemples distincts, illustré les délires de la Cancel Culture, cette démarche empreinte d’humanisme, de tolérance à l’autre et de principes démocratiques qui consiste à détruire purement et simplement tout contradicteur ne rentrant pas dans un format idéologique désigné comme la seule doctrine digne d’exister.

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Orthocuidance et pensée criminogène 

[par XLS]

Plutôt que “bien-pensance” – expression galvaudée et sans fondement – je vous invite désormais à préférer le terme « orthopensée » qui partage le même préfixe que les mots « orthographe » ou « orthopédiste ». Celui-là présente l’avantage de souligner qu’il ne s’agit pas tant d’apprécier la rigueur d’une pensée que sa conformité à une règle, en l’occurrence morale. On pourra conjuguer : J’orthopens.e que… Tu orthopense.e.s… Ou bien amalgamer : « cesse de dysorthopenser » Ce à quoi on répondra: « je transorthopense, mince, quoi: respecte moi »

Beethoven l’Africain au secours de l’Europe blanche 

On sait que l’hymne officiel de l’Europe est extrait de la dixième symphonie de Beethoven. Or la musique des DWEM (Dead White European Males) est partout condamnée,  et Beethoven est trop blanc, il ne faut plus le jouer: https://www.lefigaro.fr/culture/l-annee-ou-l-on-a-voulu-effacer-beethoven-20210114. Par bonheur, en fait, il serait noir : https://www.radioclassique.fr/magazine/articles/beethoven-black-quel-est-ce-projet-qui-aborde-la-musique-classique-sous-langle-de-la-diversite-et-de-linclusion/?xtor=EPR-3056. Et le musicien Roberto Blanco veut « mettre en lumière la vérité infaillible » et prouver que Ludwig van Beethoven était d’origine africaine. https://www.youtube.com/watch?v=Y73OtTi_iSw Roberto Blanco en est sûr : Ludwig van Beethoven avait la peau foncée ! Dans une vidéo, la pop star appelle donc à l’exhumation du compositeur légendaire.

Édito du premier octobre

William est étudiant en L1 d’économie-gestion à l’Université de Lille. Jeudi dernier, le 23 septembre, son cours de 16h30-18h30 intitulé « Construction UE » a été annulé. William a été prévenu le matin même. C’était le cours de Mme Rousseau.

L’histoire de William et de son cours annulé est racontée dans Le Parisien, dont une journaliste a recueilli la confidence d’une collègue de Sandrine Rousseau: « Elle est fonctionnaire, elle a un service à assurer? Finalement, c’est une chance qu’elle ne donne que très peu d’heures de cours en tant que vice-présidente… » Les vice-présidents ne donnent certes que peu d’heures de cours, mais sont-ils donc payés à faire ce qui leur chante le reste de leur temps? Le militantisme peut-il se substituer au service?

 Christianisme, capitalisme, écologie. Notes de lecture 

[Compte rendu par Patrick Henriet de Sylvain Piron, L’occupation du monde, Bruxelles, Zones sensibles, 2018, 240 p. ; Généalogie de la morale économique. L’occupation du monde, 2, Bruxelles, Zones sensibles, 2020, 448 p.]

Médiéviste, spécialiste de la pensée scolastique, Sylvain Piron propose un diptyque consacré à la « généalogie de la morale économique », c’est-à-dire à la façon dont l’idéologie capitaliste néolibérale a été marquée par un certain nombre de concepts spécifiquement chrétiens. C’est ce qu’il appelle un « impensé théologique ». Le premier volume, de plus petites dimensions que le second, sert d’introduction à celui-ci. Cet ouvrage double (auquel nous nous référerons parfois au singulier) ne regarde pas que le passé. Il propose également un certain nombre de solutions aux maux du temps présent, l’auteur défendant une sorte de re-sacralisation de la société par l’écologie. Le deuxième volume est fait de chapitres disparates qui sont généralement une reprise plus ou moins transformée de textes parus précédemment. Sylvain Piron n’a pas cru bon d’en indiquer la provenance, préférant en appeler, p. 34, au « divertissement des bibliographes » (II, p. 34). J’avoue avoir renoncé à m’octroyer ce « divertissement ». Chaque chapitre pourrait être discuté séparément, mais dans les lignes qui suivent je me concentrerai sur les principales propositions.

« Apartheid » et les conférences de la haine. Quelques apports sur le rôle de l’ex-URSS dans la construction de l’idéologie antisioniste. 

[Par Yana Grinshpun]

« Il y a une évidence toute primitive à rappeler : c’est que l’histoire est d’abord une narration. … Par la pratique du récit se constituent les éléments fondamentaux de la fonction logique dans le discours. Mais en même temps, cette pratique est donnée comme la réalité même ». (Jean-Pierre Faye)

La quatrième conférence de Durban 4 doit se tenir aujourd’hui à New-York pour marquer le 20ème anniversaire de l’adoption de déclaration de Durban. La France s’est retirée de cette conférence en reconnaissant son caractère ouvertement antisémite. Ce que doivent regretter certainement tous les antisionistes français, signataires des tribunes diverses et variées qui dénoncent « l’apartheid » en Israël. 

Ce texte est un rappel historique de la fabrication de la haine par les propagandistes professionnels.

«Apartheid en Israël ? La colère de citoyens juifs et des vrais antiracistes » 

[Tribune parue dans L’Express, no. 3659, jeudi 19 août 2021, p. 66]

LES JUIFS ET VRAIS ANTIRACISTES sont en colère.

En colère contre les médias qui prennent leurs désirs pour des réalités.

Le 6 juillet 2021, Libération a publié un énième manifeste antisioniste, signé par la clique des obsédés que l’existence de l’Etat hébreu empêche de dormir. Celui-ci est signé par un « collectif de 1000 personnalités reconnues », reconnues par Libération comme « israélophobiquement » correctes, dans un but officiel: « Pour que 2021 soit l’année de la fin de l’apartheid en Israël ». Le désir des signataires n’est surtout pas que l’apartheid, qui n’existe que dans leur imaginaire, cesse, mais qu’Israël disparaisse.

La réalité d’Israël, c’est une démocratie enviée par une bonne partie des habitants de tous les pays arabo-musulmans. En Israël, les citoyens ont tous les mêmes droits. Le gouvernement actuel est constitué d’une coalition dont un parti se réclamant des Frères musulmans, interdits dans presque tous les pays arabes.

Notre collègue, candidate écologiste pour les présidentielles 

[fiction]

Merci, Merci, Merci d’être venu.es si nombreux et nombreuses pour célébrer et célébrer.e le et la victoire. Nous nous réjouissons de l’annonce de l’excellente nouvelle de l’élection de notre collègue et vice-présidente de l’Université de Lille, Sandrine Rousseau à la tête de son parti, et du pays par la même occasion. Demain: le monde ! Ah la belle ouvrage ! Ah le beau chantier ! Digne héritière d’un philosophe de renom de l’époque honteuse des Lumières lumières, on ressent encore le souffle et la grâce dans ses saillies et son discours. 

Hier encore, interrogée par Nicolas Demorand sur France Inter, à la question: « vous trouvez donc que nous souffrons d’un excès de rationalisme »  notre Douchette – oui, le féminin de Duce c’est « douchette » –  voyant le piège au loin a eu la présence d’esprit de répondre que « non ». Quelle esprit.e, quel réparti : on sent là toute l’expérience de la démocratie universitaire. Bien joué.e. 

Pour rendre hommage à ce parcours, notre feuilleton de l’automne, nous tenions à retracer les premiers instants qui ont suivi l’annonce des résultats de la primaire.

« 100 x Congo » au MAS à Anvers… ou la manipulation de l’art par l’idéologie 

[Article de Mme Françoise Moehler-De Greef à paraître dans le n°59 de la revue de l’association Mémoires du Congo. L’article original est accompagné d’un riche dossier iconographique.]

Dans le flou engendré par les discours « décoloniaux », la cancel culture et la repentance, les musées se cherchent et l’ICOM (Conseil International des Musées) travaille d’ailleurs à la révision de la définition officielle de leur rôle. La simple présentation et mise en valeur d’artefacts ne suffit plus. Le discours doit s’inscrire dans le « politiquement correct » et la culpabilisation à outrance. Le MAS (Museum aan de Stroom: musée ethnographique, anthropologique et maritime à Anvers) s’inscrit malheureusement dans cette mouvance.

“Comme disait Jaurès, La République n’est pas une gnose; ce n’est pas un dogme. C’est une méthode. Notre site voudrait faire entendre un discours de la méthode.  Nous comptons sur vous et sur votre soutien dans les combats légitimes que nous portons. A très vite de nous retrouver autour de nos publications !”

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